Crise de la ferraille à Thiès : Les acteurs locaux dénoncent le « diktat » des usines étrangères
Le secteur de la ferraille traverse une période particulièrement difficile, selon les acteurs établis à Thiès. Cheikh Yalli, président du Regroupement des ferrailleurs numéro 2, est monté au créneau pour dénoncer une situation qu’il juge de plus en plus préoccupante depuis l’installation, au Sénégal, d’usines de recyclage de ferraille appartenant à des investisseurs étrangers.
Selon lui, l’arrivée de ces unités industrielles était initialement perçue comme une opportunité pour développer le secteur. « Nous pensions que l’installation de ces usines allait permettre aux ferrailleurs de développer leurs activités. Mais c’est tout le contraire qui s’est produit », déplore-t-il.
Cheikh Yalli rappelle qu’avant l’implantation de ces usines, les ferrailleurs sénégalais pouvaient exporter directement leur ferraille vers l’étranger, une activité qui leur permettait de mieux s’en sortir financièrement. La situation a toutefois radicalement changé avec les restrictions sur l’exportation. « Aujourd’hui, nous ne pouvons plus exporter nos produits. Nous sommes obligés de vendre notre ferraille aux usines installées au Sénégal. Elles nous imposent leurs prix, qui sont très faibles, et cela nous plonge davantage dans la pauvreté », soutient-il.
Le président du regroupement accuse également certaines de ces usines de ne pas respecter les engagements qui avaient accompagné leur implantation. Il affirme notamment qu’elles avaient assuré pouvoir recycler la ferraille lourde, avant de constater qu’elles achètent cette matière pour ensuite la réexporter vers d’autres pays. Pour Cheikh Yalli, cette situation revient à exploiter les ferrailleurs sénégalais au profit des industriels étrangers, estimant que l’activité des acteurs locaux a fortement régressé depuis l’arrivée de ces unités de recyclage.
Dans sa dénonciation, le responsable des ferrailleurs met en cause l’absence de réaction des autorités et s’interroge sur l’attitude du ministre de l’Industrie et du Commerce, Serigne Guèye Diop, qui n’a pas suffisamment agi selon lui pour réguler le secteur et protéger les intérêts des acteurs locaux. Cheikh Yalli interpelle ainsi directement le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, lui demandant de prendre des mesures pour encadrer les activités des usines de recyclage et rétablir un équilibre dans le secteur. Sa principale revendication reste la réouverture de l’exportation de la ferraille : « Nous demandons à l’État de nous permettre à nouveau d’exporter nos produits afin que nous puissions nous-mêmes les vendre à l’étranger », plaide-t-il.
Son camarade Tidiane Diao abonde dans le même sens, affirmant que les difficultés auxquelles les professionnels sont confrontés remontent à 2022, avec l’arrivée et le développement de ces usines. Selon lui, ces industriels ne respectent pas leurs engagements envers les ferrailleurs sénégalais et exercent une forte influence sur le marché. « Ils manipulent le prix de la ferraille comme bon leur semble », dénonce-t-il en appelant à une intervention urgente des pouvoirs publics. Tidiane Diao demande à l’État de renforcer le contrôle du secteur afin de mettre fin à ce qu’il qualifie d’exploitation et de garantir une meilleure protection des acteurs nationaux.
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