Saccage de restaurant, violences et réseau secret : La chute d'un homme d'affaires condamné à la prison ferme après la plainte de son ex-épouse
C’est un dossier de violences conjugales qui est à l’origine de la découverte des activités troublantes du mari. Jugé ce 6 juillet 2026 devant le tribunal des flagrants délits de Dakar, I. Sakho, opérateur économique de son état, a été condamné à 2 ans d’emprisonnement, dont 3 mois ferme avec une amende de 500 000 FCFA. Il devra également verser 3 millions de FCFA de dommages et intérêts à son ex-épouse, Y. F. Dabo. Retour sur une affaire qui a pris une tournure inattendue au fil de l’enquête.
Dans cette histoire, une plainte pour des faits de coups et blessures volontaires avait été adressée au procureur de la République près le tribunal de grande instance hors classe de Dakar. Le dossier a été transmis à la Brigade de recherches de Dakar qui ouvre une enquête le 19 juin 2026.
Face aux enquêteurs, Y. F. Dabo déroule le film d’une relation qui, selon elle, s’est transformée en véritable calvaire. Arrivée au Sénégal avant sa rencontre avec I. Sakho, elle explique avoir loué un appartement aux Almadies et créé un restaurant à Ngor grâce à ses propres ressources. Les deux se marient coutumièrement en Gambie en 2024. Selon la plaignante, les problèmes apparaissent lorsqu’elle tombe enceinte. À six mois de grossesse, elle confie la gestion de son restaurant à son époux. Elle affirme que celui-ci commence alors à revendiquer la propriété du commerce, puis celle de l’appartement, exigeant même que le bail soit établi à son nom.
Y. F. Dabo raconte avoir subi des violences physiques répétées, des intimidations et des menaces. Même après leur séparation, dit-elle, I. Sakho continuait à pénétrer dans son appartement sans autorisation, en forçant les serrures et en endommageant plusieurs biens.
Le 16 juin dernier, un nouvel incident éclate dans le restaurant de Ngor. La plaignante affirme avoir été violemment agressée par son ex-époux, qui a également détruit plusieurs équipements de l’établissement.
Elle met à la disposition des enquêteurs un certificat médical faisant état d’une incapacité temporaire de travail de 11 jours et 2 constats d’huissier, relevant les dégradations constatées dans le restaurant et dans l’appartement.
Pour vérifier les affirmations des deux anciens époux, les enquêteurs auditionnent les propriétaires et agents immobiliers. Leurs déclarations sont unanimes. Aussi bien le bail de l’appartement des Almadies que celui du restaurant de Ngor sont établis exclusivement au nom de la dame Y. F. Dabo. L’un des agents précise même que l’époux a certes payé quelques mois de loyer, mais n’a jamais été titulaire du contrat.
Une voisine du couple confirme également les fréquentes disputes et décrit un homme au comportement agressif, évoquant plusieurs interventions des forces de l'ordre.
Le téléphone qui change tout…
Mais c’est l’exploitation du téléphone portable d’I. Sakho par le Centre national de lutte contre les criminalités numériques (CNLCN) qui fait basculer l’enquête. Les spécialistes découvrent plusieurs conversations WhatsApp, des photographies et des vidéos montrant des échanges autour de jeunes femmes, de présentations à des tiers et de contreparties financières.
Au cours de sa nouvelle audition, I. Sakho reconnaît être l’auteur de plusieurs messages retrouvés dans son téléphone. Il admet avoir envoyé des photos et des vidéos de jeunes filles à différents hommes et avoir proposé certaines mises en relation. Mais il conteste avoir participé à une activité de prostitution.
Les enquêteurs identifient également deux interlocuteurs récurrents, connus sous les pseudonymes de Dior et Diawara Malien. Suffisant pour que le délit de proxénétisme soit visé.
Devant le tribunal, I. Sakho, qui se présente comme opérateur économique dans l’immobilier, nie catégoriquement les violences conjugales. « Personne n’a assisté à une scène où je la battais. Elle a inventé toute cette histoire », soutient-il. Concernant le chef de proxénétisme, il reconnaît avoir transféré des vidéos à certains hommes mais assure n’avoir jamais organisé de rencontres sexuelles.
À son tour, son ex-épouse Y. F. Dabo a livré sa version des faits. « Nous nous sommes mariés en 2024. Nous nous sommes séparés alors que j’étais enceinte de six mois. Il m’a abandonnée », déclare-t-elle. Son avocat, Me Fadel Diack, réclame 5 millions de FCFA de dommages et intérêts.
Le procureur de la République estime, pour sa part, que les éléments du dossier établissent suffisamment les infractions poursuivies. Il requiert une peine de 2 ans d’emprisonnement dont un an ferme, assortie d’une amende de 500 000 FCFA.
La défense, assurée par Me Ndeye Fatou Sarr, démonte point par point l’accusation. L’avocate parle d’un certificat médical de complaisance pour les violences volontaires et soutient que le dossier ne rapporte aucune preuve matérielle d’une activité de prostitution.
En rendant son délibéré, le tribunal a retenu la culpabilité d’I. Sakho pour les faits qui lui sont reprochés. Il est condamné à 2 ans d’emprisonnement dont 3 mois ferme, à une amende de 500 000 FCFA et devra verser 3 millions de FCFA à Y. F. Dabo à titre de dommages et intérêts.
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