À mes camarades de lutte : les droits des femmes ne peuvent rester au second plan (par Suzanne SY)
Les rencontres entre les organisations de la société civile et les pouvoirs publics sont des moments privilégiés pour faire avancer les causes qu'elles défendent. Elles permettent de mesurer au-delà des discours, les priorités réellement portées. Je me livre aujourd’hui à un exercice délicat : interpeller respectueusement mes camarades de lutte.
Dans son manifeste, le FRAPP (front pour une révolution anti-impérialiste, populaire et panafricaine) affirme sans ambiguïté : « Ce front milite pour l'égalité en droit et en dignité des femmes et des hommes. (...) C'est une révolution pour l'émancipation des femmes. »
Cette profession de foi reconnaît que les femmes subissent une oppression spécifique et que la lutte pour leurs droits fait partie intégrante du projet politique porté par l'organisation. C'est précisément pour cette raison que le communiqué publié à l'issue de la rencontre entre le FRAPP et le ministre de la Justice m’interpelle.
Les revendications rendues publiques par l’organisation le mardi 21 juillet portent sur la détention préventive, la surpopulation carcérale, les conditions de travail des magistrats et des gardes pénitentiaires, la justice pour les victimes des événements de 2021 à 2024 ou encore le suivi judiciaire de la dette dite cachée. Toutes ces questions sont extrêmement importantes.
Toutefois, je tiens à faire remarquer une absence. Il n’y a aucune mention sur une réforme du Code de la famille, la reconnaissance du féminicide, la mise en place du Code de l’enfant ou tout simplement la prévention des violences sexistes et sexuelles.
Cette réflexion dépasse le seul FRAPP. Elle s'adresse à l'ensemble des organisations de la société civile qui se revendiquent progressistes. Les droits des femmes ne peuvent être invoqués dans les manifestes ou lors des mobilisations citoyennes, puis disparaître des priorités lorsqu'il s'agit d'influencer les politiques publiques.
Cette absence est d'autant plus difficile à comprendre que notre pays est une nouvelle fois confronté à des féminicides qui rappellent l'urgence d'agir. À l'heure où le viol suivi d’un meurtre d’un bébé de 2 ans suscite une vive émotion, la reconnaissance du féminicide n’apparaît pas comme une priorité.
Je tiens à souligner que les organisations féministes portent depuis plusieurs années des propositions concrètes :
Les droits des femmes et des enfants ne constituent pas un supplément que l'on ajoute lorsque le temps le permet. Ils sont un indicateur de la qualité de notre démocratie et de notre système judiciaire.
Une justice réellement performante doit protéger les femmes contre les violences, garantir les droits des enfants et corriger les discriminations inscrites dans la loi.
Les organisations féministes portent des propositions juridiques précises qui méritent d'être entendues.
J'appelle donc le ministre de la Justice à les recevoir afin que les droits des femmes et des enfants soient pleinement intégrés aux réformes à venir.
Suzanne SY
Militante féministe sénégalaise
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