Sénégal-Maroc au TAS : l’Empire Financier de Motsepe et l’Ombre de Fouzi Lekjaa font-ils basculer le football africain dans une ère de collusion systémique? (par Amadou ‘’Douk Kardastyle’’)
L'année 2026 marque un tournant critique pour le football africain, alors que la Confédération Africaine de Football (CAF) s'embourbe dans une crise de gouvernance sans précédent. Au cœur de cette tempête, le président Patrice Motsepe fait face à des accusations de conflits d'intérêts systémiques liés à ses investissements personnels au Maroc, tandis que l'impartialité des instances juridiques de la confédération est violemment remise en question.
L'empire Sanlam-Saham : Le Maroc comme pilier financier
L'ancrage économique de Patrice Motsepe au Maroc n'est plus un secret, mais son ampleur interpelle désormais les observateurs de la transparence sportive. Le milliardaire sud-africain opèrerait principalement via sa société d'investissement Ubuntu-Botho Investments (UBI), laquelle détient environ 14,5 % de Sanlam, le leader de l'assurance sur le continent. En 2018, Sanlam a réalisé une opération stratégique en acquérant la totalité de Saham Finances, fleuron marocain fondé par l'ex-ministre Moulay Hafid Elalamy, pour un montant dépassant le milliard de dollars. Cette transaction a fait de Sanlam Maroc un acteur systémique du marché financier national, plaçant de fait Patrice Motsepe dans une position de partenaire économique indirect de l'État marocain, puisque le secteur des assurances est étroitement régulé par les autorités locales de Rabat.
L'ambition de Motsepe dans le Royaume s'étend désormais au secteur bancaire et technologique. Via sa branche African Rainbow Capital (ARC), il contrôle le groupe GoTyme (anciennement TymeBank), qui déploie en 2026 une stratégie d'intégration technologique agressive au Maroc. GoTyme lance une Super-App co-brandée intégrant banque digitale, crédit et assurance, visant à transformer des millions d'assurés marocains en clients bancaires (en utilisant le réseau de Sanlam Maroc comme "cheval de Troie"?). Pour consolider ce terrain, le groupe a investi début 2026 dans la startup marocaine Woliz, une plateforme de "Retail-Tech" connectant les épiceries locales à l'économie digitale, transformant potentiellement chaque boutique de quartier en point de service financier pour l'empire Motsepe.
L'axe Motsepe-Lekjaa : Un cumul de fonctions explosif
Cette interpénétration entre football et business (mais aussi politique) est incarnée par la figure de Fouzi Lekjaa, dont l'influence au sein de la CAF est jugée prépondérante. M. Lekjaa occupe simultanément les fonctions de Ministre délégué chargé du Budget au Maroc, de Président de la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF) et de Vice-Président de la CAF. Ce cumul exceptionnel crée une zone grise éthique permanente : en tant que ministre, il gère les finances de l'État qui subventionne les infrastructures sportives ; en tant que président de fédération, il défend les intérêts de l'équipe nationale ; et en tant que haut dirigeant de la CAF, il participe aux décisions régulant le football continental. Pour beaucoup d’observateurs et pas seulement au Sénégal, cette proximité facilite un phénomène de "renvoi d'ascenseur" où l'attribution de compétitions majeures au Maroc (CAN 2025, CAN Féminine) semble corrélée à la protection des intérêts commerciaux dans le Royaume (comme Sanlam et GoTyme). Il se murmure que la branche African Rainbow Energy and Power (AREP) (appartenant à… Motsepe) suit de près les appels d'offres marocains dans le solaire et l'éolien.
Le système Mosengo-Omba : Une administration "ultra vires"
Parallèlement à ces enjeux financiers, la CAF traverse une crise de légitimité administrative interne. Une enquête de Jeune Afrique publiée le 28 novembre 2024 a révélé un système de "gestion fantôme" où Patrice Motsepe laisserait une liberté totale à son Secrétaire Général, Véron Mosengo-Omba. Ce dernier serait visé par un rapport d'audit interne pour des soupçons de "conflits d'intérêts", de "favoritisme" et d'obstruction aux processus de gouvernance. Plus grave encore, la validité juridique de son maintien en poste est contestée : son contrat de travail aurait expiré de plein droit à la fin du mois d'octobre 2025, après qu'il a atteint l'âge de 66 ans, dépassant ainsi la limite règlementaire de 63 ans plus la prolongation maximale prévue par les statuts de la CAF.
Si elle se confirme, cette situation rendrait juridiquement nuls les actes administratifs signés par M. Mosengo-Omba après cette date. C'est notamment le cas du licenciement de Yassin Osman Robleh, Chef du Département des organes juridictionnels, notifié le 27 février 2026. Ce licenciement, officiellement motivé par une "restructuration", est dénoncé par l'intéressé comme une mesure arbitraire prise par un signataire n'ayant plus la capacité légale d'engager l'institution. Le timing de ce renvoi, intervenant en pleine bataille juridique sur la finale de la CAN 2025, suggère une volonté d'écarter les cadres veillant au respect strict des règlements pour favoriser des décisions politiques au profit du Maroc.
Le recours du Sénégal au TAS : La "Vérité du terrain" en jeu
La décision du jury d'appel de la CAF d'attribuer la victoire finale de la CAN 2025 au Maroc par forfait (3-0), alors que le Sénégal s'était imposé sur le terrain (1-0), constitue le point de rupture de cette crise. Cette sentence est jugée "juridiquement indéfendable" par les experts en droit du sport, car elle viole le principe fondamental de l'article 5 des lois du jeu de l’IFAB et de l'article 6 du Code Disciplinaire de la CAF: les décisions de l'arbitre sur les faits liés au jeu sont définitives une fois le match achevé. En transformant un incident de jeu en forfait après le coup de sifflet final, le jury d'appel aurait non seulement outrepassé ses prérogatives juridictionnelles, mais aurait également violé les procédures internes stipulant qu'un tel organe ne peut se prononcer que sur des affaires non définitives.
Le recours du Sénégal devant le Tribunal Arbitral du Sport (TAS) peut reposer également sur la dénonciation d'une influence indue et de conflits d'intérêts manifestes au sein de l'instance. La présence de Moez Nasri, président de la Fédération Tunisienne de Football, au sein du jury d’appel est ainsi pointée du doigt comme une irrégularité majeure, les textes de la CAF interdisant à un président de fédération en exercice de siéger dans de tels organes pour garantir l'impartialité.
En l’état, il n’est pas farfelu de penser que cette décision n’est pas le résultat d’une analyse règlementaire rigoureuse, mais l'illustration d'une "capture institutionnelle" visant à protéger le pays hôte et possiblement, par extension, les intérêts économiques du président Motsepe.
Le Sénégal dispose de plusieurs arguments de poids pour obtenir l'annulation de la décision du jury d'appel devant le TAS :
La réunion du Comité Exécutif de la CAF, prévue le 29 mars 2026 — qui devrait statuer sur le cas de Véron Mosengo-Omba et les suites de la finale — déterminera si la CAF est capable de restaurer une gouvernance indépendante ou si elle demeure l'otage d'ambitions privées.
Le verdict de Lausanne au TAS, attendu selon les échos d'ici juin 2026, nous édifiera. Pas loin de Lausanne, à Zurich (ou plutôt Doha pour son président), siège la FIFA, accusée d’ingérence. L'ombre de Gianni Infantino plane lourdement sur le siège de la CAF au Caire, au point que de nombreux observateurs ne considèrent plus l'instance africaine comme une organisation souveraine, mais comme une simple "sous-préfecture" de la FIFA. Nous y reviendrons peut-être lors d’une prochaine contribution.
Amadou ‘’Douk Kardastyle’’
X @kardastyledon

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