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NGOR, LFI, LFR, LR, LLLLLL….(Par Cheikh Tidiane BÂ)

Auteur: Cheikh Tidiane BA

NGOR, LFI, LFR, LR, LLLLLL….(Par Cheikh Tidiane BÂ)

NGOR, LFI, LFR, LR, LLLLLL….(Par Cheikh Tidiane BÂ)

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La nuit était déjà bien installée sur la Médina. À cette heure-là, le quartier changeait de rythme sans vraiment s’endormir. Dans les ruelles, les derniers boutiquiers rangeaient leurs marchandises, les vendeuses terminaient leur journée, quelques taxis se frayaient bruyamment un passage et, devant les maisons, les bancs se remplissaient. On refaisait le monde autour d’un thé, parfois avec beaucoup plus de certitudes que d’informations.

À Bangou diaxlé, notre grand-place à nous, c’était encore autre chose. Ici, aucune question n’était trop sérieuse pour finir en plaisanterie et aucune plaisanterie n’était assez légère pour ne pas devenir un débat politique.

Comme presque tous les soirs, les habitués étaient là.

Ndiaye RP, d’abord. RP pour « râleur professionnel ». Il râlait sur tout et sur tout le monde : le Gouvernement, la mairie, les jeunes, les vieux, le prix du pain, les embouteillages, la chaleur et même la pluie quand elle avait l’audace de tomber au mauvais moment.

À côté de lui trônait Adja, notre vieille politicienne. Elle avait traversé tous les régimes, connu toutes les coalitions et probablement soutenu, à un moment ou à un autre, presque tous les camps. Son visage portait malheureusement les stigmates d’un xeessal pratiqué avec une fidélité remarquable depuis l’âge de quinze ans. Sur ce sujet aussi, elle refusait toute alternance.

Ngor arriva, s’assit lourdement et lança :

— Moi, franchement, je ne comprends plus rien dans ce pays ! Du matin au soir : LFI, LFR, loi de finances… Maintenant même à Petersen, les gens parlent de LFR !

Il se tourna vers moi.

— Cheikh, moi j’avais toujours compris que le budget, c’était un grand coffre à la Présidence. On met l’argent dedans et le Président distribue aux ministres. C’était quand même plus simple !

— Ngor, qui t’a dit que le budget était dans un coffre ?

— Personne. J’ai réfléchi.

Ndiaye RP leva les yeux au ciel.

— C’est justement ce qui m’inquiète.

Les rires fusèrent.

— D’accord, Ngor. Prenons ton cas. Nous sommes le 1er octobre. Ton salaire mensuel est de 500 000 francs.

— Ça commence bien.

— Mais ton patron a des difficultés. Il te prévient qu’il te paiera au fur et à mesure de ses encaissements. Toi, tu continues néanmoins à prévoir 500 000 francs de ressources pour octobre.

— Normal. C’est mon salaire !

— Maintenant tes dépenses : maison, nourriture, eau, électricité, transport, enfants…

— Le thé !

— Le thé aussi. Tout cela fait 450 000 francs. Mais tu veux en plus acheter une moto à 250 000.

Ngor calcula.

— Donc 700 000 de dépenses pour 500 000 de recettes. Il me manque 200 000.

— Voilà ton déficit budgétaire.

— Aucun problème. J’emprunte 200 000 à Ndiaye RP.

Ndiaye RP bondit :

— Pourquoi le déficit de Ngor doit-il devenir la dette de Ndiaye ?

— Justement ! repris-je. Le déficit, c’est ce qui te manque. L’emprunt permet de le financer, mais il faudra le rembourser.

Ngor hocha la tête.

— Jusque-là, je maîtrise.

— Ce que tu viens de faire au 1er octobre, c’est ton budget initial : ce que tu prévois d’encaisser, ce que tu prévois de dépenser et comment tu comptes financer ce qui manque. Pour l’État, c’est, en simplifiant, la Loi de finances initiale, la LFI.

Adja intervint :

— Donc la LFI, c’est quand on fait les projets avant que les problèmes commencent ?

— Disons que c’est une façon très personnelle de le résumer.

— Mais il y a une différence importante, ajoutai-je. Pour l’État, le Gouvernement ne peut pas simplement écrire son budget dans son coin et commencer à dépenser. Le projet de loi de finances est soumis à l’Assemblée nationale, qui le vote.

Ngor parut surpris.

— Donc même le Président ne peut pas simplement ouvrir son coffre et dire : « Toi, prends 100 milliards ; toi, prends 50 » ?

— D’abord, ton coffre n’existe toujours pas. Ensuite, les recettes et les dépenses de l’État sont autorisées dans le cadre fixé par la loi de finances votée par l’Assemblée nationale.

Ndiaye RP sourit :

— Ngor, on vient de te retirer le coffre, la clé et maintenant le cadenas !

Nous étions arrivés au 20 octobre dans mon exemple.

— Ton patron t’a payé au fur et à mesure. Au total, tu as reçu 350 000 francs. Et il t’annonce maintenant : « Ngor, pour octobre, je ne pourrai plus rien te verser. »

Ngor sursauta.

— Sur mes 500 000 ? La moto est annulée !

— Première mesure.

— Je réduis certaines dépenses.

— Deuxième mesure.

— Et si ça ne suffit pas, j’emprunte davantage.

— Voilà. La situation du 20 octobre n’est plus celle que tu avais prévue le 1er. Tu dois revoir ton budget. Pour l’État, lorsque les prévisions et les équilibres doivent être modifiés en cours d’année, on passe par une Loi de finances rectificative, la LFR.

— Et elle aussi passe à l’Assemblée ?

— Bien sûr. C’est une loi de finances. Elle est donc soumise au vote de l’Assemblée nationale.

Ngor réfléchit puis résuma :

— Donc la LFI, c’est Ngor le 1er octobre, quand il pense encore recevoir ses 500 000. La LFR, c’est Ngor le 20 octobre, quand son patron lui explique la réalité.

— Voilà !

Adja leva la main :

— Et après, il paraît qu’il y a une loi de réglage ?

— De règlement, Adja !

— C’est ce que j’ai dit !

— Non. À la fin de la période, on ne prévoit plus. On regarde ce qui s’est réellement passé : combien Ngor a effectivement reçu, combien il a réellement dépensé, ce qu’il a emprunté, ce qu’il a finalement réalisé. Pour l’État, c’est la logique de la loi de règlement, qui permet de constater et d’arrêter les résultats de l’exécution budgétaire. Et là encore, c’est une loi soumise à l’Assemblée nationale.

Ngor compta sur ses doigts :

— Donc LFI : on prévoit et l’Assemblée vote. LFR : on rectifie et l’Assemblée vote. Loi de règlement : on regarde ce qui s’est réellement passé et l’Assemblée vote encore.

— Tu as compris.

Ngor me regarda, presque déçu.

— Donc mon grand coffre de la Présidence…

— Il n’existe pas.

— Et le Président ne distribue pas l’argent comme il veut ?

— Non. Le budget n’est pas un coffre rempli d’argent. Ce sont notamment des prévisions de recettes et des autorisations de dépenses.

Un silence tomba.

Puis Ndiaye RP regarda Ngor :

— En résumé, on vient de te retirer le coffre, la clé et le Président devant le coffre. Il ne te reste que ta moto que tu ne peux plus acheter !

Adja acquiesça gravement :

— Heureusement qu’il reste la loi de réglage.

Je soupirai.

— De règlement, Adja… de règlement !

Bangou diaxlé explosa de rire.

Ngor avait enfin compris les lois de finances.

Pour la moto, en revanche, même la LFR de l’État ne pourra l’aider… surtout que, pour l’instant, personne ne connaît encore le sort de celle-ci.

CHEIKH TIDIANE BÂ

⚡ Résumé express généré par IA, vérifié par la rédaction
- Ngor pensait que le budget de l'État était un grand coffre à la Présidence où le Président distribue l'argent aux ministres. - L'auteur explique que la LFI correspond aux prévisions budgétaires initiales, la LFR à leur rectification en cours d'année, et la loi de règlement au constat des résultats réels. - Le projet de loi de finances est soumis au vote de l'Assemblée nationale, et le Président ne peut pas distribuer l'argent comme il veut.
Auteur: Cheikh Tidiane BA
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Commentaires (13)

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    Amath Sow ⭐ Top commentaire il y a 1 semaine
    Merci beaucoup Cheikh. Très illustratif et instructif pour ceux qui n'ont pas d'expertise dans le domaine. Tu as fait un véritable effort de pédagogie.
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    Citoyen il y a 1 semaine
    Oui très digeste comme explication
    Merci
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    Mara il y a 1 semaine
    Un autre pilleur de la République qui ose sortir pour donner son avis sur la situation du pays. Il fait parti des fonctionnaires milliardaires du pays. Il doit la fermer.
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    Cresus il y a 1 semaine
    Le papa de Sonko Tahibou Ndiaye était milliardaire également
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    Lire il y a 1 semaine
    Tu as lu le texte? Il donne pas son avis hein
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    Les hommes du Passif il y a 1 semaine
    Ah ancien DG Apériste des impôts noces générales au temps de Macky. Ils n'ont pas fait émerger le Sénégal, Ils ont laissé des Sénégalais presque morts.
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    Aamx il y a 1 semaine
    Texte très pédagogique Merci
    beaucoup de sénégalais croient vraiment que voter un budget veut dire mettre de l'argent dans un compte ... même parmi ceux qui ont faits des études supérieures : "Le budget est déjà voté ...."
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    merci il y a 1 semaine
    Merci pour cette pédagogie même si les sénégalais c'est des ignares qui ne savent pas qu'ils sont ignares
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    Oustaz Jacuzzi il y a 1 semaine
    Émigration irrégulière : 127 candidats interpellés à Djirnda et Ngethie
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    Oustaz Jacuzzi il y a 1 semaine
    "Barça ou Barsakh" : Plus de 150 migrants portés disparus après un départ de Gambie depuis 13 jours
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    Confusionnisme il y a 1 semaine
    Des detourneurs d’argent public qui profitent de la situation actuelle pour se muer en donneurs de leçons et faire oublier leurs forfaits.
    Au Sénégal les grandes gueules sont ceux qui devraient raser les murs.
  • avatar
    IA il y a 1 semaine
    Texte écrit par l’IA

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