Patrimoine sous-marin : une nouvelle alliance pour préserver la mémoire des océans
La protection des fonds marins pourrait connaître un tournant décisif à partir de ce vendredi 19 juin 2026. L’UCAD, la Gendarmerie nationale, la Direction de la Gestion et de l’Exploitation des Fonds Marins (DGEFM) et la Direction des Aires Marines Communautaires Protégées (DAMCP) ont décidé de mutualiser leurs moyens et leur expertise pour une meilleure gestion des richesses du grand bleu. Le projet a été présenté par Pr Ibrahima Thiaw, Directeur de l’Unité de Recherche en Ingénierie Culturelle et en Anthropologie (URICA) de l’IFAN.

Longtemps considéré comme une ressource halieutique, une voie de transport ou une frontière à surveiller, l’océan n’en demeure pas moins « le plus grand musée du monde », souligne Pr Thiaw. Une part essentielle de l’histoire des peuples est enfouie dans les épaves, les récifs et autres gîtes naturels ou artificiels. Ce patrimoine culturel submergé est à la fois précieux et fragile, car soumis à toutes sortes de menaces telles que la surexploitation des ressources, les rejets industriels, les activités illicites en mer, les changements climatiques… Au vu des défis, il apparaît évident qu’aucune institution ne peut agir efficacement de manière isolée, comme l’a rappelé le général de division Martin Faye, Haut commandant de la gendarmerie.
Les archéologues sous-marins ont jusqu’ici tenté de sauver ce qui pouvait l’être avec leurs limites techniques et logistiques. « Plonger pour documenter l’histoire demande des compétences doubles, des équipements lourds et une sécurité absolue », souligne Pr Ibrahima Thiaw.

L’arrivée d’autres acteurs comme la gendarmerie et la DGEFM signe ainsi « une victoire de la synergie sur l’isolement ». Désormais, la gendarmerie va apporter son expertise technique en plongée, sa connaissance des courants et son maillage sécuritaire du territoire maritime.
La sécurité des opérations de plongée est assurée, doublée de protocoles de secours et de logistique d’intervention hyperbare. En retour, les équipes de recherche de l’Ucad pourront former le personnel de la gendarmerie à l’identification et au respect des biens culturels maritimes lors des missions de surveillance. On quitte ainsi la logique de gestion sectorielle pour une vision holistique de l’espace maritime. De ce fait, ajoute Pr Thiaw, les hommes en bleu passent ainsi de gardiens des eaux à co-protecteurs de la mémoire nationale et de celle des diasporas noires.

En somme, souligne le Recteur de l’Ucad, Pr Alioune Badara Kandji, la combinaison entre la rigueur scientifique et l’autorité judiciaire crée « un outil redoutable contre les crimes environnementaux maritimes : destructions de récifs, pollutions sauvages ou pillages de notre patrimoine culturel subaquatique ».
Avec cette collaboration, il sera possible de former une nouvelle génération d’observateurs subaquatiques capables de dresser un état des lieux rigoureux du patrimoine sous-marin. Les étudiants et leurs professeurs pourront assurer la surveillance biologique in situ en descendant sous la surface pour suivre la résilience des espèces, l’évolution de la biomasse et l’impact réel des mesures de protection.

L’Afrique ayant toujours été le parent pauvre de la recherche mondiale, le Pr Thiaw pense que le moment est venu pour le continent d’écrire sa propre histoire maritime, avec ses propres experts, ses propres plongeurs et sa propre vision. « Ce cadre de partenariat va faciliter les inventaires nationaux, renforcer la lutte contre les chasseurs de trésors clandestins et ouvrir la voie à de nouveaux champs de recherche et à un tourisme culturel et écologique durable et responsable », conclut-il.
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