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Fouille à nu en prison : après l’interdiction, le défi de l’effectivité (Par Mouhamadou Moustapha DIAGNE)

Auteur: Mouhamadou Moustapha DIAGNE

Fouille à nu en prison : après l’interdiction, le défi de l’effectivité (Par Mouhamadou Moustapha DIAGNE)

Fouille à nu en prison : après l’interdiction, le défi de l’effectivité (Par Mouhamadou Moustapha DIAGNE)

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Par une note de service prise le 10 août 2026, le Directeur général de l’Administration pénitentiaire, met fin à la fouille à nu systématique dans les établissements pénitentiaires. Cette mesure constitue une avancée importante dans la protection de la dignité des personnes détenues au Sénégal.

Il est, toutefois, important de préciser que cette décision ne remet pas en cause la fouille, qui demeure nécessaire à la sécurité des établissements et à la prévention de l’introduction d’objets dangereux ou prohibés. Elle met plutôt fin à son caractère systématiquement dénudant et réserve la fouille à nu aux situations exceptionnelles justifiées par une présomption précise d’infraction ou d’un risque avéré pour la sécurité et si les palpations sur culote s’avèrent insuffisantes.

Cette mesure mérite d’être saluée. Elle répond à une préoccupation ancienne de l’organisation Amnesty International qui a régulièrement attiré l’attention sur les pratiques et conditions de détention susceptibles de porter atteinte à la dignité des personnes privées de liberté. L’Observateur national des lieux de privation de liberté (ONLPL), mécanisme national de prévention de la torture,  avait également recommandé l’amélioration des conditions de fouille. Dès 2013, il préconisait notamment la mise à disposition de matériels permettant d’éviter les atteintes à la dignité résultant des fouilles intégrales.

La note donne également effet aux engagements internationaux du Sénégal. L’article 10 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques impose que toute personne privée de liberté soit traitée avec humanité et dans le respect de sa dignité. Les Règles Nelson Mandela précisent, quant à elles, que les fouilles doivent obéir aux principes de nécessité et de proportionnalité et que les fouilles corporelles intrusives ne doivent être pratiquées que lorsqu’elles sont absolument nécessaires. Elles encouragent également le recours à des méthodes de remplacement appropriées.

L’administration pénitentiaire fait, désormais, face au défi de l’effectivité et de la pérennité de cette mesure. Elle devra prendre toutes les dispositions afin d’éviter que son application diffère d’un établissement à l’autre ou que l’exception prévue par la note ne finisse par devenir, dans la pratique, la règle.

A court terme, un mécanisme simple de suivi pourrait être institué : la tenue, dans chaque établissement, d’un registre des fouilles à nu exceptionnelles, précisant le motif de la fouille, l’autorité qui l’a décidée et son résultat. Ces informations pourraient faire l’objet d’un contrôle périodique par l’Administration pénitentiaire et être accessibles à l’ONLPL dans le cadre de ses missions. Ce dispositif répondrait d’ailleurs à l’exigence de traçabilité prévue par les Règles Nelson Mandela.

À plus long terme, l’administration pénitentiaire devra développer des moyens de détection moins intrusifs. L’expérience du Ghana mérite, à cet égard, d’être regardée. Le Ghana Prisons Service a notamment mis en place une unité cynophile destinée à renforcer la détection des objets et produits interdits dans les prisons. Sans nécessairement reproduire ce modèle à l’identique, le Sénégal pourrait progressivement renforcer l’utilisation de détecteurs de métaux, de portiques, d’équipes cynophiles et, lorsque les moyens le permettront, de scanners corporels.

L’enjeu n’est pas d’opposer sécurité pénitentiaire et droits humains mais de garantir la première tout en portant le moins possible atteinte à la dignité et à l’intimité des personnes détenues. La note du 10 Août constitue une avancée. Le défi est maintenant d’en faire une pratique durable dans l’ensemble des établissements pénitentiaires du Sénégal.

Mouhamadou Moustapha DIAGNE,

juriste spécialisé en droit international des droits de l’homme,

doctorant en droit public

⚡ Résumé express généré par IA, vérifié par la rédaction
- La note du 10 août 2026 du Directeur général de l’Administration pénitentiaire met fin à la fouille à nu systématique, la réservant aux situations exceptionnelles avec présomption précise d’infraction ou risque avéré. - La mesure répond aux recommandations d’Amnesty International et de l’Observateur national des lieux de privation de liberté, ainsi qu’aux engagements internationaux comme le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et les Règles Nelson Mandela. - L’administration doit assurer l’effectivité via un registre des fouilles exceptionnelles et développer des alternatives moins intrusives, comme des détecteurs de métaux ou des équipes cynophiles, inspirées du Ghana.
Auteur: Mouhamadou Moustapha DIAGNE
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Commentaires (4)

Trier par :
  • avatar
    Mbaye pekh il y a 2 mois
    Ne jouons pas à l'ingratitude. Félicitations vivement le Ministre Moussa Sarr pour cette décision louable et encourageons les autorités pénitentiaires et accompagnons les dans l'application des nouvelles. Que personne ne tire la couverture sur soi
  • avatar
    Aminata il y a 2 mois
    Excellent travail et tres belle analyse de M. Diagne
  • avatar
    Yatt il y a 2 mois
    En fait il s'agit des vestiges du mépris tyrannique du colon qui nous a traité et continue de nous traiter comme des bêtes.
    Après les pseudo-indépendances, les nègres de service se sont substitués au colons en usant des mêmes méthodes.
    D'ailleurs personne n'a pu expliquer que les personnes en garde-à-vue dans les brigades de gendarmeries soient mis en caleçon. Un officier supérieur lui même ne semblait pas savoir pourquoi et a justifié cette pratique dégradante par une nécessité de sécurité puis par le fait que laisser les mêmes habits sur une personne dans l'insalubrité fétide des violons posait des problèmes d'odeurs lors de sa présentation devant le procureur !
    La remarque qu'on lui a opposée était que dans les commissariats les gens gardés à vue conservaient leurs habits
    Bref lui-même ne pouvait donner aucune explication.
  • avatar
    Sénégal il y a 2 mois
    Ce n'est pas compliqué de devenir plus humain.

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