Thiès : un couple se déchire devant la justice sur fond d'accusations de fraude au visa
L'enquête ouverte en février 2026 par le commissariat de Nguinth (Thiès) lève le voile sur un profond litige opposant un émigré établi en France à son épouse. Entre accusations d'escroquerie au mariage, abandon du domicile conjugal et soupçons d'usage de faux documents, les deux versions s'affrontent devant le tribunal.
L'affaire a été jugée le 7 juillet 2026 par le Tribunal correctionnel de Thiès et mise en délibéré au 13 octobre 2026. Estimant que les faits sont établis, le procureur de la République a requis l'application de la loi pénale.
La défense, assurée par Me Alioune Séne, a sollicité la relaxe de sa cliente, sans peine ni dépens. Selon lui, il s'agit d'un conflit entre époux portant sur les relations patrimoniales de la famille et non d'une affaire pénale.
À l'inverse, l'avocat de la partie civile, Me Famara Faty, convaincu que l'escroquerie est caractérisée, a réclamé la somme de 50 millions de FCFA en réparation de l'ensemble des préjudices subis.
Selon l'enquête, les faits ont débuté à la suite d'une plainte déposée par P. S. Diédhiou, chef d'entreprise résidant en France depuis 2007. Marié religieusement le 7 mai 2022 à la mosquée de Nguinth avec A. Diagne, le plaignant affirme avoir vécu une profonde désillusion.
Selon ses déclarations aux enquêteurs, son épouse a subitement rompu tout contact après avoir appris son retour au Sénégal. À son arrivée, le 29 novembre 2025, il affirme avoir constaté qu'À. Diagne avait quitté le domicile conjugal en emportant divers matériels professionnels de nettoyage. Plus grave encore, il soutient que le mariage n'a jamais été consommé et réclame aujourd'hui le remboursement d'une somme totale estimée à 25 millions de FCFA, couvrant le financement des études de son épouse ainsi que les frais engagés pour son projet de voyage vers l'Europe.
L'homme a remis aux enquêteurs deux preuves de transferts d'argent effectués via Wave. Il évoque un premier versement de 6 millions de FCFA en 2023 destiné à faire venir son épouse en France, projet qui se serait soldé par une prétendue escroquerie de démarcheurs. Il affirme également avoir envoyé 4,5 millions de FCFA le 16 juillet 2025, après qu'A. Diagne lui eut assuré disposer d'un contact privilégié, présenté comme le directeur de cabinet du ministère des Affaires étrangères, capable de faciliter l'obtention d'un visa. Il affirme avoir découvert par la suite que le directeur de cabinet était en réalité une femme, contredisant ainsi les déclarations de son épouse.
La version de l'épouse
Entendue le 20 février 2026, A. Diagne, spécialiste en droit et comptabilité, a catégoriquement rejeté les accusations d'escroquerie et d'abus de confiance. Elle reconnaît avoir quitté le domicile conjugal pour s'installer chez son père, mais conteste avoir emporté le matériel de nettoyage. Elle nie également avoir reçu les 6 millions de FCFA versés en 2023.
Concernant le projet de voyage, elle accuse son mari d'avoir insisté pour la faire voyager en lui fournissant de faux documents, notamment une attestation de mariage établie au nom d'un tiers ainsi qu'une carte de séjour appartenant à une autre personne, sur laquelle il aurait apposé sa photographie.
Après l'échec de cette première tentative de voyage avec ces faux documents, elle affirme que son époux l'a autorisée à engager une procédure régulière pour le Canada par l'intermédiaire d'un nommé O. Diop. Selon elle, ce dossier est toujours en attente de traitement à l'ambassade.
S'agissant des frais de scolarité, elle conteste les montants avancés par son mari. Elle soutient que celui-ci n'a financé qu'une seule année de formation, son Bachelor Pro à l'ISM, pour un montant de 900 000 FCFA, et non 4,5 millions de FCFA comme il le prétend.
Enfin, elle affirme que son mari l'a officiellement répudiée devant sa mère en décembre 2025, au motif qu'il détenait, selon ses dires, des vidéos intimes d'elle dans son téléphone.
Une enquête aux zones d'ombre
Lors de la confrontation organisée le 26 février 2026, chacun des époux est resté campé sur sa position. Le mari a versé au dossier ses historiques de transactions, son contrat de bail ainsi qu'un constat d'huissier établissant, selon lui, l'abandon du domicile conjugal. De son côté, A. Diagne a remis aux enquêteurs les documents qu'elle présente comme les faux papiers fournis par son époux, ainsi que ses justificatifs de scolarité.
L'enquête s'est toutefois heurtée à l'absence de témoins clés. Le démarcheur O. Diop est resté injoignable, tandis que la mère d'A. Diagne n'a pas répondu à la convocation des enquêteurs.
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