Le rythme, et non le volume (par Abdou Aziz Gueye)
Ce que la Déclaration de politique générale du 8 septembre 2026 dit de l’emploi des jeunes, ce qu’elle n’en dit pas, et ce qu’un dispositif d’installation coûterait réellement.
La Déclaration de politique générale prononcée le 8 septembre 2026 par le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo est un document sérieux. Il énonce sans détour l’état des comptes publics, il identifie sept contraintes structurantes, et il prend des engagements de méthode plus exigeants que ceux auxquels le pays est habitué. Ce n’est pas un texte que l’on peut écarter d’un revers de main.
C’est précisément pourquoi il faut le lire de près sur le point où il est le plus vulnérable, et qui n’est pas celui que l’on discute. Ce point n’est ni la dette, ni le programme avec le Fonds monétaire international, ni la liste des grands projets. C’est l’écart entre un diagnostic remarquablement juste sur la jeunesse et l’absence, dans les 16 000 mots qui suivent, de tout dispositif capable d’y répondre au rythme que le diagnostic lui-même impose.
Cette note se propose d’établir cet écart, d’en chercher les causes dans quarante ans de politiques d’installation manquées, puis de décrire ce que serait un dispositif à la mesure du problème, son coût, son financement et ses conditions de réussite. Elle est écrite par un praticien, non par un chercheur : les propositions qu’elle contient sont en cours d’exécution dans des communes du bassin arachidier, et c’est à ce titre, et non à un autre, qu’elles méritent examen.
Parmi les sept contraintes que le Premier ministre distingue « dans l’ordre d’acuité », la troisième est celle du dividende démographique. Le passage mérite d’être cité intégralement : « Notre population est jeune et le restera longtemps (50 % âgés de moins de 19 ans et 75 % âgés de moins de 35 ans). Cette jeunesse est notre première richesse, mais elle n’est un avantage que si nous la formons, la soignons et l’employons au rythme où elle arrive sur le marché du travail; faute de quoi elle devient une surcharge, puis une colère. La fenêtre est étroite : une génération, pas davantage
»1.
Trois propositions sont contenues dans ces lignes, et elles sont toutes exactes. La première est une donnée : la structure par âge de la population, confirmée par le recensement de 2023 2, garantit que les cohortes arrivant sur le marché du travail resteront massives pendant au moins deux décennies. La deuxième est un critère : ce qui compte n’est pas le volume d’emplois créés mais leur rythme, rapporté au rythme des arrivées. La troisième est un pronostic politique : la surcharge devient colère.
Le critère du rythme est le plus important, et c’est celui qui disparaît du reste du document. Un pays peut annoncer un million d’emplois sur dix ans et manquer entièrement sa cible démographique si ces emplois arrivent en fin de période, s’ils sont concentrés sur des phases de chantier, ou s’ils ne sont pas là où les jeunes sont. Toute la question posée par la contrainte n° 3 est celle d’un flux annuel comparable au flux annuel d’entrées. Aucune des annonces qui suivent n’est formulée en ces termes.
La Déclaration annonce, à l’horizon 2029, « un potentiel global de 1 520 000 emplois
», dont les principaux gisements sont détaillés : 113 500 emplois liés aux Coopératives agricoles communautaires, 60 000 dans la pêche artisanale et l’économie bleue, 50 000 dans le logement abordable, 45 000 dans les agropoles, 33 000 dans les industries culturelles et créatives, 27 000 autour des Jeux olympiques de la jeunesse, 22 000 dans les filières lait et aviculture, 18 000 dans l’aquaculture, 16 000 dans les énergies renouvelables3.
Quatre observations s’imposent.
D’abord, le mot employé est « potentiel », et le texte demande lui-même que ces projections « soient déclinées en contributions vérifiables, assorties de trajectoires, de jalons, de responsabilités et de taux d’insertion ». C’est l’aveu, dans le document même, qu’on est en présence d’une estimation de plan directeur et non d’une programmation. La distinction n’est pas sémantique : une projection se révise, un dispositif se met en œuvre.
Ensuite, la somme des gisements énumérés atteint environ 385 000 emplois. Les 1 135 000 restants ne sont pas ventilés. Sur un horizon de trois ans, dans une économie dont le Premier ministre indique par ailleurs que la croissance hors hydrocarbures est tombée à 2,2 % en 2025, l’ordre de grandeur appelle au minimum une explication de méthode.
Ensuite encore, le principal gisement agricole — 113 500 emplois pour 100 Coopératives agricoles communautaires annoncées dans le même texte — suppose plus de 1 100 emplois par coopérative en trois ans. Aucun élément n’est fourni sur le foncier mobilisé, la ressource en eau, le statut des personnes concernées, leur formation, leur mode d’installation, ni les débouchés de leur production. Une coopérative n’est pas un dispositif d’installation : c’est une forme juridique. Elle ne dit rien de ce qui, en pratique, met un jeune sur une terre équipée avec un acheteur en face.
Enfin, plusieurs gisements sont par nature temporaires. Les 27 000 emplois liés aux Jeux olympiques de la jeunesse, et une partie de ceux du logement et des grands travaux, sont des emplois de chantier. Ils comptent, mais ils ne répondent pas à un flux permanent.
Le traitement réservé à l’émigration dans ce document est révélateur, et il faut le décrire avec précision plutôt que d’affirmer qu’elle en est absente.
Elle y figure deux fois. La première dans le préambule, où le Premier ministre adresse sa pensée « aux jeunes qui mettent en jeu leur vie dans l’océan pour un eldorado souvent imaginaire », et « au Sénégalais de la Diaspora dans la précarité, tiraillé entre le retour au pays et une vie stressante à l’étranger », au sein d’une longue et sincère énumération des souffrances nationales. La seconde dans le développement financier, où la diaspora apparaît comme un gisement d’épargne : 2 642 milliards de francs de transferts estimés en 2025, dont le texte relève avec justesse que « la quasi-totalité est orientée vers les dépenses courantes »4. Elle revient ensuite comme cible de fonds d’investissement, comme vivier de compétences et comme force « investisseuse, bâtisseuse et ambassadrice ».
Le statut est donc clair : objet de compassion avant le départ, ligne de recettes après. Entre les deux — c’est-à-dire à l’endroit exact où une politique publique aurait quelque chose à faire — il n’y a rien. Rien sur les 166561 Sénégalais que le recensement de 2023 enregistre comme émigrants entre 2018 et 2023, contre 56 401 entrées5. Rien sur la route du Nicaragua, empruntée en une seule année par plus de 20 000 Sénégalais appréhendés à la frontière sud des États-Unis 6. Rien sur les restrictions d’entrée qui frappent depuis janvier 2026 l’ensemble des ressortissants sénégalais et qui pénalisent désormais les étudiants, les commerçants et les familles.
Cette omission a une conséquence analytique et non seulement politique. Elle empêche de voir que l’émigration est le seul indicateur qui mesure directement l’écart entre le flux d’arrivées et le flux d’emplois — c’est-à-dire précisément ce que la contrainte n° 3 identifie comme le critère décisif. En laissant cette variable hors du champ, le document se prive de l’instrument de mesure de son propre diagnostic.
L’absence de dispositif n’est pas propre à ce gouvernement. Elle est la constante de la politique agricole sénégalaise depuis la fin de l’économie de rente, et il faut en comprendre le mécanisme si l’on veut proposer autre chose qu’une n-ième variante.
Sous l’économie arachidière, l’exploitation familiale est un fournisseur de matière première. L’ONCAD lui avance semences et engrais, la SODEVA l’encadre, la SONACOS triture, le prix est administré. Le système fonctionne — la collecte atteint 750 000 tonnes en moyenne dans les années 19607, les produits arachidiers font jusqu’à 80 % des exportations
8 — mais il ne capitalise jamais l’exploitation : le paysan reste locataire d’un dispositif d’État.
L’ajustement structurel supprime le dispositif sans le remplacer. La Nouvelle politique agricole de 1984, la dissolution de l’ONCAD, la disparition de la SODEVA, la liquidation de la BNDS en 1990, la dévaluation de 1994, la privatisation de la SONACOS en 2005 laissent le producteur sans crédit, sans intrants, sans encadrement et sans acheteur garanti. La collecte est divisée par trois9.
La troisième période — GOANA, PSE, PRACAS, aujourd’hui Vision 2050 — voit l’État revenir par la subvention aux intrants et par les grands projets ruraux. Mais la position
du paysan ne change pas : il est destinataire d’un transfert annuel qui ne construit rien, et spectateur de projets conçus ailleurs.
Les domaines agricoles communautaires du PRODAC, les fermes villageoises et familiales de l’ANIDA, les agropoles ont mobilisé des ressources considérables. Leurs résultats sont, au mieux, hétérogènes. Cinq causes reviennent avec une régularité qui n’est pas due au hasard.
Un dispositif qui ne corrige pas ces cinq points reproduira les mêmes résultats, quelles que soient les sommes engagées et quel que soit son nom.
La subvention aux intrants agricoles représente environ 130 milliards de francs pour la campagne 2026 : près de 65 milliards d’engrais minéraux, 44,9 milliards de semences, 13 milliards de mécanisation et d’équipements, 2,52 milliards de produits
phytosanitaires10. Le montant a été multiplié par plus de dix en vingt ans : la subvention aux engrais s’élevait à 4,6 milliards en 2005 et à 18,1 milliards en 201311, dans un budget agricole passé de 136 milliards en 2010 à 264 milliards en 201412.
L’évaluation de cette dépense est disponible et elle est convergente. Le Centre commun de recherche de la Commission européenne établit que le programme accroît l’utilisation d’engrais mais n’a d’effet mesurable ni sur les rendements des principales cultures ni sur les performances économiques des bénéficiaires, en raison des retards de livraison, de la qualité des intrants et d’un effet d’éviction sur les achats commerciaux13. L’IPAR relève que les critères d’attribution varient d’une commission à l’autre, qu’une part des intrants ne rejoint pas les champs et que la subvention est captée par les grands exploitants au détriment des petits producteurs14.
Le point décisif n’est pourtant pas l’inefficacité relative de la dépense : c’est sa nature. Un intrant est consommé dans l’année. Il ne laisse aucun actif derrière lui. Le producteur qui l’a reçu n’est, l’année suivante, ni mieux équipé, ni mieux formé, ni mieux relié à un acheteur. Cent trente milliards par an reconduits pendant quinze ans représentent 2 000 milliards de francs qui ne capitalisent rien.
L’enveloppe des bourses de sécurité familiale, portée à 70 milliards en septembre 2026, sera doublée à 140 milliards en 2027 pour couvrir un million de ménages, sur un total de 1 000 649 ménages vulnérables recensés par l’ANSD dont 355 013 seulement sont effectivement couverts15.
L’instrument est légitime et nécessaire pour les ménages qui ne peuvent pas travailler. Il est en revanche structurellement incapable d’installer ceux qui le peuvent : un transfert se renouvelle indéfiniment et son bénéficiaire reste bénéficiaire. La question de politique publique n’est pas de choisir entre protection et installation, mais d’éviter que le budget de la seconde soit absorbé par la première faute de dispositif disponible.
Il faut souligner un point que les commentaires ont peu relevé. La Déclaration de politique générale pose elle-même le principe du redéploiement, à deux reprises. D’abord pour l’énergie : « Voudrions-nous continuer à dépenser environ 800 milliards de subventions au carburant qui seront captées à 65 % par les 20 % de ménages les plus aisés ? Ou au contraire faire payer le véritable prix à ces ménages aisés et rediriger une partie de la subvention vers la Bourse nationale de sécurité familiale? » Ensuite, et c’est plus important encore, pour l’agriculture, en une phrase brève : « Les subventions agricoles évolueront progressivement vers l’investissement et la sécurisation des revenus »16.
Cette phrase contient l’essentiel de ce que défend la présente note. Elle n’est assortie d’aucune modalité, d’aucun véhicule, d’aucun calendrier et d’aucun montant. L’objet des pages qui suivent est d’en proposer un.
L’unité de base n’est pas le champ pluvial mais une exploitation intensive irriguée toute l’année : un forage individuel de 50 mètres équipé d’une pompe solaire, une cuve tampon, un réseau de goutte-à-goutte, quatre blocs de 0,25 hectare en rotation, un élevage laitier et ovin à la concession, et des cultures de contre-saison orientées vers l’exportation et la substitution aux importations. Là où l’eau de surface est disponible, le module s’y adapte ; là où seule une nappe profonde existe, il repose sur un forage collectif ; là où ni l’une ni l’autre ne sont accessibles, la commune n’entre pas dans la première phase. La ressource commande le module, et non l’inverse.
Le solaire n’est pas un ornement environnemental : il supprime la charge de carburant, qui est la première cause d’abandon des périmètres motorisés, et il rend l’exploitation indépendante de tout réseau. Sa contrepartie technique est que l’on stocke de l’eau et non de l’électricité.
Une ferme isolée ne fait pas système. Le déploiement se fait par modules communaux de 1 000 exploitations, réparties par groupes de 50 adossés à des villages existants
— ce qui évite de créer des implantations ex nihilo, préserve la sociabilité villageoise et donne au chef de village un intérêt direct. Le module se déploie à raison de 100 installations par an, cadence dictée non par l’argent disponible mais par le nombre de personnes que l’on peut réellement former, installer et suivre dans l’année.
Chaque module comprend une ferme centrale qui remplit trois fonctions : noyau technique où les itinéraires sont testés avant d’être diffusés, plateforme de formation en situation de travail, et acheteur contractuel de la production des exploitations familiales. C’est l’inversion de l’ordre des facteurs : la ferme centrale et l’acheteur précèdent les installations.
Parce que la famille habite l’exploitation, le dispositif est aussi un dispositif d’aménagement. L’habitat groupé par villages de 50 exploitations rend possible un bourg-centre par module : un ensemble de 1 000 exploitations représente 6 000 à 8 000 habitants, soit la taille d’une petite ville, capable de porter une école complète, un poste de santé, un marché, et surtout les services privés qui créent le second gisement d’emplois — intrants, maintenance des équipements solaires, mécanisation à façon, transport et froid, services vétérinaires, crédit de proximité. On peut estimer un emploi de service pour trois à quatre exploitations.
L’énergie domestique est assurée par le solaire et le stockage batterie, sans raccordement au réseau: de l’ordre de 1 à 2 kWc et 5 kWh par concession, la cuisson étant assurée par le biogaz de l’étable. Le renouvellement des batteries est intégré au compte d’exploitation, ce qui est la condition pour ne pas reproduire les installations solaires abandonnées à la première panne. Cette autonomie a une conséquence budgétaire directe: chaque village d’exploitation est une localité de moins à raccorder, sur les 6 471 que le Programme d’accès universel doit encore électrifier17.
Un dernier point, rarement traité et pourtant décisif sur un horizon de vingt-cinq ans : une exploitation d’un hectare ne se partage pas. La règle de transmission — un seul héritier exploitant, les autres orientés vers les services ou vers un nouveau module, extension possible à la charge de l’exploitant qui dispose de terre — doit être posée dès l’origine, sous peine de reproduire en une génération la fragmentation qui a ruiné les terres arachidières.
L’installation complète d’une exploitation — forage et pompage solaire, irrigation et cuve, énergie domestique, noyau d’habitation, cheptel de départ, fonds de roulement de première campagne — est estimée à 20 millions de francs au plus. Ce plafond suppose le déploiement par modules : un atelier de forage qui enchaîne cent ouvrages sur une même commune ne facture pas le prix d’un forage isolé, et il en va de même des pompes, des batteries et des matériaux.
Cent mille exploitations sur quinze ans représentent donc 2 000 milliards de francs, soit environ133 milliards par an — l’ordre de grandeur exact de la subvention annuelle aux intrants.
En rythme de croisière, une exploitation d’un hectare dégage une marge annuelle de 5 à 6 millions de francs, sur la base de prix bord champ effectivement contractés et de rendements pris en fourchette basse. Le financement n’est pas une subvention mais une location-vente, selon les principes de la finance islamique, chaque actif étant financé sur sa propre durée de vie : quinze ans pour le forage et le pompage, six à sept ans pour le réseau d’irrigation, dix ans pour l’équipement solaire domestique — la durée des batteries —, vingt à vingt-cinq ans pour l’habitation. Le cheptel relève d’un fonds renouvelable et se rembourse en nature. L’annuité totale s’établit autour de 1,5 million dans les premières années, puis décroît à mesure que les actifs courts sont soldés.
Le mécanisme de recouvrement est le point critique, et c’est là que ce montage se distingue de quarante ans de crédit agricole manqué : l’acheteur, contractuellement lié à l’exploitation, prélève l’échéance à la source sur les livraisons et la reverse au fonds. Il n’y a ni dossier à monter, ni recouvrement individuel, ni contentieux de masse.
Les ressources ainsi identifiées constituent le capital d’un fonds d’investissement pour l’installation agricole, qui peut être logé dans un véhicule public existant plutôt que dans une agence nouvelle. Deux propriétés en découlent.
La première est qu’il se recapitalise : à partir de la cinquième ou sixième année, les remboursements financent une part croissante des nouvelles installations et l’apport public annuel décroît à cadence constante. La seconde est qu’il est finançable : un capital public récurrent, adossé à des conventions communales, à des contrats d’achat et à un historique de remboursement, correspond exactement à ce que recherchent la Banque islamique de développement, les fonds du Golfe et les banques de développement régionales, sur des instruments qu’elles maîtrisent — la Déclaration annonce d’ailleurs le développement de la finance islamique et du Takaful18. Le levier attendu est de deux à trois fois le capital.
L’effort budgétaire annuel net de l’État se situe alors entre 50 et 70 milliards de francs, intégralement financés par redéploiement progressif de dépenses existantes, sans ligne nouvelle, sans emprunt souverain additionnel et sans création de structure.
Le redéploiement de la subvention aux intrants ne peut être ni brutal ni uniforme : des centaines de milliers de producteurs en dépendent chaque hivernage. Il doit être progressif et territorialisé — chaque franc retiré à la subvention d’une commune y revient sous forme d’installations. Le producteur qui perd son engrais subventionné doit voir un module s’ouvrir chez lui. C’est réalisable précisément parce que le dispositif est communal.
Ce dispositif ne demande pas au Gouvernement de changer d’objectifs. Il propose un instrument pour atteindre ceux qu’il a lui-même fixés.
Il satisfait enfin les deux règles de méthode que le Gouvernement s’est données : il est préparé — conventions communales, comptes d’exploitation, itinéraires techniques testés, partenariats d’achat — et son impact est démontrable par construction, puisqu’il se rembourse.
Trois objections sérieuses doivent être traitées, et il serait malhonnête de les esquiver.
La première porte sur l’échelle. Cent mille exploitations en quinze ans représentent, en comptant les emplois de service, 250 000 à 300 000 emplois durables, soit environ 20 000 par an face à des cohortes annuelles de plusieurs centaines de milliers. Le dispositif n’absorbe pas la cohorte. Ce qu’il démontre est qu’un modèle existe, qu’il fonctionne au coût que l’État dépense déjà, et qu’il n’existe aucune raison de s’arrêter à cent modules quand le pays compte plus de cinq cents communes.
La deuxième porte sur la ressource en eau. L’exploitation intensive des nappes superficielles doit être encadrée par un suivi piézométrique et des règles de prélèvement par module. C’est un travail technique préalable, à conduire avec les services hydrauliques, et il constitue le principal facteur limitant de la trajectoire — davantage que le financement.
La troisième porte sur la capacité de mise en œuvre. La cadence de cent installations par an et par module est contraignante et sera perçue comme lente. Elle est en réalité une garantie : un dispositif dont le facteur limitant est le nombre de personnes formées ne peut pas être accéléré pour des raisons d’affichage. C’est là sa différence la plus profonde avec les programmes qui l’ont précédé.
Le Premier ministre a écrit que la fenêtre était d’une génération, pas davantage. C’est vrai, et cela signifie qu’une politique d’emploi des jeunes se juge à son flux annuel, non à son total annoncé.
Ce qui est proposé ici ne requiert ni loi nouvelle, ni agence, ni dépense supplémentaire. Il requiert trois décisions : reconnaître le module communal d’installation comme instrument de politique publique et non comme projet local ; donner un véhicule, un calendrier et un montant à la phrase déjà écrite selon laquelle
« les subventions agricoles évolueront progressivement vers l’investissement » ; et inscrire le protocole entre communes et universités du terroir dans le dispositif national de formation professionnelle.
Ces trois décisions sont à la portée d’un arbitrage. Elles ne se photographient pas.
1Déclaration de politique générale du Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo devant l’Assemblée nationale, 8 septembre 2026, texte intégral.
2 Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD), Cinquième recensement général de la population et de l’habitat (RGPH-5), 2023.
3DPG du 8 septembre2026, op. cit.
4DPG du 8 septembre 2026, op. cit.
5ANSD, RGPH-5, op. cit.
6U.S. Customs and BorderProtection, statistiques de rencontres à la frontière sud, exercice 2023.Le chiffre recense les personnes appréhendées et constitue donc un plancher.
7 Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD), travaux sur la crise de la filière arachidière sénégalaise, années 1990.
8 Noba K. et al., « L’arachide au Sénégal : état des lieux, contraintes et perspectives pour la relance de la filière », OCL, vol. 21, 2014.
9CIRAD, op. cit.
10Conférence de presse mensuelledu Gouvernement, Dakar, 29 janvier2026 : répartition de l’enveloppe de la campagne agricole 2026.
11Initiative prospective agricole et rurale(IPAR), Subventions des intrants agricolesau Sénégal : controverses et réalités, Rapport sur l’état de l’agriculture et du monde rural au Sénégal, 2015.
12Commission européenne, JRC, Subvention des intrants agricoles au Sénégal : analyse comparative de trois modes d’intervention, JRC120454.
13Commission européenne, Centre commun de recherche (JRC),Le programme de subvention des intrants agricoles au Sénégal, rapport d’évaluation, JRC131016.
14IPAR, 2015, op. cit.
15DPG du 8 septembre 2026, op. cit.
18DPG du 8 septembre 2026, op. cit.
19DPG du 8 septembre 2026, op. cit.
17DPG du 8 septembre 2026, op. cit.
16DPG du 8 septembre 2026, op. cit.
Commentaires (5)
Cordialement,
Donner lui le ministère de l'agriculture avec un arbitrage primatorial favorable pour les questions corollaires à l'agriculture de finances et de commerce et le visage du Senegal changera. L'émergence dans 5 ans sera réelle.
Il faut nous présenter l'auteur.
S'agit-il de Abdou Guèye, ancien Directeur de la Formation du Ministre de l'Agriculture et de l'Hydraulique en 2005 ? Ça fait 21 ans.
Avec 50 % de la population âgée de moins de 19 ans et 75 % de moins de 35 ans, notre jeunesse ne doit pas être considérée comme une contrainte : elle doit devenir le principal moteur de la transformation économique et sociale du Sénégal.
L’annonce de 1 520 000 emplois à l’horizon 2029 est porteuse d’espoir, mais elle devra être accompagnée d’actes concrets, de formations adaptées et d’opportunités réelles. Car derrière chaque jeune qui prend la mer, il y a souvent un rêve, une ambition et surtout une absence de perspective dans son propre pays.
Notre défi est donc clair : faire en sorte que le Sénégal offre à sa jeunesse des raisons de rester, de travailler, d’entreprendre et de réussir chez elle.
Merci à M. Abdou Aziz Gueye pour ce décryptage pertinent de la Déclaration de politique générale. Les chiffres sont importants, mais leur véritable valeur se mesurera dans la vie quotidienne des Sénégalais.
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