Anta Kébé : L’héritière d’un grand nom au service des enfants atteints de cancer
À l’occasion de Septembre en Or, mois international de sensibilisation aux cancers des enfants et des adolescents, Seneweb s’est intéressé au profil et à la cause d’une jeune dame sénégalaise au cœur d’or : Anta Kébé. Fille du défunt homme d'affaires milliardaire El Hadj Babacar Kébé dit "Ndiouga", elle a choisi un autre type de richesse : le don de soi.
Une femme « touche-à-tout » au parcours d’exception
Derrière l’engagement associatif du mouvement caritatif appelé Entreaide Sénégal, se cache une femme de tête et de convictions : Anta Kébé. Cette dernière, fondatrice de l’association, a fait tout son parcours scolaire au Sénégal, en série S1. Elle poursuit ensuite ses études au Canada où elle obtient un Bachelor en Business Administration, un MBA en qualité et réingénierie, et plusieurs certifications dont l'ITIL.
Plus de 25 ans d’expérience plus tard, entre le Canada et le Sénégal durant lesquels elle a touché à tout : qualité, marketing, ressources humaines, gestion de projets, conseil.
Mais si son CV parle de compétences, son cœur, lui, parle d’autre chose : d’humanité.
« Je suis née avec cette volonté d’aider »
Son engagement ne date pas d’aujourd’hui. « À l’âge de 7 ans, je faisais déjà du social. Le week-end, je préparais des pastels et des beignets que je distribuais aux talibés », se rappelle cette jeune fille de riche. Un mode de vie qu’elle a hérité de son modèle qui n’est autre que son père, l’homme d’affaires El Hadj Ndiouga Kébé. « Donner sans rien attendre en retour et se priver pour les autres, je l’ai pris de lui », confesse-t-elle.
Adolescente déjà, elle payait des frais de scolarité et des frais médicaux. En silence. Personne n’était au courant. Tout était fait sur fonds propres. « Quand je donne, je pleure tellement je suis heureuse », confie-t-elle.
2020 : La rencontre qui change tout
En 2018, elle adresse une prière sincère à Dieu, lui demandant d’être pleinement employée au service de ses semblables. La réponse survient deux ans plus tard, en décembre 2020, lorsqu’un reportage télévisé sur le cancer pédiatrique suscite en elle un profond déclic. Sans attendre, elle a cassé sa tirelire et s’est rendue en personne à l’hôpital pour régler directement les soins des enfants, estimant qu’assumer l’argent des donateurs exige une responsabilité exemplaire.
« Pour la première fois, je suis allée payer moi-même, car l’argent des autres est lourd à porter », soutient-elle. Face à ces enfants malades, l’évidence s’impose pour Anta : « C’est la réponse à ma prière de 2018. Mon cœur ne me permettait pas de faire une action ponctuelle et de les laisser à leur sort. » Depuis, elle en a fait un sacerdoce.
La réalité qu’on ne voit pas : ruptures, distances et promesses non tenues
Après plusieurs années au chevet des enfants et de leurs familles, Anta Kébé tire la sonnette d’alarme face à la plus grande difficulté notamment le manque d’engagement durable. « Nos activités sont presque au point mort, faute d’engagement sur le long terme, en raison des promesses non tenues et de l’absence d’entreprises capables de nous accompagner. Cette situation a des conséquences directes et certains enfants qui pourraient être sauvés, ne bénéficient pas d’un suivi adéquat », regrette-t-elle.
Au-delà des soins, les besoins restent immenses : frais médicaux exorbitants, mauvaise prise en charge, ruptures fréquentes de médicaments et capacité d’accueil dérisoire. De plus, 80 % des enfants viennent des régions, dont les parents sont confrontés aux problèmes de transport, d’alimentation et/ou d’hébergement. Un parcours du combattant pour des familles déjà éprouvées.
À partir de ce constat, sa vision pour les cinq prochaines années est claire. Elle plaide pour une gratuité globale des soins, plus de ruptures de médicaments, la présence d’oncopédiatres dans les régions, et la collaboration d’entreprises qui s’engagent sur la durée.
Un engagement multiple sous le prisme de la foi
La cause des enfants ne l’empêche pas de voir plus large. Anta Kébé intervient aussi pour l’accès à l’eau, les orphelins, les daaras, les mosquées et les morgues. « Je me considère comme un outil que Dieu utilise à sa guise pour faire du bien », se définit-elle.
À ce jour, plus de 100 puits ont été réalisés dans toutes les régions du Sénégal. « J’ai souvent pleuré lors des inaugurations, en voyant le contentement des populations », confie-t-elle.
Pour la fille de Ndiouga Kébé, construire une mosquée, c’est construire la maison de Dieu. « L’aumône de l’eau, c’est une aumône continue », déclare-t-elle. Mais derrière chaque projet, la même limite revient : le manque de soutien financier. « De 2021 à 2024, j’ai écrit à toutes les entreprises, organisations et ambassades, sans succès. Depuis 2025, je me suis retirée des réseaux sociaux. Une poignée de donateurs continue le chemin avec moi et la donatrice principale est toujours l’une de mes cousines », fait-elle constater.
Certaines images ne s’effacent jamais
En mars 2021, Anta Kébé décide de passer le jour de son anniversaire en oncopédiatrie, en compagnie des enfants. Elle y rencontre une petite fille avec une grosse tumeur dans le dos. Elle ne dormira plus et tente de la sauver. Malheureusement, la petite décède en juin, pendant son opération. « Je suis allée à la morgue pour lui dire au revoir. C’est l’événement de ma vie sociale qui m’a le plus marquée. Pour tous les enfants que nous n’avons pas pu sauver, je connaissais leur nom par cœur. Les enfants atteints de rétinoblastome, un cancer de la rétine, donc de l'œil, avec tout le visage déformé, cela ne s'oublie pas. Cette cause m'a marquée au fer rouge et m'a changée pour toujours ».
Sa plus grande victoire ? Les enfants qui sont en rémission. « Ma plus grande peine c’est de voir des enfants dont je suis très attachée et qu’on n’a pas réussi à sauver, car ils sont arrivés trop tard », déplore-t-elle.
Septembre en or aux allures d’octobre rose
Très à cheval sur son combat de mère, Anta Kébé s’étonne : « Dans cette cause, on a plus d’hommes engagés à nos côtés que de femmes. Pourtant, nous sommes les mères, les sœurs. » Son message pour Septembre en Or est direct. Pour elle, « Cette cause mérite le même engouement et le même engagement qu’Octobre Rose. Elle invite, de ce fait, tout le monde à mettre la main à la pâte. « La plupart de nos donateurs étaient des jeunes qui donnaient 1 000 F CFA par mois. Ce que j'ai appris, c'est que ce ne sont pas les nantis qui aident le plus les autres, en général. Dans nos actions sociales, c'est le cœur qui donne. Il faut juste y croire, s'engager de manière éthique et digne, et être ancrée dans ses principes et ses valeurs », conclut-elle.
À travers ses œuvres, Anta Kébé ne cherche ni la lumière ni la fierté. Elle cherche des vies sauvées. Dans un monde où l’or brille, elle a choisi de faire briller la dignité, la compassion et l’espoir que sont les enfants.
Commentaires (5)
Vous avez tous nos encouragements
Aladji Ndiouga Kebe etait un exemple de bonte, il personnifiait l'ampathie et la disponibilite. Il en a aide des senegalais.
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