Lettre ouverte au Président de la République du Sénégal, son excellence Monsieur Bassirou Diomaye Diakhar FAYE (par Dr Daouda Diop)
Objet : Tentatives répétées de lotissements : Urgence d’une préservation du patrimoine foncier de la Commune de Thiénaba
Monsieur le Président,
Permettez-moi de prime abord de vous féliciter pour le travail abattu depuis votre accession aux plus hautes responsabilités au terme des élections, stigmates de l'aboutissement d’un long combat auquel vous avez participé et qui prouve encore la maturité de notre démocratie, laquelle est capable, malgré les aléas du temps, de s’adosser sur des valeurs chevaleresques.
Investi de la confiance de vos concitoyens, vous êtes porteur de l’espérance de toute une génération qui croit à un avenir meilleur : celle de bâtir un Sénégal nouveau, apaisé et prospère qui promeut pleinement le culte du travail avec toute la déontologie républicaine s’y affairant.
Dans ce registre les collectivités territoriales doivent, avec éthique et responsabilité, jouer leur partition en répondant aux préoccupations des populations selon les compétences qui leur sont transférées. En exerçant des compétences nécessaires à la bonne gestion de proximité des affaires locales, ces collectivités territoriales ont pour principale mission de réussir la mise en œuvre de réelles actions de développement économique, social et environnemental d’intérêt local.
Monsieur le Président de la République,
Au moment où j’écris cette lettre dans un esprit de dialogue, de service à la communauté et à la société, ma commune (Thiénaba) surfe sur une boulimie foncière indescriptible. Il est important dans un souci d’économie positive, d’arrêter tous ces lotissements et délibérations répétitifs qui sont aux antipodes des lois qui régissent le foncier. Depuis plus d’une décennie, la gestion foncière de la commune de Thiénaba n’est pas épargnée de multiples embarras et de litiges.
Je fais partie de ces enfants de la paysannerie qui n’acceptent pas de voir le patrimoine de la ruralité s’estomper et finir par créer une dépendance à l’endroit du seul capital financier porté et défendu par des exploitants étrangers ou par des promoteurs locaux. Cette tendance est en train de déchirer les familles et d’ouvrir la voie aux investisseurs outillés. Ces derniers ont la possibilité d’être « propriétaires » de domaines qui, à notre avis, doivent revenir aux vrais propriétaires ruraux. C’est la raison pour laquelle je suis pour la sécurisation du cadastre national et la prise en compte des générations futures.
Dans un contexte national où il urge de redonner vie à notre patrimoine rural, lutter contre la spéculation, la mise en valeur abusive du domaine foncier et surtout l’accès difficile à la terre des masses vulnérables est plus qu’un devoir.
Monsieur le Président,
À l’heure où nos communes ont besoin d’assurer aux générations futures de meilleures conditions de vie intimement liées à la bonne gestion du patrimoine foncier et de l’environnement, je trouve inacceptable que l’on garde le mutisme sur les lotissements abusifs nourris par les appétits et les courses aux intérêts. Par ailleurs, l’hypertrophie des finances mise en relation avec la ruée d’investisseurs vers les zones rurales est entrain d’’enlever au monde paysan ce qu’il a de plus cher : la terre. Les agriculteurs doivent non seulement être guidés, et accompagnés mais surtout conscientisés et épaulés face aux multiples enjeux déclinés par la problématique foncière.
En outre, Thiénaba reste depuis 1882, le dépositaire et l’héritier d’un « rigorisme » qui se veut de conserver la droiture et le respect de la probité morale. Ce patrimoine religieux qui porte encore les séquelles des années de résistance à la colonisation, à l’arbitraire (1871-1875) et qui a toujours été respecté subtilement par les gouvernements successifs, doit aujourd’hui être conservé et pris en considération.
Nous devons préférer l’ancrage dans un conservatisme salvateur que l’ouverture dans l’exploitation et la soumission qui « assomment » nos propres populations et dilapident nos terres.
Les projets d’avenir que doit porter à mon avis l’actuel maire, Monsieur Talla Diagne consister plus à développer une véritable politique de développement et de mise en valeur des potentialités des territoires comme indiqué dans l’acte III de la décentralisation au lieu d’ôter aux propriétaires terriens, cette nature qui englobe leur vécu, legs pour les générations futures.
Pour toutes ces raisons je pense qu’il est utile de se battre pour que les paysans conservent leurs terres. C’est ce que j’appelle les « délibérations utiles » parce qu’elles redonnent le droit foncier à des populations qui, perdues dans les tourbillons de la modernité, ne peuvent défendre leurs domaines que par l’existence d’un héritage (Ndono) juridiquement reconnu et encadré par les règles qui le régissent. Les paysans sont à aider. C’est une urgence. La dépossession souvent illégale du domaine rural par des riches investisseurs (locaux ou étrangers) alimente une sorte de corporate capital qui s’investit massivement dans ce marché du foncier.
Lorsqu’on est élu par la majorité des populations, le devoir qui doit tous nous interpeler est à ranger dans le registre de la constance exemplaire dans l’exécution des tâches et des missions assignées pour ne se mettre qu’au service de la communauté. Cependant Monsieur le maire Talla DIAGNE ne cesse de fouler aux pieds les règles d’éthique, de morale pratique et l’intérêt collectif. Les tentatives de lotissement répétitif et les délibérations abusives en sont des éléments illustratifs.
Par conséquent, nous demandons, Monsieur le président de la République, de bien vouloir agir pour mettre fin à cette boulimie et à l’accaparement de l’assiette foncière de Thiénaba sous la houlette du maire et de ses complices.
Monsieur le président, notre génération a pour sacerdoce de faire de sorte que notre cher Sénégal continue d’être un exemple d’engagement pour l’économie positive charnellement liée au devenir du monde paysan. Cette dignité humaine est à restaurer car une paysannerie sans terre est à l’instar d’un corps sans âme.
Veuillez agréer, Monsieur le président, l’expression de ma haute considération et de mon attachement panafricain.
Dr Daouda DIOP
Maître de conférences titulaire
Université Cheikh Anta Diop de Dakar
Histoire économique quantitative
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