« Taxe illégale et abusive » : La fronde des exportateurs d'anacarde à Ziguinchor
La colère est montée d’un cran dans les rangs des producteurs, collecteurs et exportateurs de noix de cajou. Ce 15 juin, Ziguinchor s’est figée : magasins fermés, entrepôts verrouillés et transactions suspendues. Les acteurs de la filière ont décrété une journée de protestation pour dénoncer l’instauration d’une taxe supplémentaire de 20 francs par kilo, venant s’ajouter aux 32 francs déjà acceptés et votés par l’Assemblée nationale.

« Nous sommes frustrés, choqués. On ne peut pas comprendre qu’une campagne démarre et qu’à la fin, on nous impose une taxe qui n’a jamais été discutée », s’indigne Boubacar Ba, membre de la filière. Il rappelle que l’État avait promis une enveloppe de 50 milliards pour relancer la production et la transformation, promesse restée sans suite. Selon lui, les plantations vieillissantes sont en voie de disparition et nécessitent un renouvellement urgent des espèces pour assurer l’avenir du secteur.
Les exportateurs, à l’image de Baye Guilaye Mbaye, dénoncent une décision unilatérale qui bouleverse leurs calculs financiers : « Les 32 francs, nous les avons budgétisés. Mais ces 20 francs n’étaient pas prévus. Nous avons accepté de contribuer à l’économie nationale, mais nous n’accepterons pas qu’on nous impose davantage sans concertation. » Il rappelle que pendant vingt ans, l’anacarde n’a jamais été taxée, et que les opérateurs avaient accepté la première imposition « par patriotisme économique ».
Au-delà de la contestation fiscale, les acteurs pointent un manque de vision stratégique. Assane Ba accuse « un lobby » de vouloir déstabiliser la filière et souligne que l’État, comme pour l’arachide, devrait accompagner la production au lieu de fragiliser les opérateurs. Pour lui, « trente-deux francs, c’est déjà beaucoup pour la population. Ajouter vingt francs dont on ne sait pas d’où ils viennent, c’est inacceptable ».
Tous réclament le retrait immédiat de la note imposant la taxe supplémentaire, qu’ils jugent illégale car non validée par l’Assemblée nationale. Ils exigent un dialogue direct avec le ministre de tutelle et refusent désormais de déléguer leur voix à des intermédiaires qu’ils considèrent comme illégitimes. Cette mobilisation illustre une fracture grandissante entre l’État et une filière qui contribue pourtant à l’équilibre de la balance commerciale par ses exportations vers l’Inde et d’autres marchés.

Les devises générées par le cajou sont vitales pour l’économie nationale. Mais à l’heure où les plantations vieillissent, où la concurrence régionale s’intensifie et où les promesses de soutien restent lettre morte, les acteurs de Ziguinchor estiment que la sérénité et la confiance sont des conditions indispensables pour assurer l’avenir de ce secteur stratégique.
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