Japon: plainte contre l'Etat après la mort d'amaigrissement extrême d'une adolescente
Selon la plainte, déposée mercredi devant le tribunal de district de Kobe (ouest), la jeune fille a été tellement traumatisée par ses 18 jours d'incarcération que, cinq mois après sa libération, elle ne pesait plus que 20 kg, avant de mourir en décembre d'émaciation.
"Ma fille était méconnaissable quand elle est morte", a déclaré la mère de Runa - un pseudonyme utilisé dans la plainte - lors d'une conférence de presse mercredi.
"Je veux savoir ce qui lui est arrivé, et pourquoi elle a été arrêtée, détenue et est morte", a ajouté la plaignante.
Des détracteurs du système judiciaire japonais affirment que la présomption d'innocence n'est pas toujours respectée et que les autorités s'appuient fortement sur les aveux.
Selon eux, les suspects qui choisissent de garder le silence ou de nier les accusations sont souvent soumis à des détentions préventives longues et éprouvantes, les aveux devenant de facto une condition de remise en liberté — d'où le terme de "justice de l'otage".
En juin 2025, Runa, alors employée dans un centre pour personnes handicapées, avait été arrêtée soupçonnée d'avoir agressé une patiente. Runa a toujours clamé son innocence.
La plainte affirme qu'elle tentait simplement d'empêcher la patiente de mordre une autre personne en lui posant doucement la main sous le menton.
Il a fallu 18 jours aux autorités - durant lesquels elle n'a pas pu voir sa famille, n'avait de contact qu'avec ses avocats et subissait des pressions répétées pour avouer - pour décider d'abandonner totalement les charges contre elle.
La famille réclame 100 millions de yens (environ 540.000 euros) de dommages et intérêts.
Lors des interrogatoires de police, elle a été menacée d'un placement en centre de rééducation et on lui a dit qu'elle ne pourrait plus voir sa mère si elle n'avouait pas, a expliqué jeudi à l'AFP Masahiro Sasaki, avocat de la mère.
"Tu l'as fait, n'est-ce pas ? Avoue maintenant", aurait lancé un enquêteur à Runa, selon Me Sasaki, citant un journal tenu par la jeune fille pendant sa détention.
Conséquence de cette détention, dont la durée a été prolongée deux fois, Runa a été diagnostiquée avec un stress aigu, des troubles alimentaires et un syndrome de stress post-traumatique, selon la plainte.
Le parquet de Kobe n'a pas souhaité commenter auprès de l'AFP, indiquant ne pas avoir encore reçu la plainte.
La "justice de l'otage" est régulièrement dénoncée par des organisations internationales de défense des droits humains.
Un cas emblématique est celui d'Iwao Hakamada, détenu pendant quatre décennies dans le couloir de la mort et dont la condamnation, annulée en 2024, reposait en partie sur des aveux obtenus lors d'interrogatoires que la Cour suprême a jugés "inhumains".
Commentaires (0)
Participer à la Discussion
Règles de la communauté :
💡 Astuce : Utilisez des emojis depuis votre téléphone ou le module emoji ci-dessous. Cliquez sur GIF pour ajouter un GIF animé. Collez un lien X/Twitter, TikTok ou Instagram pour l'afficher automatiquement.