Du désert libyen aux vergers de Fimela : La belle reconversion d'un ex-migrant devenu champion de l'agroécologie
À Samba Dia, dans la commune de Fimela (région de Fatick), Mohamed Demba Camara cultive aujourd'hui bien plus que des manguiers, des cocotiers ou des agrumes : il cultive l'espoir. À 39 ans, cet ancien migrant a transformé une décennie d'errance en une véritable success story rurale, démontrant qu'avec une formation adaptée, de la persévérance et un profond attachement à sa terre, il est possible de réussir sans quitter son pays.
Son parcours est celui d'un homme qui a longtemps cru que son avenir se trouvait ailleurs. Pendant près de dix ans, il a sillonné la Mauritanie, où il a passé six ans, le Maroc durant deux ans, ainsi que la Libye et le Burkina Faso. De retour au Sénégal, il poursuit sa quête d'opportunités en Casamance, dans le Walo et dans d'autres régions du pays. Mais partout, les mêmes difficultés se dressent devant lui : les emplois se font rares, les espoirs s'effritent et les sacrifices ne produisent pas les résultats attendus. « Mes échecs pendant mes voyages ont forgé ma mentalité. J'ai appris à être résilient », résume-t-il avec lucidité.
Loin de considérer cette aventure comme un échec définitif, Mohamed Demba Camara y puise la force de se reconstruire. Son retour au bercail marque le début d'une nouvelle vie. Sa rencontre avec les responsables de la ferme-école Kaydara constitue alors un véritable tournant. En 2017, grâce à un programme financé par la FAO, il intègre une formation de neuf mois en agroécologie, agriculture biologique, entrepreneuriat rural et aménagement hydraulique.
Curieux et avide d'apprendre, il refuse de se limiter à une seule spécialité. Il se forme également au métier de puisatier, maîtrisant toutes les étapes de la construction d'un puits : l'identification des nappes souterraines, la détection des veines d'eau, le creusement manuel, le bétonnage, la sécurisation et la finition des ouvrages. Une expertise rare qui deviendra rapidement une activité économique à part entière. « À Kaydara, on nous apprend un métier de A à Z. Ensuite, tout dépend de ce que chacun décide d'en faire », explique-t-il.

À l'issue de sa formation, la ferme-école Kaydara et ses partenaires lui attribuent un hectare de terre. C'est sur cette parcelle que naît son exploitation agroécologique. Fidèle aux principes de l'agriculture durable, il y développe un système diversifié associant arbres fruitiers, cultures maraîchères et autres productions végétales. Rien n'est laissé au hasard : chaque mètre carré est pensé pour produire durablement tout en préservant les ressources naturelles.
Parallèlement, son activité de puisatier connaît un essor remarquable. Avec des équipes pouvant mobiliser jusqu'à une quinzaine de jeunes selon les chantiers, il réalise des puits destinés aux exploitations agricoles, aux mosquées, aux écoles, aux espaces touristiques et à de nombreuses communautés rurales. Au-delà des revenus qu'elle génère, cette activité contribue à améliorer l'accès à l'eau tout en créant des emplois locaux.
Aîné d'une famille de six enfants, dont quatre filles, récemment marié et principal soutien des siens, Mohamed Demba Camara mesure le chemin parcouru. Sans révéler le montant exact de ses revenus, il affirme avec fierté que son exploitation lui permet aujourd'hui de vivre dignement, d'épargner, de financer de nouveaux projets, de construire son patrimoine et d'assurer l'avenir de sa famille.

Aujourd'hui, il ne nourrit plus aucun regret d'être revenu au Sénégal. Bien au contraire. Pour lui, les épreuves de l'émigration ont été une véritable école de la vie : « L'immigration m'a appris qui je suis. Elle m'a permis de comprendre que la richesse que je cherchais ailleurs existait déjà chez moi, à condition d'acquérir les connaissances nécessaires pour la valoriser », confie-t-il.
Son discours s'adresse désormais à toute une génération de jeunes tentés par le départ. Son message est sans ambiguïté : l'avenir peut aussi se construire au village. « On peut réussir ici. Mais il faut d'abord se former. Il ne s'agit pas uniquement de faire de longues études. Il faut apprendre un métier, acquérir des compétences et croire en son potentiel. »
Reconnaissant envers la FAO et la ferme-école Kaydara, qu'il considère comme les artisans de sa renaissance professionnelle, Mohamed Demba Camara nourrit désormais une ambition plus grande que sa simple réussite personnelle. Il souhaite agrandir son exploitation, développer davantage l'élevage et accueillir de nombreux jeunes afin de leur transmettre son savoir-faire. Son rêve le plus cher est de voir émerger une nouvelle génération d'entrepreneurs ruraux capables de créer de la richesse et de l'emploi dans leurs propres terroirs.
L'itinéraire de Mohamed Demba Camara est plus qu'un modèle de réussite : il rappelle qu'une migration n'est pas toujours une fin en soi. Parfois, le véritable voyage commence au moment où l'on revient chez soi, riche des leçons de l'exil et déterminé à bâtir son avenir sur sa propre terre.
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