Le secteur minier sera jugé sur ce qu'il laissera derrière lui (Par Abdou Touré, fondateur de Quartier Vert Challenge)
Les mines sont, par définition, temporaires. Les territoires, eux, leur survivent. À mesure que le secteur minier s'impose comme l'un des moteurs de l'économie sénégalaise, une question prend donc une importance croissante : quel héritage laisseront les exploitants aux terres, aux écosystèmes et aux communautés qui continueront d'y vivre bien après la fermeture des sites ?
Le Sénégal regarde aujourd'hui son sous-sol avec beaucoup d'espoir. À juste titre, puisqu'en 2025, le secteur minier a représenté 31% des exportations et environ 4% du PIB. Ces chiffres disent beaucoup de la place qu'occupe désormais cette industrie dans notre économie. Ils traduisent également les attentes qu'elle suscite, tant en matière de croissance que d'emplois, d'investissements ou de recettes publiques. Mais ils ne racontent qu'une partie de l'histoire.
Car la vie d'un territoire ne s'arrête pas lorsque celle d'une mine touche à sa fin. Les gisements s'épuisent, les équipements sont démontés, les exploitants quittent progressivement les lieux… Au contraire, les terres, elles, demeurent - les populations aussi. Dès lors, la question est moins celle de la richesse extraite que celle de l'héritage laissé. Dans quel état les sols seront-ils restitués ? Les écosystèmes auront-ils retrouvé leur équilibre ? Les activités agricoles pourront-elles reprendre ? Les communautés disposeront-elles encore des ressources nécessaires pour continuer à vivre de leur territoire ? C'est à cette aune que sera, je crois, appréciée la contribution réelle de l'industrie minière.
Cette transformation se reflète d’ailleurs déjà dans les pratiques des investisseurs internationaux ; lesquels accordent une attention croissante à la gestion des risques environnementaux, considérant qu'elle constitue un indicateur de la qualité de gouvernance d'une entreprise et de sa capacité à créer de la valeur dans la durée.
À titre d’exemple, il convient de noter que les Standards de performance de la Société financière internationale (IFC)[1] demandent aux entreprises de gérer leurs impacts environnementaux tout au long du cycle de vie des projets, tandis que les principes de l'International Council on Mining and Metals (ICMM)[2] invitent les compagnies minières à intégrer la fermeture des mines et la réhabilitation des sites dès leur conception.
Mais si la réhabilitation s'impose effectivement comme un déterminant de la crédibilité des entreprises, de leur accès au financement et, à terme, de leur compétitivité, force est de constater qu’elle tend aussi à devenir un principe d'organisation de l'exploitation minière elle-même… avec des applications déjà visibles au Sénégal.
[1] https://www.ifc.org/en/insights-reports/2012/ifc-performance-standards?utm_source=chatgpt.com
[2] https://www.icmm.com/integrated-mine-closure
À Sabodala-Massawa notamment, Endeavour Mining met en œuvre une réhabilitation progressive des zones exploitées, intégrée au cycle d'exploitation de la mine. Cette démarche s'appuie sur des plans de fermeture et de réhabilitation élaborés dès la phase de permis, puis révisés et enrichis tout au long de la vie de la mine, et approuvés par les autorités nationales. Depuis 2021, le groupe applique par ailleurs un standard de fermeture commun à l'ensemble de ses sites, qui fixe les exigences minimales et les échéanciers de réhabilitation, y compris pour les sites récemment acquis. Les travaux comprennent notamment le remodelage des terrains, la remise en place des sols, le reboisement avec des espèces adaptées et le suivi de la reprise de la végétation. Cette approche permet de limiter progressivement l'empreinte environnementale du site tout en préparant la restitution des terres à des usages futurs[1].Une difficulté demeure néanmoins. Des cadres de reporting volontaires existent déjà, mais leur application reste hétérogène d'un opérateur à l'autre. Certains mettent en avant les hectares réhabilités, d'autres le nombre d'arbres plantés, les surfaces protégées ou les investissements consacrés à la biodiversité. Toutes ces informations sont utiles, mais leur diversité rend les comparaisons difficiles. Or un secteur progresse lorsqu'il accepte d'être évalué selon des critères communs. Puisqu’à défaut d'un référentiel partagé, chaque opérateur continuera naturellement à privilégier les indicateurs qui valorisent le mieux ses propres résultats, au détriment d'une lecture d'ensemble des progrès accomplis.
C'est pourquoi le Sénégal gagnerait à promouvoir un cadre commun de suivi de la réhabilitation des sites miniers. Une telle démarche renforcerait la transparence du secteur, faciliterait la comparaison des pratiques et contribuerait à diffuser les standards les plus exigeants - même si, bien entendu, aucun mécanisme institutionnel ne remplacera jamais l'expérience vécue des populations riveraines.
En effet, ce sont elles qui observent les transformations d'un paysage, l'évolution d'un cours d'eau, la qualité des sols ou le retour progressif de la végétation ; elles qui vivaient sur ces territoires avant l'ouverture d'une mine ; elles qui accompagnent son exploitation ; et toujours elles qui continueront d'y vivre bien après sa fermeture.
Leur expérience constitue donc un indicateur de long terme qu'aucun tableau de bord ne pourra remplacer. C’est la raison pour laquelle les associer encore plus au suivi des actions de réhabilitation renforcerait à la fois la crédibilité des résultats publiés et la confiance entre les exploitants, les pouvoirs publics et les communautés.
Car si dans quelques décennies, il est peu probable que l'on se souvienne du tonnage exact extrait d'un gisement ou du montant précis des investissements réalisés… Chacun pourra, en revanche, constater l'état des terres, la vitalité des écosystèmes et les perspectives offertes aux communautés qui continueront d'y vivre.
[1] https://www.endeavourmining.com/esg/environment/
https://www.endeavourmining.com/our-portfolio/sabodala-massawa-mine/
C'est cette empreinte durable qui distinguera les entreprises ayant exploité une ressource de celles qui auront véritablement contribué au développement des territoires qui les ont accueillies.
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