Vingt ans de Révolution verte en Afrique : Un bilan contesté face aux défis de 2035
Alors que l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA) célèbre son vingtième anniversaire en cette année 2026, les gouvernements africains s’engagent dans une nouvelle stratégie agricole décennale sous l'égide de la Déclaration de Kampala. Cependant, dix-huit années de données nationales permettent aujourd'hui d’évaluer rigoureusement les résultats du modèle d’AGRA.
Au-delà de la simple vérification des objectifs fixés par l’AGRA lors de sa création en 2006, l’enjeu central est de déterminer si deux décennies de politiques axées sur l'usage accru d'engrais, les subventions publiques, la promotion des semences commerciales et diverses réformes ont tenu leurs promesses. Ces investissements massifs devaient accélérer la productivité, optimiser l'utilisation des terres, renforcer la résilience face aux aléas et améliorer la sécurité alimentaire du continent.
Or, les données compilées par l’Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique (AFSA) dans un rapport démontrent clairement que ces résultats n’ont pas été atteints. Malgré ce constat d’échec, déplore que les mêmes hypothèses et priorités d’investissement continuent d’orienter les feuilles de route agricoles et se voient reconduites jusqu'en 2035.
Cette évaluation réalisée par AFSA « repose sur une méthodologie croisant documents institutionnels, recherches évaluées par des pairs et données du terrain ». La base quantitative de ce rapport s’appuie notamment sur une étude réalisée en 2026 par le chercheur Timothy Wise à partir des données de la FAO, couvrant treize pays cibles sur dix-huit ans. « Ces chiffres ont été mis en parallèle avec la stratégie 2026-2035 de l'Union africaine, l'examen final de Malabo, les rapports internes de l'AGRA ainsi qu'une évaluation indépendante menée par le cabinet Mathematica à la demande des bailleurs de fonds », souligne le rapport présenté, ce lundi, lors d’un webinaire réunissant chercheurs, agriculteurs et acteurs communautaires.
Les résultats du rapport indiquent que la sous-alimentation dans les pays cibles de l’AGRA aurait augmenté de 58% en 2026, alors qu’elle s’était engagée -dans ses objectifs- de la réduire. De même, la hausse de la productivité promis par AGRA est plus liée à l’extension des superficies cultivés qu’à une amélioration des rendements. La superficie cultivée a d’ailleurs augmenté de 46 % en 2026.
Pire encore, ajoute Timothy Wise : « Le nombre de personnes souffrant de sous-alimentation chronique dans les treize pays a augmenté de 58 %, passant de 94,6 millions à 149,6 millions, soit une hausse presque identique à celle enregistrée dans l’ensemble de l’Afrique subsaharienne. Même les pays ayant connu une croissance relativement forte des rendements n’ont pas nécessairement réduit la faim ».
Le Sénégal qui met en œuvre son propre modèle agricole, a réussi à élever le niveau de sa production et à réduire la faim, là où les treize pays cibles de AGRA ont échoué. « C’est parce que nous n’avons jamais sacrifié la diversité au profit de la productivité. Pour nous la diversité est le moteur de la productivité », a indiqué Famara Diedhiou, d’AFSA/Sénégal qui invite acteurs de l’agriculture et décideurs à opter pour l’agroécologie, la seule solution pour une agriculture durable.
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