News Feed
Jeudi 5 novembre 2026
à Dakar
Close icon
Se connecter

Abdou Fall pour un "compromis historique sénégalais"

Auteur: TransContinentsAfrica

Abdou Fall pour un "compromis historique sénégalais"

Abdou Fall pour un "compromis historique sénégalais"

Sans céder à la nostalgie d’une époque révolue où le débat idéologique occupait une place centrale dans le combat politique, je dois avouer que les échanges de ces dernières semaines avec Babacar Gaye, Thierno Lô et Kalidou Diallo, prolongés par Khafor Touré de l’APR, Lamine Diouck du PS et Amadou Mbengue du PIT, ne m’ont pas laissé indifférent. Ils m’ont surtout convaincu d’une chose : le Sénégal a besoin de retrouver le goût du débat d’idées pour préparer une nouvelle étape de son histoire politique.

Il fut un temps où….

Nous, qui avons fait nos premières armes politiques dans le Sénégal post-68, avons connu une époque où les divergences politiques portaient avant tout sur des visions différentes de la société, de l’État, de l’économie et de la place du Sénégal dans le monde.

Senghor, Cheikh Anta , Abdoulaye Wade, Babacar Ba, Bara Diouf, Doudou Sine, Babacar Niang, Abdoulaye Ly, Amath Dansokho, Samba Diouldé Thiam, Kader Boye , Abdoulaye Elimane Kane, Moustapha Kassé , Maguette Thiam, Abdoulaye Bathily, Landing Savané, Moustapha Niasse, Djibo Ka , Diop Decroix et tant d’autres incarnaient chacun dans son style des sensibilités profondément différentes, parfois irréconciliables sur le plan doctrinal, mais ils avaient en commun de considérer la politique comme un exercice intellectuel autant que comme un combat pour le pouvoir. 

Les partis et leur presse d'alors étaient , pour reprendre la formule d’Antonio Gramsci, des “intellectuels collectifs”. Et notre génération posait comme règle cette exigence de “penser son action et agir sa pensée”. 

C’est dans cette ambiance de confrontation permanente des idées que se sont affirmées les grandes familles qui ont structuré pendant des décennies notre espace politique : le socialisme démocratique, le libéralisme social et la gauche marxiste et nationaliste.

L’heure de construire des alternatives après les alternances

La troisième alternance de 2024 a fait émerger le souverainisme. Celle-ci traduit une aspiration profonde d’une partie de notre jeunesse et de notre peuple à une rupture radicale. Il serait vain de la nier comme il serait tout aussi dangereux de réduire l’avenir politique du Sénégal à une confrontation manichéenne et binaire entre deux camps. 

Notre pays a connu trois alternances majeures ; celle de 2000 avec Abdoulaye Wade, celle de 2012 avec Macky Sall et celle de 2024 avec la nouvelle majorité. Cette capacité du Sénégal à changer pacifiquement de majorité constitue l’une des grandes forces de notre démocratie. Mais elle nous impose aujourd’hui une nouvelle exigence .

Après les alternances, il nous faut construire des alternatives , en particulier dans la gouvernance de nos pays.

Les querelles entre factions politiques rivales au pouvoir s'expriment aujourd’hui de manière bien singulière. Les conflits dans les rangs de l'actuelle majorité posent une question qui dépasse les protagonistes : comment éviter que la crise politique au sein des institutions ne se transforme en crise de régime ?

L’heure pour les forces politiques de prendre conscience de leur responsabilité historique 

C’est là que se situe la responsabilité historique de toutes les forces qui se reconnaissent dans la République, la démocratie et l’État de droit. 

Le Sénégal dispose d’un atout considérable. Les principales formations susceptibles de participer à une future alternative ont connu, à des degrés divers, une expérience de l’exercice du pouvoir d’État. Le Parti socialiste a gouverné pendant plusieurs décennies. Le PDS a porté l’alternance de 2000. L’APR a conduit celle de 2012 et exercé le pouvoir pendant douze ans. À ces forces s’ajoutent les composantes de la gauche démocratique, du centre et de la société civile qui ont contribué, chacune à sa manière, à la construction de notre démocratie.

Cette expérience constitue un capital politique national inestimable. Elle permet aujourd’hui l’émergence d’une opposition de responsabilité républicaine, en mesure de proposer au pays une nouvelle vision dans le cadre d’une coalition de renouveau démocratique et de construction nationale.

Depuis les années 1990, le Sénégal a expérimenté différentes formes de dialogue et de gouvernance élargies. Sous Abdou Diouf, des forces longtemps opposées ont participé à la gestion de l’État. Après 2000 et 2012, cette tradition de dialogue et de gouvernance partagée s’est poursuivie, sous d’autres formes.

Il convient de rappeler que cette pratique rejoint une réflexion plus ancienne sur "le compromis historique", laquelle a été développée par Enrico Berlinguer du parti communiste Italien dans les années 1970. Elle a été prolongée au Sénégal par le philosophe Doudou Sine du Club Nation et Développement, proche du parti socialiste du Sénégal.

Construire un nouveau compromis historique 

L’idée était simple. Dans une société pluraliste confrontée à de grands défis, il faut rechercher, au-delà des divergences, un socle de valeurs et d’intérêts nationaux permettant au pays de progresser dans la stabilité. C’est cette idée qu’il serait peut être intéressant de revisiter.

Le " compromis historique " dont le Sénégal pourrait avoir besoin ne saurait être celui des années 1970 ou 1980. Le pays a changé. L’Afrique entre dans une nouvelle séquence historique. Il nous faut inventer un compromis adapté à ce nouveau Sénégal.

Il pourrait réunir, sans les confondre, les traditions du libéralisme social, de la social-démocratie et de la gauche démocratique, tout en intégrant les aspirations de souveraineté portées par la nouvelle génération politique. 

Il s’agirait de construire une nouvelle culture de gouvernement autour de principes fondamentaux , la République, la démocratie, l’État de droit, le pluralisme, les libertés publiques, l’unité nationale et la cohésion sociale

Il devrait déboucher sur un programme commun de redressement et de refondation autour de priorités claires que sont la réhabilitation de l’État et des institutions, le renforcement du secteur privé national et des PME, la souveraineté énergétique et alimentaire, la réforme de l’éducation et de la santé, la réduction des fractures territoriales et sociales, la transformation de notre économie en une économie productive, créatrice de richesses et d’emplois.

Construire un État stratège

La question n’est plus de choisir entre l’État et le marché. Elle est de construire un État stratège et une économie productive. La souveraineté ne doit pas être conçue comme un repli.

Elle doit donner au Sénégal la capacité de maîtriser, de manière lucide et planifiée, ses choix économiques, énergétiques, alimentaires, technologiques, culturels et diplomatiques, tout en demeurant ouvert au monde. Les nations qui progressent sont celles qui comprennent qu'on est dans le temps des interdépendances constructives

L’enjeu est de transformer l’expérience des générations précédentes en ressource pour l’avenir. Comme l’avait réussi la gauche française en 1972 avec le programme commun réunissant socialistes , communistes et radicaux , la prochaine équipe du renouveau devrait se retrouver en amont autour d' un programme porté le moment venu par un gouvernement de large union nationale, sans exclusive , ni esprit de revanche.

Ce débat de fond mérite d’être ouvert, sans passion et sans procès du passé. Un débat où les différentes traditions politiques confronteraient leurs visions, reconnaîtraient leurs convergences, tireraient les leçons de leurs expériences et définiraient le socle d’un nouveau contrat politique national. 

Car après avoir acquis, au fil de notre histoire, notre souveraineté de décision dans le choix de nos dirigeants, il est temps pour les Sénégalais d’apprendre à construire ensemble, dans la solidarité et la coresponsabilité, une véritable alternative de salut national.

⚡ Résumé express généré par IA, vérifié par la rédaction
- Abdou Fall appelle à un "compromis historique sénégalais" pour préparer une nouvelle étape politique après les alternances de 2000, 2012 et 2024. - Il propose une coalition de renouveau démocratique réunissant libéralisme social, social-démocratie et gauche démocratique, intégrant les aspirations souverainistes de la nouvelle génération. - Il s'inspire du concept de "compromis historique" d'Enrico Berlinguer, prolongé au Sénégal par Doudou Sine, pour construire un programme commun de redressement national.
Auteur: TransContinentsAfrica
Publié le:
Mis à jour le:

Commentaires (8)

Trier par :
  • avatar
    Bavard il y a 2 mois
    Il est devenu particulièrement inspiré et bavard, le vieux Abdou Fall.
    C’est toujours comme ça : on ne fait rien quand on a le pouvoir et on a des idées après l’avoir perdu
  • avatar
    Visus_Mali il y a 2 mois
    La voie du panafricanisme vrai que vous fuyez en vous déclarant atlantiste est la seule voie d'issue pour vous. Aucun pays africain qui veut réellement se développer n'échappera à cette voie ou au contraire qu'il consente à vivre dans le paupérisme à vie. Regarde le Sénégal, depuis 60 ans un pays qui n'a connu aucune bourrasque sur ses fondements à part la petite rebéllion de la casamance, qui a bénéficier de tous les aides possibles à cause de sa 'démocratie', mais qui est encore à ce niveau de pauvrété ahurissant de la population. Posez vous la question ce que cet atlantisme vous a apporté.
  • avatar
    ART il y a 2 mois
    Salaam Abdou. Ngala dèmal toog jaamu Yallah SWT.
  • avatar
    Besoin il y a 2 mois
    Le Sénégal a besoin de ces voix éclairées dans la mesure ou le pays va de mal en pire
    merci M Fall
  • avatar
    Anonyme il y a 2 mois
    efforçons nous a rester dans le débat d'idées strictement avec respect. Apprendre à construire ensemble, dans la solidarité et la coresponsabilité, une véritable alternative de salut national. Nous nous devons d’y applaudir et de dire oui et approuver ce bel esprit de rassemblement, de concorde pour œuvrer ensemble à la construction de l’édifice national collectif avec un élan renouvelé
  • avatar
    Barma Fall il y a 2 mois
    Caro amico, c'est le Français Bourdieu, sociologue de son état, qui s'exprime en termes "d'Intellectuels Collectifs " tandis Gramsci Antonio parlait "d'Intellectuels Organiques" . Revoyez vos copies ! De la Gueule Tapée, avec tant de lucidité ! Nekkal thi diamma !

Participer à la Discussion

Règles de la communauté
  • Soyez courtois. Pas de messages agressifs ou insultants.
  • Pas de messages inutiles, répétitifs ou hors-sujet.
  • Pas d'attaques personnelles. Critiquez les idées, pas les personnes.
  • Contenu diffamatoire, vulgaire, violent ou sexuel interdit.
  • Pas de publicité ni de messages entièrement en MAJUSCULES.

💡 Astuce : Utilisez des emojis depuis votre téléphone ou le module emoji ci-dessous. Cliquez sur GIF pour ajouter un GIF animé. Collez un lien X/Twitter, TikTok ou Instagram pour l'afficher automatiquement.

Emoji