Lutte contre le cancer : « Il faut impérativement changer de paradigme », martèle le Pr Abdoul Aziz Kassé
Face à la progression constante des cas de cancer au Sénégal, le cancérologue et président de l’association Prévenir, le Pr Abdoul Aziz Kassé, lance un plaidoyer pour une réorientation stratégique des politiques de santé. Estimant que la prise en charge curative ne peut à elle seule absorber la charge économique et sociale de la maladie, le spécialiste appelle à placer la prévention, la vaccination et le dépistage précoce au cœur de la riposte nationale.
Face à la progression des pathologies cancéreuses au Sénégal, le cancérologue Abdoul Aziz Kassé appelle à une rupture stratégique. Pour le spécialiste, la prévention et le dépistage précoce doivent désormais primer sur la seule prise en charge médicale et chirurgicale des malades. Du col de l’utérus au sein, en passant par le foie et la prostate, il estime que plusieurs leviers d'action existent déjà mais demeurent sous-exploités. « Si l'on ne fait rien, nous risquons de stagner. Il faut impérativement changer de paradigme dans la lutte contre le cancer au Sénégal. Il vaut mieux agir sur les personnes qui n’ont pas encore la maladie pour éviter qu'elles ne développent leur cancer », soutient le président de l’association Prévenir.
Pendant des décennies, rappelle le cancérologue, les systèmes de santé africains ont concentré l'essentiel de leurs ressources sur les maladies infectieuses. Si le paludisme, le VIH et la tuberculose demeurent des enjeux majeurs, les maladies non transmissibles ont pris une ampleur redoutable. « Chaque jour, vous entendez parler d’AVC ou de maladie rénale », souligne-t-il, avant de s’attarder sur l’impact dévastateur du cancer sur le tissu socio-économique. Lorsqu’un patient succombe, ce sont des familles entières et des dépendants qui basculent dans la précarité.
Dans ce contexte, le spécialiste juge irréaliste de vouloir mobiliser chaque année l’ensemble des ressources financières nécessaires pour traiter des cas souvent diagnostiqués à un stade avancé.
Quatre pathologies prioritaires au cœur du plaidoyer
Le Pr Abdoul Aziz Kassé identifie quatre types de cancers représentant une urgence sanitaire majeure au Sénégal : le cancer du col de l’utérus, le cancer du sein, le cancer du foie et le cancer de la prostate.
Pour le cancer du col de l’utérus, il insiste sur l’urgence du dépistage systématique et de la vaccination contre le papillomavirus humain (HPV). Une détection précoce des lésions précancéreuses permettrait d’éviter la grande majorité des formes invasives. Le praticien déplore notamment que des doses de vaccin puissent arriver à péremption dans certaines structures sanitaires alors que le produit est disponible.
Concernant le cancer du sein, le Pr Kassé appelle à dépasser la logique des mobilisations ponctuelles : « Le dépistage ne doit pas se réduire au seul mois d’octobre. Il doit se faire tout au long de l’année », insiste-t-il.
S'agissant du cancer du foie, il met l’accent sur la vaccination contre l'hépatite B dès la naissance, qu'il considère comme le levier préventif le plus puissant. Enfin, il invite les hommes à surmonter les tabous liés au dépistage du cancer de la prostate, rappelant qu'un simple dosage du PSA suivi d'une consultation urologique permet une prise en charge précoce.
« On n’a plus besoin de preuves, on a besoin d’action »
Au-delà du constat médical, le discours du cancérologue constitue une interpellation des pouvoirs publics et de la société civile. Il rappelle le rôle central des femmes dans la préservation de la santé et de l’équilibre des foyers.
Interrogé sur sa persévérance malgré les lenteurs constatées dans la mise en œuvre des recommandations médicales, le Pr Kassé réaffirme sa détermination : « Ce que je devais faire, je l’ai fait. Ce que je devais dire, je l’ai dit. Mais je ne vais pas me fatiguer, je ne vais pas me taire et je ne vais pas abandonner. »
Citant l'exemple de pays ayant considérablement réduit l'incidence du cancer du col de l'utérus grâce à des couvertures vaccinales et des taux de dépistage élevés, le cancérologue conclut par un appel à l'engagement immédiat : « On n’a plus besoin de preuves, on a besoin d’action ! Des gestes ! »
Pour le praticien, l’enjeu consiste désormais à transformer les outils scientifiques disponibles en politiques publiques permanentes afin d'épargner aux familles sénégalaises des drames évitables.
Commentaires (3)
Les marmites de cuisine sont à voir si ça ne posent pas de problèmes surtout qu'on les recycle rarement.
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