« Un enfant sur cinq touché » : Les chiffres chocs du tabagisme au Sénégal et le traitement d'urgence réclamé
La lutte contre le tabac ne pourra être gagnée sans une véritable prise en charge médicale de la dépendance à la nicotine. C'est le message fort lancé par le Pr Yacine Diagne lors de la Journée mondiale sans tabac 2026. Le Sénégal a en effet choisi ce 15 juin pour célébrer cette journée à Dakar.
Face aux autorités sanitaires et aux partenaires présents, la présidente de la Société Sénégalaise de Pneumologie a rappelé que le tabagisme n'est pas une simple mauvaise habitude, mais une maladie addictive qui détruit progressivement la santé des fumeurs. Dans les services de pneumologie, a-t-elle souligné, les médecins sont quotidiennement confrontés aux ravages du cancer du poumon, de la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) et des insuffisances respiratoires chroniques provoqués par le tabac.
Si elle a salué les avancées permises par la loi antitabac, le Pr Diagne estime que la prévention et l'interdiction ne suffisent plus. Selon elle, les fumeurs dépendants ont besoin d'un accompagnement thérapeutique adapté. « La seule volonté ne suffit pas », a-t-elle insisté, rappelant que les chances d'arrêt durable demeurent très faibles sans aide médicale. La pneumologue a ainsi plaidé pour une meilleure disponibilité des substituts nicotiniques, notamment les patchs, les gommes et les comprimés, qui permettent d'atténuer les effets du sevrage et d'augmenter significativement les chances de réussite.
Or, ces traitements restent rares dans les structures publiques et souvent hors de portée financière pour une grande partie de la population.
Pour corriger cette situation, elle a formulé trois demandes majeures : l'inscription des substituts nicotiniques sur la liste des médicaments essentiels, leur subvention afin de les rendre accessibles à tous et la formation des professionnels de santé pour développer des consultations de sevrage tabagique dans toutes les régions du pays. Cette approche thérapeutique rejoint les préoccupations exprimées par les autorités sanitaires. Le Directeur général de la Santé, le Dr Youssou Tine, a en effet alerté sur la progression des nouveaux produits nicotiniques qui ciblent les jeunes. Malgré une baisse de 25 % du tabagisme chez les adultes, la situation demeure préoccupante puisque, selon les données officielles, un enfant sénégalais sur cinq a déjà expérimenté le tabac et l'âge moyen d'initiation est désormais de 7 ans. Au nom de l'OMS, le Dr Louise Diouf a également mis en garde contre les stratégies de séduction de l'industrie du tabac, qui utilise les arômes, le marketing numérique et les nouveaux produits pour attirer les jeunes consommateurs.
Elle a rappelé qu'aucune forme de consommation de nicotine n'est sans danger et a appelé à un renforcement de l'arsenal législatif contre ces produits. Au final, les différents intervenants ont convergé vers un même constat : la lutte contre le tabac doit désormais combiner prévention, réglementation et prise en charge médicale afin d'éviter qu'une nouvelle génération de Sénégalais ne tombe dans la dépendance à la nicotine. Pour le Pr Diagne, cela passe d'abord par une mesure simple : donner aux fumeurs les moyens médicaux d'arrêter.
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