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FRANCE ET AFRIQUE FRANCOPHONE : UNE HISTOIRE COMMUNE À REGARDER AVEC LUCIDITÉ ( Par Abdou Fall Ancien ministre d'Etat)

Auteur: Par Abdou Fall

FRANCE ET AFRIQUE FRANCOPHONE  : UNE HISTOIRE COMMUNE À REGARDER AVEC LUCIDITÉ ( Par Abdou Fall Ancien ministre d'Etat)

FRANCE ET AFRIQUE FRANCOPHONE : UNE HISTOIRE COMMUNE À REGARDER AVEC LUCIDITÉ ( Par Abdou Fall Ancien ministre d'Etat)

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Le débat provoqué par les propos tenus à la veille du match entre le Sénégal et la France a eu au moins un mérite .

Il rappelle combien notre rapport à l'histoire demeure sensible, parfois passionnel, souvent prisonnier des blessures du passé comme des simplifications du présent.

Or, lorsqu'il est question de l'histoire des peuples, l'émotion ne devrait jamais remplacer la connaissance.

La France et l'Afrique francophone partagent une histoire ancienne, complexe et profondément imbriquée.

Une histoire qu'il serait aussi erroné de réduire à la seule domination coloniale qu'il serait naïf de présenter comme une simple aventure de coopération et de progrès.

Comme toutes les grandes histoires humaines, elle est faite de contradictions, de violences , de solidarités, d'injustices , de réalisations, de domination et d'influences réciproques.

L'enjeu n'est donc ni de célébrer ni de condamner globalement cette histoire.

Il est de la comprendre.

À cet égard, historiens africains et français auraient une responsabilité particulière .

Ils devraient aider les nouvelles générations à se réapproprier un passé commun dans toute sa complexité, loin des passions politiques du moment.

UNE FRANCE SAUVÉE EN PARTIE DEPUIS L'AFRIQUE

Parmi les chapitres les plus méconnus figure celui de la Seconde Guerre mondiale.

L'histoire officielle française célèbre à juste titre l'Appel du 18 juin 1940 et la Résistance.

Elle insiste beaucoup moins sur le rôle décisif joué par les territoires africains dans la survie même de l'État français libre.

Lorsque le général de Gaulle tente de rallier Dakar en septembre 1940, il se heurte aux forces demeurées fidèles au régime de Vichy.

Les tirs qui accueillent son expédition l'obligent à poursuivre sa route.

C'est finalement à Brazzaville qu'il trouve un appui décisif grâce au gouverneur Félix Éboué, administrateur noir originaire de la Guyane française, dont le courage politique contribuera à changer le cours de l'histoire.

Par son ralliement précoce à la France libre, Félix Éboué offre à de Gaulle un territoire, une administration, des ressources et une légitimité sans lesquels la reconstruction de la France combattante aurait été infiniment plus difficile.

Brazzaville devient alors la capitale de la France libre.

Quelques années plus tard, Alger prendra le relais en devenant à son tour le siège du Gouvernement provisoire de la République française.

Autrement dit, pendant que Paris était occupée, c'est en Afrique que battait le cœur de la souveraineté française.

Cette réalité historique demeure insuffisamment enseignée dans les ecoles françaises .

Elle devrait pourtant conduire les jeunes générations françaises à comprendre que leur histoire nationale s'est aussi écrite à Dakar, Brazzaville, Alger, Bangui, N'Djamena ou Bamako.

Elle devrait également les amener à regarder autrement les millions de Français d'origine africaine, antillaise ou maghrébine qui vivent aujourd'hui sur le territoire national.

LE SANG AFRICAIN DANS LES GUERRES FRANÇAISES

Cette solidarité ne s'est pas limitée aux territoires.

Des centaines de milliers d'Africains furent mobilisés sous le drapeau français durant les deux guerres mondiales.

Les tirailleurs sénégalais, dont l'appellation regroupait en réalité des combattants venus de l'ensemble de l'Afrique occidentale et équatoriale française, participèrent aux grandes batailles de l'histoire militaire française.

Partout sur le sol Français , ils combattirent avec un courage exceptionnel.

Nombre d'entre eux ne revinrent jamais.

Leur sang versé appartient à la mémoire de la France autant qu'à celle de l'Afrique.

On entend le plus souvent les discours convenus des cérémonies officielles .

On garde malgré tout en memoire les retards dans le paiement des pensions, les discriminations ou encore le drame de Thiaroye en 1944.

Là encore, la vérité historique impose de regarder ensemble les héroïsmes et les injustices.

UNE RENCONTRE INTELLECTUELLE ET CULTURELLE FÉCONDE

L'histoire commune entre la France et l'Afrique ne s'est cependant pas construite uniquement sur les champs de bataille.

Elle s'est aussi écrite dans les écoles, les universités, les administrations, les ateliers d'artistes et les laboratoires de recherche.

À Saint-Louis du Sénégal, dès le début du XIXe siècle, l'instituteur Jean Dard défend l'idée audacieuse d'un enseignement s'appuyant sur les langues africaines.

À contre-courant des doctrines coloniales de son époque, il comprend que l'apprentissage d'une langue étrangére doit passer par la maîtrise de la langue maternelle.

Cette intuition pédagogique lui vaudra sanctions et rapatriement.

Dans les écoles confessionnelles également, plusieurs missionnaires développeront des méthodes fondées sur l'usage parallèle des langues locales et du français.

Bien avant les débats contemporains sur le bilinguisme, certains pionniers avaient déjà compris la richesse du dialogue entre les langues.

L'école française formera ensuite plusieurs générations d'élites africaines qui joueront un rôle central dans les indépendances et dans la construction des nouveaux États.

Mais le mouvement fut réciproque.

L'Afrique a elle aussi profondément enrichi la culture française.

Léopold Sédar Senghor a contribué à faire de la francophonie un espace de dialogue entre les civilisations plutôt qu'un simple héritage colonial.

Aimé Césaire a renouvelé la pensée humaniste contemporaine.

Cheikh Anta Diop a bouleversé les approches traditionnelles de l'histoire africaine.

Des écrivains, artistes, chercheurs, sportifs et entrepreneurs africains ont participé à façonner la France contemporaine autant que celle-ci a contribué à façonner une partie des élites africaines.

LA PUISSANCE FRANÇAISE ET L'HERITAGE COLONIAL

Une lecture honnête de l'histoire exige également de reconnaître un fait souvent absent du débat public.

La France a largement bénéficié de son expérience impériale et coloniale.

Durant plusieurs siècles, son empire lui a procuré des ressources considérables, des débouchés commerciaux, et une influence géopolitique mondiale.

Des millions d'hommes furent mobilisés pour défendre cette puissance.

Des matières premières essentielles alimentèrent son industrialisation.

Des marchés immenses soutinrent son expansion économique.

Cette réalité ne relève pas de l'opinion mais du constat historique.

Une partie de cet héritage demeure encore visible aujourd'hui.

La France possède le deuxième espace maritime mondial grâce à ses territoires ultramarins répartis dans l'Atlantique, les Caraïbes, l'océan Indien, le Pacifique et l'Amérique du Sud.

Cette présence lui assure une influence stratégique exceptionnelle, des ressources maritimes considérables et une capacité de projection unique parmi les puissances européennes.

Une formule résume souvent cette singularité : « Quand la France vote, c'est le monde qui vote », tant ses territoires sont présents sur presque tous les continents et dans tous les océans.

Cette dimension planétaire est l'un des héritages les plus visibles de son histoire impériale.

Reconnaître cette réalité ne revient pas à nier les apports

Cela revient simplement à reconnaître qu'une bonne partie de la puissance française contemporaine plonge ses racines dans cette histoire.

C'est un heritage historique commun qui justifie les presences chez les uns et chez les autres

RECONAITRE AUSSI LES BLESSURES

La même honnêteté intellectuelle impose d'admettre que cette puissance s'est également construite au prix de profondes souffrances pour les peuples colonisés.

Travail forcé, expropriations, répressions, inégalités juridiques, limitations des libertés politiques et économiques .

Ces réalités ont existé.

Elles ont marqué durablement les sociétés africaines.

Les aspirations contemporaines à la souveraineté, à la dignité et à l'égalité trouvent une partie de leur origine dans cette mémoire.

Les reconnaître n'a rien d'un acte de repentance perpétuelle.

C'est simplement respecter la vérité historique.

SORTIR DES GUERRES DE MEMOIRE

Le problème contemporain est que certains ne veulent voir que les apports tandis que d'autres ne veulent voir que les blessures.

Les premiers tombent dans la nostalgie.

Les seconds s'enferment dans le ressentiment.

Or l'histoire est toujours plus complexe que les récits militants.

Les nations mûres assument leur histoire dans sa totalité.

Elles reconnaissent les fautes sans nier les réalisations.

Elles honorent les victimes sans effacer les solidarités.

Elles regardent le passé non pour alimenter des querelles sans fin mais pour construire l'avenir.

L'HEURE D'UN NOUVEAU PARTENARIAT

Le monde a changé.

L'Afrique est devenue l'un des principaux espaces de croissance démographique, économique et culturelle du XXIe siècle.

Sa jeunesse aspire légitimement à jouer un rôle plus important dans les affaires du monde.

La France, de son côté, demeure une puissance politique, diplomatique, scientifique et culturelle majeure.

L'avenir des relations entre les deux espaces ne peut donc être construit ni sur la nostalgie impériale ni sur la rancœur postcoloniale.

Il doit reposer sur le respect mutuel, la réciprocité des intérêts, la vérité historique et la reconnaissance de l'apport de chacun.

Au fond, la véritable question n'est pas de savoir si l'Afrique doit regarder la France avec ressentiment ou si la France doit regarder l'Afrique avec nostalgie.

La véritable question est de savoir si les deux espaces sont capables de regarder lucidement leur histoire commune afin de construire une relation nouvelle, libérée à la fois de l'amnésie et de la rancœur.

Car les peuples qui connaissent réellement leur passé sont généralement mieux armés pour construire ensemble leur avenir.

Et qu'on le veuille ou non, les destins de la France , au delà l'Europe , et de l'Afrique francophone demeurent encore profondément liés.

Auteur: Par Abdou Fall
Publié le:

Commentaires (15)

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  • avatar
    Zoula ⭐ Top commentaire il y a 4 mois
    3 "Lettres ouvertes au Président de la République" et une contribution signées en si peu de temps. Abdou Fall clignote !
  • avatar
    En effet il y a 4 mois
    En feux de détresse...
  • avatar
    Homme cameleon il y a 4 mois
    Et pourtant tu était ministre sous Abdoulaye Wade, Alors pourquoi n'avez vous prononcé ces mêmes mots, quand Abdoulaye Wade chassait l'armée francais du territoire sénégalais? Ou bien c'était pas le bon moment? Voila l'homme politique sénégalais il parle ses soit-disants vérités au moment ou cela peut lui profiter sinon il préfère jouer la mort quand cela ne l'arrange pas.
  • avatar
    Xeme il y a 4 mois
    La France et l'Afrique n'ont jamais eu d'histoire commune. Trêves de falsifications de l'histoire. Seulement puisque les satanistes sionistes ont su inventer la civilisation "judo- chrétienne, leurs pendants africains ou français pourront fabriquer une histoire franco - africaine. N'importe quelle imbécilité peut prendre racine par une répétition entêtée.
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    Paco il y a 4 mois
    Le narratif des occidentaux, en particulier français, s'est toujours appuyé et continuera à s'appuyer sur la domination. Si vous ne l'avez pas compris, c'est très grave, sinon, c'est pas honnete de pondre de telles phrases. La géopolitique mondiale est bouleversée et après 66 ans, continuer à s'arc-bouter sur un seul levier est suicidaire. Sinon beaucoup d'activisme ces jours-ci pour ce monsieur et un autre Babacar Diagne...Que lorgnent-ils?

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