Ouattara et les « mutations mondiales » : le discours est prêt, la souveraineté l’est-elle ?
« Notre réussite dépendra de notre capacité à anticiper les mutations mondiales, à nous y adapter et à les transformer en opportunités. » Ce sont les mots d’Alassane Ouattara. De belles paroles. Mais posons la vraie question. Qui anticipe vraiment, et avec quels moyens ?
Le diagnostic juste. Le monde se recompose sous nos yeux : guerres commerciales, chaînes de valeur redessinées, course aux minerais critiques, financements qui se durcissent. Dans ce contexte, l’Afrique ne peut plus se contenter de regarder passer l’histoire. Sur ce point, le président ivoirien a raison, et la Côte d’Ivoire avance un début de réponse : la transformation locale du cacao et de la noix de cajou, pour garder sur place la valeur ajoutée au lieu d’exporter du brut. C’est le bon chantier. Il faudra le juger sur les chiffres, pas sur les discours.
Anticiper, oui, mais avec quelle marge de manœuvre ?
Car anticiper suppose de la liberté d’action. Or le continent reste trop souvent preneur de règles écrites ailleurs : notations financières, conditionnalités du FMI, accords commerciaux négociés en position de faiblesse. Le cacao le montre : la Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial, mais le prix se fixe à Londres et à New York. On ne transforme pas en opportunité une mutation dont on ne maîtrise ni les outils ni le calendrier.
Le paradoxe ivoirien
Ouattara est au pouvoir depuis 2011. Celui qui prône l’adaptation est aussi le gestionnaire d’une continuité : une croissance forte sur le papier, mais une répartition inégale, une jeunesse en quête d’emplois et une dépendance persistante aux financements extérieurs. Même sur la monnaie, la souveraineté reste partielle. La réforme de 2019-2020 a mis fin au dépôt obligatoire de la moitié des réserves au Trésor français, mais la parité fixe avec l’euro et la garantie française demeurent. Difficile de parler d’anticipation quand l’outil monétaire reste arrimé à l’extérieur.
Ce que l’Afrique doit construire
Cette phrase ne vaudra que ce que vaudront les institutions capables de la porter : une ZLECAf réellement appliquée, des usines et des raffineries sur le continent, des marchés de capitaux locaux, des agences comme l’AfCRA pour reprendre la main sur la notation. Sans cela, « anticiper » revient à deviner la prochaine décision des autres.
Le vrai test
Le test n’est pas la capacité de l’Afrique à s’adapter au monde, elle le fait depuis toujours, souvent à ses frais. Il est de savoir si elle peut enfin peser sur les règles du jeu. Tant que ce n’est pas le cas, le discours reste en avance sur la réalité.
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