Mor Thiam sur la restructuration de la dette : « Il n’y a pas lieu de renégocier »
La restructuration de la dette n’est pas la meilleure réponse aux difficultés financières actuelles du Sénégal. C’est l’avis de Mor Thiam, chercheur spécialisé sur les finances et la dette publiques.
Invité de l’émission "Seneweb Eco" ce dimanche 5 juillet, M. Thiam a expliqué pourquoi il préfère d’autres pistes.
Selon le chargé d’enseignement à l’université de Poitiers, en France, plusieurs raisons plaident contre une restructuration. La première est politique. Il estime qu’elle entraîne une perte de souveraineté. « Politiquement, lorsque vous décidez de restructurer, vous perdez une partie de votre souveraineté. Vous renoncez à votre programme politique et vous pouvez subir des conditions plus ou moins drastiques », souligne-t-il.
Il met aussi en avant un risque juridique. « Lorsque vous décidez de restructurer, vous devez négocier.
Les créanciers qui ont prêté de l’argent poursuivent aussi leurs intérêts. Les cas de la Zambie ou du Ghana ont montré des clauses innovantes, mais punitives », explique-t-il citant en exemple la Zambie où, selon lui, « ils ont eu une clause indexée sur les conditions macroéconomiques de l’État », une disposition qui peut faire grimper fortement le service de la dette.
Autre difficulté : la complexité même d’une restructuration. « Vous avez des créanciers très fragmentés. Il faut les regrouper, mais c’est très difficile et cela prend du temps. Pendant tout ce temps, vous êtes dans une situation instable parce que vous n’avez plus accès aux marchés tant que la restructuration n’est pas terminée », avertit-il.
Pour l’universitaire, la situation du Sénégal ne relève pas d’un problème de soutenabilité de la dette. « Sur le plan budgétaire, il n’y a pas de problème de soutenabilité de la dette publique sénégalaise », soutient-il, avant de préciser que « le problème du Sénégal, c’est plutôt des échéances sur trois ans qui couvrent plus ou moins 2026 à 2028 ».
Il estime que d’autres solutions auraient pu être privilégiées. « Le FMI, c’est-à-dire refinancer cette dette à travers des prêts concessionnels, permettrait de lisser ces eurobonds qui arrivent à échéance et de refinancer encore cette dette avec des taux beaucoup plus bas », dit-il.
Par ailleurs, Mor Thiam s’interroge sur l’absence d’intervention de la Banque centrale. « Pourquoi la Banque centrale n’est-elle pas intervenue pour le cas du Sénégal ? » se demande-t-il avant d’ajouter que « ces institutions doivent aller au service des États, mais pas forcément au service d’institutions internationales autres».
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