Sucre : cinq choses à savoir sur la «distribution sauvage des DIPA»
Ces autorisations fragilisent la production sucrière locale. Avec 35 000 tonnes de sa production en stocks, au moment où le marché est inondé par les importations, la Compagnie sucrière sénégalaise (CSS) en fait les frais. La souveraineté alimentaire du Sénégal, aussi. Dakar Times alerte.
1. Vingt milliards F CFA immobilisés
Les Déclarations d’importation de produits alimentaires (DIPA) autorisent l’entrée de ceux-ci sur le territoire national. Elles servent en principe de levier de protection de la production locale. Mais pour le marché du sucre, ces autorisations ont produit l’effet inverse avec la délivrance de ces autorisations au moment où 35 000 tonnes de la production de la Compagnie sucrière sénégalaise (CSS) sont stockées dans ses magasins. Cela représente «près de 20 milliards de francs CFA de trésorerie immobilisée. Ces stocks, qui devraient normalement alimenter le marché sénégalais et générer des recettes pour l’entreprise, restent bloqués par la présence du sucre importé, pointe Dakar Times. Une situation qui fragilise directement la capacité financière de la CSS à poursuivre son activité et à investir dans l’augmentation de sa production».
2. Même scénario
Depuis fin juillet dernier, alors que la production de la CSS est encore loin d’être épuisée, le marché local est inondé de sucre importé. Cette situation rappelle celle de l’année dernière. «En 2025, rembobine Dakar Times, les quantités de sucre autorisées à l’importation auraient déjà provoqué un blocage des ventes de la CSS de la mi‐juillet 2025 à février 2026. Une période particulièrement longue, alors que l’entreprise disposait encore des stocks issus de la campagne sucrière 2024‐2025 et avait repris sa production pour la campagne 2025‐2026 dès novembre 2025.»
3. Concurrence déloyale
La CSS se sent abandonnée sur le bord de la route. Elle n’a pas été conviée à la réunion de concertations, tenue fin juillet, entre les autorités compétentes et les principaux groupements d’importateurs de sucre. «Cette rencontre aurait abouti à la fixation d’une valeur de référence de seulement 380 euros la tonne, rappelle le quotidien d’information. Or, la valeur CAF du sucre importé serait actuellement de l’ordre de 450 euros la tonne, soit environ 300 000 francs CFA. Cette différence constitue un avantage considérable pour les importateurs. Même l’application de la valeur historique de péréquation de 399 000 francs CFA et de la Taxe conjoncturelle à l’importation (TCI) laisserait encore une marge commerciale estimée à environ 15 %. Une telle amplitude de marge permettrait aux importateurs de jouer sur les prix au stade du gros et de rendre le sucre importé plus compétitif que celui produit localement.»
4. Investissements de 100 milliards F CFA compromis
Lors d’une rencontre avec les autorités, en 2025, la CSS clamait son ambition de porter sa capacité de production à 220 000 tonnes à l’horizon 2030, dans le cadre de la mise en œuvre de son futur plan de développement stratégique, KT220. Elle prévoyait de mobiliser en ce sens plus de 100 milliards de francs CFA. «Ce programme devait prendre le relais du plan KT150, alors en cours d’achèvement, indique Dakar Times. L’objectif c’est de contribuer à la ‘Vision Sénégal 2050’, renforcer la souveraineté alimentaire, développer l’industrie nationale et créer 1 000 nouveaux emplois. Mais aujourd’hui, selon notre source, la CSS serait dans l’obligation de suspendre tout investissement. Malgré sa volonté affichée de poursuivre son développement, elle ne considère plus les conditions actuelles du marché comme compatibles avec la poursuite de ses investissements.»
5. Le Président Diomaye Faye est interpellé
Malgré la remise en cause du protocole d’accord permettant à son plan KT150 de bénéficier d’un accompagnement fiscal et douanier, de son plan KT150, la CSS prévoyait de nouveaux investissements dans le cadre de la mise en œuvre du plan KT220. «Les échanges avec les autorités avaient nourri des espoirs, rappelle Dakar Times. La visite du Président Bassirou Diomaye Faye à Richard‐Toll, en juin 2025, avait notamment été perçue comme un signal fort de reconnaissance de l’intérêt stratégique du programme de développement de la CSS pour le Sénégal. Mais face à l’immobilisation des stocks, à la pression sur la trésorerie et à l’absence de régulation jugée efficace, la situation risque de s’aggraver.»
Le journal ajoute : «Il faut observer que, même si les questions fiscales, douanières et foncières trouvent une solution, les investissements ne pourront pas produire les résultats attendus si le sucre national est systématiquement concurrencé par des importations autorisées avant l’écoulement des stocks locaux. Le chef de l’État et le Premier ministre sont appelés à prendre des mesures pour rétablir les conditions d’une concurrence loyale et assurer la survie des investissements nationaux dans le secteur sucrier. L’enjeu dépasse largement la seule CSS. Il concerne la politique industrielle du Sénégal, l’emploi, les recettes de l’État et la souveraineté alimentaire.»
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