Sécurité routière : Le danger invisible des pointeurs lasers nocturnes sur les axes de Dakar
Dans les principales artères de Dakar, de la Corniche-Ouest à la Voie de dégagement rapide (VDN), en passant par les ronds-points de la banlieue, une nouvelle pratique nocturne s'est installée sans contrôle réglementaire : l’usage intempestif de lampes tactiques dotées de pointeurs lasers intégrés. Qu'il s'agisse des forces de police, de gendarmerie ou d'agents de sécurité privée postés devant les banques et les commerces, ces faisceaux — le plus souvent de couleur verte ou rouge — sont devenus des outils couramment utilisés pour interpeller les automobilistes ou réguler le trafic routier.
Si l’intention de capter l'attention des conducteurs ou de sécuriser un périmètre demeure légitime, la méthode actuelle pose de réels problèmes de sécurité publique. Régulièrement, ces rayons ultra-lumineux sont projetés de manière aveugle, directement vers le visage et les yeux des usagers de la route. Derrière ce geste d'apparence banal se cache pourtant un risque sanitaire majeur doublé d'un danger d'accident dramatique.
Contrairement à la lumière d'une lampe torche classique qui se disperse, le laser concentre une énergie thermique colossale sur un point minuscule. Le faisceau vert, particulièrement prisé par les agents sur le terrain, correspond précisément à la longueur d'onde à laquelle l’œil humain est le plus sensible. Lorsque ce rayon traverse le pare-brise d'un véhicule en pleine nuit, le choc est immédiat pour le conducteur, dont les pupilles sont alors dilatées pour capter le peu de lumière disponible. Cet impact provoque un éblouissement brutal, appelé aveuglement éclair, laissant des taches noires persistantes dans le champ visuel.
Le risque d'accident de la route se trouve ainsi démultiplié. Un conducteur aveuglé pendant seulement deux secondes à une vitesse de 50 km/h roule à l'aveugle sur près de 30 mètres. Dans un environnement nocturne dakarois où se côtoient piétons, motos et charrettes sur des voies souvent mal éclairées, cette situation présente un haut potentiel de danger. De plus, la majorité de ces équipements tactiques importés à bas coût ne bénéficient d'aucune certification. Ils dépassent largement les puissances autorisées, se situant souvent au-delà de 5 à 50 milliwatts. À ce niveau, le laser peut causer des lésions irréversibles en brûlant la rétine de manière définitive avant même que l'usager n'ait le temps de fermer les paupières.
Cette situation met en lumière la nécessité d'une formation adéquate pour les forces de défense, de sécurité et le secteur privé, car les agents ignorent bien souvent la dangerosité du matériel qu'ils manipulent. Face à ce constat, les ministères de l'Intérieur, des Forces armées, de la Santé, ainsi que le Conseil national de régulation de la sécurité privée (CNSP) sont appelés à adopter des mesures fermes pour encadrer cette pratique.
Parmi les solutions préconisées figure d'abord l'interdiction des matériels non certifiés ou de classe supérieure à la classe 2, dont la puissance doit être inférieure à 1 milliwatt. Ensuite, une consigne nationale stricte devrait être diffusée lors des briefings afin d'interdire le pointage des lasers vers le visage, les yeux ou les rétroviseurs, en orientant plutôt le faisceau vers la carrosserie, la plaque d'immatriculation ou le sol. Enfin, le retour à des alternatives professionnelles, telles que les bâtons lumineux à LED rouges ou orange utilisés à l'échelle internationale, permettrait d'assurer une excellente visibilité sans compromettre la santé visuelle des citoyens.
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