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Arnaque à 673 millions ou complot mystique ? Le procès fou de la Gambienne Adji Séra Trera face à son fournisseur

Auteur: Doudou DIOP

Arnaque à 673 millions ou complot mystique ? Le procès fou de la Gambienne Adji Séra Trera face à son fournisseur

Arnaque à 673 millions ou complot mystique ? Le procès fou de la Gambienne Adji Séra Trera face à son fournisseur

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Détenue au Sénégal depuis le 30 avril 2026, la commerçante gambienne Adji Séra Trera a comparu, ce jeudi, devant la chambre de jugement du pool judiciaire financier, statuant en matière de flagrance. Elle est poursuivie pour escroquerie portant sur la somme colossale de 673 800 000 FCFA au préjudice de son fournisseur, Modou Ndiaye.

À la barre, la partie civile, Modou Ndiaye, commerçant domicilié à Bargny, est longuement revenue sur la genèse de leur relation née en avril 2023 par l’intermédiaire d’une tierce commerçante, établie à Touba. Après une première transaction réussie de 55 tonnes de riz, une relation de confiance s’installe. Mais la machine a commencé à gripper rapidement. Selon le plaignant, la dame Trera accumule d’abord une dette de 220 millions FCFA. Pour le rassurer et obtenir de nouvelles livraisons, elle lui fait miroiter un portefeuille de clients solides. Modou Ndiaye lui livre alors pour 340 millions FCFA de riz et de lait supplémentaires, portant la dette à 560 millions FCFA. Invité en Gambie pour être payé, le fournisseur affirme avoir été « mené en bateau » pendant 33 jours, la prévenue lui avouant finalement avoir injecté l’argent dans 27 conteneurs venus d’Europe.

Malgré ses réticences, Modou Ndiaye cède à nouveau suite à l’intervention du frère de la prévenue, Abdoulaye Téra basé à Dakar. C’est ainsi qu’un protocole a été signé pour la livraison de 330 tonnes de riz d’une valeur de 112,2 millions FCFA. Sur cette transaction, un gap de 74,8 millions FCFA n’a jamais été versé.

La dernière transaction en date frôle le scénario de film : Adji Séra Trera convainc Modou Ndiaye de lui prêter 39 millions FCFA pour dédouaner un stock de 15 000 sacs de riz en Gambie, promettant de lui reverser 150 millions de FCFA le 15 avril 2026. Une promesse jamais tenue. Pour preuve de sa bonne foi, le plaignant a versé au dossier une reconnaissance de dette des factures impayées ainsi que des chèques émis sans provision.

Si Adji Séra Trera reconnaît sans ambages devoir les 673 800 000 FCFA, elle conteste fermement l’accusation d’escroquerie. « Depuis 2023, je lui ai versé des milliards dans la vente de riz. Mais à chaque fois, je perds au moment du change du franc CFA en dalasi », s’est-elle défendue.

La prévenue accuse également le fournisseur de lui avoir livré du riz de mauvaise qualité, refusé par ses clients gambiens, ce qui l’aurait plongée dans d’immenses difficultés financières malgré la contraction d’un prêt bancaire.

Le procès a pris une tournure singulière lorsque la question du mystique et de la magouille s’est invitée dans les débats. Il y a eu des échanges tendus entre les avocats des parties. Le juge a suspendu l’audience.

À la reprise, la prévenue a affirmé avoir été « maraboutée », expliquant que Modou Ndiaye lui-même l’avait mise en rapport avec son propre marabout pour des prières, payant même la somme d’un million FCFA pour elle. Un fait que la partie civile a partiellement reconnu à la barre, affirmant l’avoir simplement mise en rapport avec un guide spirituel pour « l’aider ».

Délit pénal ou simple litige commercial ?

Pour la partie civile, Me Ousseynou Ngom a soutenu que le délit d’escroquerie est parfaitement caractérisé. Selon lui, la prévenue a sciemment montré qu’elle pesait lourd financièrement au début de leur relation pour mieux ferrer et tromper son client. Son confrère, Me Abdy Nar Ndiaye, a réclamé la somme d’un milliard de FCFA de dommages et intérêts pour toutes causes et préjudices confondus.

Le procureur de la République a, de son côté, requis l’application de la loi pénale.

La défense a plaidé la relaxe pure et simple. Me Youssou Camara a soutenu qu’aucune manœuvre frauduleuse n’a été mise en place, les deux parties ayant entretenu un commerce régulier pendant deux ans.

Plus offensif, Me El Hadji Diouf a dénoncé un piège et affirmé que sa cliente avait été « séquestrée » et amenée manu militari à la police. « C’est Modou qui l'a mise dans des difficultés en lui envoyant du riz de mauvaise qualité. Il l'a maraboutée, c’est pourquoi elle vendait à perte. Après, il l'a mise en rapport avec son marabout pour des prières. C’est comme ça qu’il l'a piégée pour la faire venir au Sénégal », a martelé le célèbre avocat. Pour Me Diouf, il s’agit d’une affaire purement commerciale.

Avant la clôture des débats, Me El Hadji Diouf a sollicité une mise en liberté provisoire pour la commerçante gambienne. Après que le parquet s’en est rapporté à la sagesse du tribunal, le juge a rejeté la demande.

Le tribunal a mis l’affaire en délibéré. Le sort d’Adji Séra Trera sera fixé le 18 juin 2026.

Auteur: Doudou DIOP
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