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Abdou Salam Fall, fu ñu kay jëleeti ?

Auteur: Les Tooli Fall, filles d’Abdou Salam

Abdou Salam Fall, fu ñu kay jëleeti ?

Abdou Salam Fall, fu ñu kay jëleeti ?

Fu ñu kay jëleeti ?

Depuis le 15 août 2025, cette question, empruntée à la magnifique chanson Jëleeti de Souleymane Faye, résonne en chacune d’entre nous avec une intensité particulière.

Au-delà de l'histoire d'amour qu'elle raconte, cette chanson célèbre ces êtres dont la présence devient un refuge et dont l’absence révèle la place qu’ils occupaient dans nos vies. Abdou Salam était de ceux-là.

Sa disparition n'a pas seulement laissé un vide. Elle a révélé, avec plus de force encore, la dimension d’un homme chez qui la pensée et la vie ne faisaient qu’un. Ses convictions se traduisaient en actes, ses idées en engagements.

Li fi des: l’oeuvre transmise

Le temps emporte les titres, les fonctions, les honneurs. Mais demeurent les gestes, les paroles, les consciences éveillées, les vies transformées et les chemins ouverts.

Beaucoup garderont d'Abdou Salam Fall le souvenir d’un militant, d'un chercheur, d'un professeur et d'un penseur dont les travaux ont profondément marqué les sciences sociales africaines. Son engagement en faveur du développement communautaire, de l'économie sociale et solidaire et d'une science pensée par et pour les sociétés africaines continuera d'inspirer les générations qu'il a formées.

Vingt-six ouvrages, cent dix-sept articles scientifiques, douze contributions à des politiques publiques, des générations de penseurs critiques formées dont plusieurs enseignent aujourd’hui dans des universités, au Sénégal comme ailleurs, une vie consacrée à la recherche, à la transmission et à l'action... « et que sais-je encore », ajoutait-il avec ce sourire qui lui était propre. Au-delà des chiffres, cette œuvre incarnait une conviction profonde : la science au service de la société.

Et pourtant,cette œuvre, aussi remarquable fût-elle, ne disait pas encore tout de l'homme.

Les solidarités qu'il étudiait étaient aussi celles qu'il faisait vivre. Transmettre n'était pas seulement son métier ; c'était sa manière d'être.

Combien d'étudiants, de jeunes chercheurs et de collègues ont entendu ces mots devenus familiers :

« À quand ce doctorat ? »

« Il faut foncer. »

« Passe au bureau. »

Ces quelques mots, parfois, suffisaient à changer une trajectoire.

Son héritage se poursuit ainsi dans les intelligences qu'il a éveillées, les vocations qu'il a suscitées et les chemins qu'il a contribué à ouvrir.

Njabootu Abdou Salam: la parenté du cœur

Toute sa vie, Abdou Salam a réfléchi aux liens qui fondent les sociétés africaines. Il écrivait que la parenté dépasse les seuls liens du sang et qu'une communauté se construit aussi par les solidarités que l’on choisit de faire vivre.

Avec le temps, nous avons compris qu'il ne faisait pas que penser ces liens.

Il les incarnait.

Avant même que ne se révèle à nous l'étendue de cette famille de cœur, une autre émotion nous avait saisies : celle de ses frères et de ses sœurs. Puis nous avons vu la peine de ses amis, de ses collègues, de ses étudiants, de ses voisins.

De tous ceux dont il avait, d’une manière ou d’une autre, croisé le chemin.

Leur chagrin disait une chose essentielle : avant d’être le militant, le chercheur, le professeur ou le penseur, Abdou Salam avait d'abord été un homme profondément aimé.

Et que dire du regard de celle pour qui l'amitié était devenue destin, et qui avait marché à ses côtés près de cinquante ans ?

Fu ñu kay jëleeti ?

Après son départ, nous avons découvert l'immensité d’une famille qu'il avait construite sans jamais chercher à la nommer.

Des liens tissés au fil des années par l’écoute, la fidélité, la présence et cette capacité singulière à faire une place à chacun.

Tous, malgré la diversité de leur histoire, semblaient parler du même homme : un homme auprès duquel chacun semblait trouver sa juste place.

Peut-être était-ce là que résidait sa plus grande œuvre : avoir consacré sa vie à penser ce qui relie les hommes tout en faisant lui-même de chaque rencontre une possibilité de lien.

Baay buy yékkati : fu ñu kay jëleeti ? La parentalité positive

Pour nous, Abdou Salam était d'abord Papa. Et quel père il a été. Un père exceptionnel. Un papa aimant, un papa présent.

Un père qui avait choisi d'accompagner plutôt que d'imposer, d'écouter avant de conseiller, de faire confiance avant d'exiger.

Son autorité ne pesait pas ; elle élevait.

Sa douceur n'excluait jamais l'exigence.

L'excellence relevait d'une discipline intérieure ; la dignité ne souffrait d’aucun compromis.

Malgré ses responsabilités et ses nombreux déplacements, il retrouvait toujours le chemin des moments qui comptaient : les anniversaires qu'il ne manquait presque jamais, les rendez-vous médicaux où, devenues adultes, il nous tenait encore la main avec la même tendresse que dans notre enfance, les promenades, les repas partagés, ces longues conversations où plus rien ne comptait que le bonheur d'être ensemble.

Et presque toujours, avant de nous quitter, il disait :

« Merci, j'ai passé un merveilleux moment avec vous. »

Toute une vie tient dans cette phrase.

Ku ñu ñeme wax dëgg ni yow, fu ñu kay jëleeti ? Ku ñu bëggee ni yow, fu ñu kay jëleeti ? Ku ñu soopee ni yow, fu ñu kay jëleeti ?

Njariñu dund : la valeur d’une vie

Les livres demeurent.

Les travaux aussi.

Mais ce qui résiste peut-être le mieux au temps est plus simple encore : la bonté reçue, la confiance offerte, la main tendue lorsqu'elle était nécessaire.

C'était sa manière d'habiter le monde.

Son ami Chérif El Walid Sow l’avait résumé en ces mots : « La valeur d'une vie ne se mesure pas à sa durée, mais à sa qualité. À cette qualité qui est la somme des choix élevés que l'on fait devant chaque circonstance de son existence. »

Lorsque la chanson demande encore :

Fu ñu kay jëleeti ?

Nous savons désormais que la réponse n'est pas un lieu.

Elle est dans tout ce qu'il nous appartient, à notre tour, de faire vivre.

Papa, ta lumière continuera de nous guider et ton esprit demeurera une flamme éternelle dans nos mémoires. Que ton héritage intellectuel et humain continue d’inspirer des générations de femmes et d’hommes à venir.

Merci, Papa.

Les Tooli Fall

Filles de Pr Abdou Salam Fall (PhD), sociologue,

Directeur de recherche titulaire des universités (classe exceptionnelle),

Membre de l’Académie nationale des sciences et techniques du Sénégal,

Président du Conseil scientifique du Laboratoire de recherche sur les transformations économiques et sociales (LARTES-IFAN), Institut fondamental d’Afrique noire (IFAN), Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD).

Nous exprimons notre profonde gratitude à toutes celles et tous ceux qui, au Sénégal, en Afrique et au-delà, ont honoré sa mémoire par leurs prières, leurs témoignages, leurs colloques, leurs cérémonies commémoratives, les distinctions qui lui ont été décernées et les initiatives citoyennes.

À chacune et à chacun d'entre vous, il aurait simplement dit :

« Merci infiniment. »

⚡ Résumé express généré par IA, vérifié par la rédaction
- Abdou Salam Fall est décédé le 15 août 2025, laissant un héritage de 26 ouvrages, 117 articles scientifiques et 12 contributions à des politiques publiques. - Son engagement portait sur le développement communautaire, l'économie sociale et solidaire, et une science pensée pour les sociétés africaines. - Sa famille souligne son rôle de père aimant et présent, incarnant des liens de parenté au-delà du sang, avec une vie marquée par la transmission et la bonté.
Auteur: Les Tooli Fall, filles d’Abdou Salam
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Mis à jour le:

Commentaires (13)

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    Ngor nopp ⭐ Top commentaire il y a 2 mois
    Abdou Salam Fall,
    Je l’ai connu en 97 alors que j’étais en 2 eme année de socio. Il enseignait la méthodologie de recherche en en sciences sociales.
    10 ans tard, je me suis retrouve à travaillé avec lui sur de nombreux projets.
    Le jeune professeur de 97 est resté le
    Même : gentil, élégant, éloquent et rigoureux, il était aimé de tous.
    Il m’a inspiré et mis en relation avec des personnes qui vont comme lui, façonner ma vie.
    Je veux citer son défunt ami de l’Ifan, Pape Demba Fall comme lui. Comme par hasard, c’est lors de funérailles de Pape Demba Fall que je l’ai vu pour la dernière fois.
    C’est vrai, des hommes comme lui, quand on les perd, on peut se demander funu koy jeleeti?
    Vous avez raison d’être fière de lui.
    Que la terre lui soit légère et que Allah veille sur vous.
    Un parmi tant d’autres étudiants de ABDOU Salam Fall
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    Sl il y a 2 mois
    Rest in peace, Salam. God bless your family left behind 🙏
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    Msr dieye il y a 2 mois
    Que la terre de son gaya natale lui soit légère amin.soubhanahiu wa talla yeureum ko djégalko amin.
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    un cri il y a 2 mois
    Fu nu kay jeleteti ? Cela sonne comme un cri de défaite ! Nul n'est indispensable et il a LE MERITE D AVOIR LAISSE DES ECRITS qu'il faut poursuivre et amplifier surtout qu'à l'heure actuelle c'est nettement plus facile de faire de la recherche par rapport à son temps. Ceux qui disent fu nu may jeleeti doivent relever ce défi. C'est ça la question se montrer capables de relever le défi Et puis y a beaucoup de sujets qui agitent notre société depuis un bon bout de temps maintenant et sur lesquels on n'a ni entendu ni lu presque aucun sociologue alors que les sociologues devaient même attirer notre attention là dessus... Ils ont les yeux fermés ? Ils sont dans les bureaux, enfermés? Ils ne sont intéressés que par les rapports demandés par les ONG ? Allez savoir
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    Julio il y a 2 mois
    Paix à son âme. Un intellectuel exceptionnel, modeste et humble. J’ai eu à travailler avec lui dans le cadre de la creation d’un Learning center financé par l’UNICEF.
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    Moudi il y a 2 mois
    Il fit de nous ce que nous sommes devenu au contact de sa vie, de sa pédagogie de la vie...
    Merci grand.
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    Un mentor il y a 2 mois
    Pr Abdou Salam Fall fut un mentor et un modele pour beaucoup depuis les bancs de l ecole de l Universite aux chantiers des Eclaireuses et Eclaireurs du Senegal en passant par les salles de classes les laboratoires de recherche la vie associative (Congad ...) et les projets de developpement economique et social.RIP cher Grand qu Allah l accueillir au Paradis Amin merci pour cel hommage ponctue de qualificatifs en wolof cela lui plairait bien
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    papa demba fall il y a 2 mois
    "son défunt ami de l'Ifan Pape Demba Fall" avez vous dit ? "Lors des funérailles de Pape Demba Fall"??
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    Ngor Nopp il y a 2 mois
    Tout à fait, lui aussi est parti à jamais. Brillant intellectuel lui aussi, avec de nombreuses publications.
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    Diouf Mamadou il y a 2 mois
    Membre de mon jury de thèse à l'université de Strasbourg, le professeur Fall fut un éminent intellectuel.
    Humble, posé, pédagogue et surtout très disponible.
    Que firdawsi soit sa demeure
    Amen
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    Niasse il y a 2 mois
    Paix à son âme
  • avatar
    Ouplutot il y a 2 mois
    Ou plutôt, fu ko ay ñoñam di jëleeti !

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