Pour une République plus forte que les hommes: « La démocratie se fortifie dans le respect de l’ordre constitutionnel » (Par Papa Macoumba Gaye)
L’inquiétude actuelle tient moins aux discours rageurs sur fonds de mobilisation émotionnelle qu’au silence assourdissant des élites. Peu de voix se sont élevées face à l’accumulation de signaux préoccupants : la mise en cause publique et sans suite de magistrats par des autorités, les contestations d’arbitrages du président par des membres de son parti, ou plus grave, les emblèmes d’une formation politique qui apparaissent aux
côtés du drapeau national dans une séquence protocolaire hors du pays.
Nous avons ainsi assisté à l’ascension d’un Parti État qui est devenu pouvoir et opposition. Nous en supportons maintenant les dérives. Les dissensions entre ses deux principaux dirigeants auront suffi à mettre le pays à genoux. C’est aussi cela que des hommes d’expérience craignaient : la volonté de redressement, la fougue ou le désir de
souveraineté ne suffisent pas à gérer une République. Et ces qualités utiles à leurs heures, ne valent rien quand les institutions vacillent .
Il nous faut être lucides. L’avenir de notre Pays s’assombrit. L’économie ne se relèvera pas en trois années, nos institutions sont fragilisées, et la paix est menacée. Et les risques immédiats d’aggraver la situation se dessinent. Ils prennent la forme d’un recours en inconstitutionnalité contre la réintégration d’un député devenu ainsi second personnage de l’Etat, de son éjection de la tête de l’institution, de probable motions de censure
itératives et, qui sait, d’hypothétique mise en accusation de haute autorité; ou bien plus simplement de scandales sociaux et financiers sur fonds de rivalités.
La violence, dont nous avons fait l’apprentissage, se rapproche. Dieu nous en Préserve !
De toute façon, il n’est nullement possible de maintenir un pays dans l’instabilité institutionnelle ou l’insurrection permanente. Force reste toujours à la Loi. Mais qu’advient-il quand ceux qui légifèrent, en dessous de toute espérance, s’emmêlent dans des querelles intestines, dans la vilénie et la tortuosité? Nous payons alors, à son prix, toujours excessif, la dualité au sommet du pouvoir, l’incurie d’honorables, et le silence coupable des élites.
On pourrait admettre qu’au delà de l’expression amplifiée d’egos, cette situation délétère soit liée à la loi du d’amnistie votée dans le tumulte de la dernière élection présidentielle.
Ne fallait il pas , d’abord, situer les responsabilités, condamner les crimes qui portaient atteinte à la sûreté nationale et ensuite seulement pardonner pour avancer. Les limites à ne pas franchir avec la République auraient été définitivement sues. Mais le moment se prêtait au discours de paix. Et des esprits bien pensants avaient salué, l’encadrement responsable de l’expression de la volonté populaire.
A côté, la leçon donnée par les sages du conseil constitutionnel qui s’opposaient au report des élections pouvait nous servir de viatique dans la protection des institutions. Les développements politiques récents nous rappellent que l’éthique républicaine est aussi faite de règles absolues que la loi fondamentale ne nomme pas. Elle est tributaire de la clairvoyance et de la vertu de ceux qui en assume la garde , au premier rang desquels
l’institution présidentielle.
C’est pourquoi nous exerçons ici la liberté citoyenne de proposer une réflexion sans passion autour de l’éventualité d’un référendum constitutionnel. Non pour satisfaire des intérêts conjoncturels, mais pour examiner si notre pacte institutionnel demeure pleinement adapté aux exigences du Sénégal qui se construit sous nos yeux. Cette réflexion devrait être celle d’une nation soucieuse de transmettre à ses enfants des institutions plus fortes, plus lisibles et mieux armées pour résister aux turbulences de l’histoire.
Alors, après le temps du débat et des choix souverains, il nous restera l’essentiel: Bâtir une nation consciente que la démocratie ne se réduit pas à l’expression de la volonté populaire, mais qu’elle repose également sur la solidité des mécanismes qui garantissent sa permanence
Et peut-être le ferons-nous, tels des Sisyphe républicains, dans cet effort jamais achevé qui consiste à élever un pays à la hauteur de ses espérance.
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