Football sénégalais : d’un espoir nourri à l’éternelle désillusion (Par Mactar N. Ndiaye)
Focaliser le débat sur Pape Thiaw ou sur les joueurs serait une singulière erreur. Cela détournerait l’attention de l’essentiel : les véritables causes de nos contre-performances.
Il est grand temps d’aller au fond des choses.
Un audit organisationnel, centré sur la performance sportive, ainsi qu’un audit financier portant sur l’utilisation des ressources allouées à la Fédération Sénégalaise de Football (FSF) s’imposent. Et c’est sur quoi l’Etat du Sénégal et la FSF elle même devraient se concentrer à pareil moment.
Toute la lumière doit être faite sur les fonds publics mis à la disposition de la Fédération par l’État du Sénégal, mais également sur les revenus générés par les compétitions internationales : primes de participation et prize money de la CAN, de la Coupe du Monde de la FIFA, ainsi que les financements du programme FIFA Forward.
À eux seuls, les gains issus de la CAN et de la Coupe du Monde représenteraient environ 13 milliards de FCFA, auxquels s’ajoutent les importantes ressources mobilisées par l’État.
Une question bien simple mérite une réponse claire et nette : ces ressources sont-elles efficacement et rationnellement investies au service de la performance, du développement et de la professionnalisation du football sénégalais ?
Qu’on ne nous oppose pas que les financements de la FIFA échapperaient aux exigences de transparence. La FIFA elle-même promeut des standards élevés de gouvernance, de conformité, de reddition des comptes et d’audit.
Par ailleurs, les fédérations sportives nationales exercent une mission de service public par délégation de l’État. À ce titre, elles doivent répondre aux exigences de transparence et de bonne gestion qui accompagnent cette responsabilité.
Le football sénégalais a incontestablement connu des succès historiques. Mais les résultats sportifs, aussi prestigieux soient-ils, ne sauraient exonérer les dirigeants de leur devoir de rendre compte.
De mon humble point de vue, il y a aujourd’hui trop de folklore, trop d’improvisation et trop de signaux de mauvaise gouvernance pour que les questions de management continuent d’être éludées.
Les ressources générées de manière récurrente par notre football devraient prioritairement être investies dans la performance de toutes nos sélections nationales, mais également dans la formation de nos cadres techniques locaux afin de constituer un véritable vivier de compétences de haut niveau : entraîneurs, analystes de données, analystes vidéo, préparateurs physiques, physiothérapeutes, kinésithérapeutes, nutritionnistes, psychologues du sport, médecins, team managers, logisticiens et administrateurs spécialisés.
Il est particulièrement préoccupant de constater que, malgré une prise en charge intégrale du transport et de l’hébergement des délégations officielles par les organisateurs, et alors que l’État du Sénégal aurait mobilisé un budget initial d’environ 7 milliards de FCFA pour la CDM et 5 milliards pour la CAN, nous continuons à manquer du minimum optimal pour construire un environnement viable pour la performance.
Si dans ces six derniers mois, près de 25 milliards de FCFA ont été effectivement mobilisés entre les ressources propres du football et les financements publics, cet échec aurait pu être évitable.
Une telle capacité financière devrait permettre de disposer d’un encadrement technique d’excellence, d’une organisation irréprochable et de conditions de préparation parmi les meilleures du continent.
À cela s’ajoute un autre sujet rarement abordé : la gestion de la délégation officielle. Une compétition internationale exige la constitution d’une véritable bulle de performance, favorisant la concentration, la récupération et la sérénité du groupe.
Cette norme semble avoir été affaiblie par le nombre particulièrement élevé de membres de la délégation et la présence de nombreuses personnes dont l’utilité sportive peut légitimement être questionnée.
Nos exigences de transparence, de redevabilité et de rigueur organisationnelle ne constituent en rien une attaque contre la Fédération Sénégalaise de Football.
Elles sont, au contraire, les conditions indispensables de notre crédibilité collective, de notre ambition commune et de notre performance en tant que grande nation de football.
L’heure n’est donc plus à personnaliser les responsabilités ni à rechercher des boucs émissaires. Le temps est venu d’ouvrir un débat serein, juste et documenté sur la gouvernance de notre football.
Les grandes victoires sont d’abord le produit d’institutions solides, d’une gouvernance exemplaire et d’une culture permanente de l’excellence.
Mactar N. Ndiaye
Consultant / Architecte de Projets Sport,
Innovation et Développement

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