Déclaration de patrimoine : servir l’État sans se servir de l’État (Par Al Xâlifa)
La polémique actuelle autour de la déclaration de patrimoine, après la sortie de l'OFNAC, ne devrait pas être réduite à une affaire de formulaires, de délais ou de listes de responsables défaillants.
Elle pose une question beaucoup plus fondamentale : que doit-il rester à un homme après avoir consacré plusieurs années au service de l'État ?
Notre histoire politique offre, sur ce point, un exemple qui mérite d'être médité : Abdou DIOUF.
De 1960 à 2000, il a occupé les plus hautes fonctions de l'État : gouverneur, ministre, Premier ministre, puis président de la République pendant vingt ans. Près de quarante années au cœur du pouvoir.
Et pourtant, son patrimoine personnel, tel qu'il est rapporté, était loin de l'image d'un homme ayant utilisé le pouvoir pour construire une fortune.
Pas d'empire immobilier, pas de vaste patrimoine foncier, pas d'accumulation spectaculaire de propriétés. Une maison acquise à l'époque où il était Premier ministre, notamment au moyen d'un prêt immobilier.
Après sa défaite en 2000, il quitte le pouvoir et s'installe en France où il est locataire. Au-delà des chiffres, c'est surtout une conception du pouvoir qui mérite d'être retenue : servir l'État sans se servir de l'État.
Ailleurs, la déclaration de patrimoine est une culture de responsabilité
Contrairement à ce que certains semblent penser, la déclaration de patrimoine n'est pas une invention sénégalaise destinée à mettre les responsables politiques sous surveillance.
Elle constitue aujourd'hui un instrument largement utilisé dans le monde. La Banque mondiale indique que plus de 150 pays ont instauré des mécanismes de déclaration des avoirs des responsables publics.
En France, par exemple, environ 18 000 responsables publics, élus ou agents publics, déclarent leur patrimoine et leurs intérêts auprès de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP).
Mais surtout, la conception française va plus loin qu'une simple formalité administrative : la HATVP contrôle les déclarations, examine les variations de situation patrimoniale et cherche à détecter les conflits d'intérêts.
Certaines déclarations sont également rendues publiques afin que les citoyens puissent euxmêmes apprécier les garanties de probité de leurs responsables publics. (HATVP)
Dans d'autres pays, les systèmes sont également conçus pour permettre de détecter les enrichissements inexpliqués, prévenir les conflits d'intérêts et renforcer la responsabilité des détenteurs de fonctions publiques. La Banque mondiale considère ainsi la déclaration d'actifs et d'intérêts comme un outil de prévention de la corruption et de promotion de l'intégrité publique.
Autrement dit, dans les démocraties qui ont développé ces mécanismes, déclarer son patrimoine n'est pas une humiliation : c'est une conséquence normale de l'exercice du pouvoir.
Le Sénégal n'est donc pas une exception
Avec la loi n° 2025-13 relative à la déclaration de patrimoine et son décret d'application n° 2025-1835 du 18 novembre 2025, le Sénégal s'inscrit dans cette logique de transparence et de responsabilisation.
La question ne devrait donc pas être :
« Pourquoi nous demande-t-on de déclarer notre patrimoine ? »
Mais plutôt :
« Pourquoi celui qui exerce une responsabilité publique devrait-il avoir peur de rendre compte de son patrimoine ? »
La déclaration ne signifie évidemment pas que celui qui ne l'a pas effectuée est corrompu. Une défaillance déclarative ne constitue pas, à elle seule, la preuve d'un enrichissement illicite.
Mais elle rappelle une règle élémentaire : plus on dispose de pouvoir sur les ressources publiques, plus on doit accepter la transparence.
La vraie question est celle de l'évolution du patrimoine
Il ne suffit d'ailleurs pas de savoir ce qu'un responsable possède lorsqu'il entre en fonction.
Il faut pouvoir comprendre ce qu'il possède lorsqu'il en sort.
La question essentielle est donc :
« Qu'avez-vous acquis pendant que vous aviez la responsabilité de gérer les biens de la collectivité, et comment pouvez-vous l'expliquer ? »
C'est là que l'exemple d'Abdou Diouf prend toute sa force.
Quarante années au sommet de l'État auraient pu produire une fortune personnelle considérable. Le récit historique qui nous est transmis est tout autre.
Et c'est peut-être cela que nous devons retrouver : une conception du pouvoir dans laquelle l'ambition est de laisser quelque chose au pays, plutôt que de partir du pouvoir avec quelque chose du pays.
Le véritable patrimoine d'un homme d'État
Nous avons peut-être fini par inverser les valeurs.
Nous regardons trop souvent le patrimoine qu'un homme politique laisse à sa famille.
Nous devrions regarder davantage ce qu'il laisse à la Nation.
Des institutions plus fortes.
Des écoles.
Des hôpitaux.
Des infrastructures.
Une administration efficace.
Une économie plus solide.
Une République plus juste.
Voilà le véritable patrimoine d'un homme d'État.
Le reste doit pouvoir être expliqué. C'est précisément pour cela que la déclaration de patrimoine est utile.
Elle protège la République.
Elle protège le citoyen.
Et elle protège également le responsable honnête.
Car celui qui n'a rien à cacher devrait être le premier à comprendre qu'il n'a rien à craindre de la transparence.
Alors, à ceux qui prétendent donner des leçons de gouvernance, rappelons simplement l'essentiel :
le pouvoir est temporaire, le patrimoine est permanent, mais la responsabilité, elle, demeure.
Et l'exemple d'Abdou Diouf nous rappelle une règle qui devrait être universelle : servir l'État sans jamais faire de l'État un moyen de se servir.
Un patrimoine, oui.
Mais un patrimoine honnêtement acquis.
Al Xâlifa
Citoyen sénégalais
Commentaires (9)
Nous ne faisons point vœux de pauvreté, nullement, mais prônons pour un patrimoine proprement gagné à la sueur de notre front. Nous venons en ce monde sans rien et retournerons un jour d’où nous sommes venus, également, sans rien. Outre cela, quel autre plus grand impact laisse-t-on en ce monde après notre disparition? Ici, rien de matériel, (argent, terrains, bâtiments, placements, etc.) mais juste un impact émotionnel et immatériel, mais énorme et immense : Nos Valeurs et nos Principes légués. « Un Héritage de Belles Valeurs vaut mieux que celui de lingots d’or » (Socrate). Les désirs vident le cœur, le détachement le remplit. Servir son pays du mieux possible et non se servir…
Il a fallu qu’il quitte le pouvoir pour qu’on réalise que le président Diouf ne s’est pas enrichi comme ses successeurs qui pourtant l’accusaient du contraire.
Cet article est une invite à un retour au sens premier de la politique : servir le peuple in fine la cité
C’est le principe qui doit guiderr l’action des autorités
Mais afrik mom, comment avoir de l’argent c ça leur problème
Leur problème c’était la France qui avait une mainmise sur l’économie des pays Francophones qui ont nouvellement acquis leurs indépendance en imposant le f cfa et en pillant les ressources de manière systématique avec une très grande lâcheté.
Soient ils acceptaient de jouer le jeu de la France comme l’a fait Abdou Diouf que vous êtes en train de glorifier (zéro investissement structurant pendant 20 ans ) à la place c’était les ajustements structurels qui ont fini de tuer l’industrie héritée du colon les classes à double flux et la dégradation de l’enseignement etc.
Les nationalistes qui avaient compris et qui voulaient prendre une autre voie comme Mamadou Dia ont été sacrifiés.
Ce pays est MAUDIT
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