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Les leçons du Président Abdou DIOUF, véritable bâtisseur de la démocratie sénégalaise [Par Alioune NDIAYE]

Auteur: Alioune NDIAYE

Les leçons du Président Abdou DIOUF, véritable bâtisseur de la démocratie sénégalaise [Par Alioune NDIAYE]

Les leçons du Président Abdou DIOUF, véritable bâtisseur de la démocratie sénégalaise [Par Alioune NDIAYE]

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Si je devais trouver des raisons acceptables qui auraient pu me pousser à écrire un

texte pour célébrer, un tant soit peu, les quatre-vingt dix ans du Président Abdou

DIOUF, en dépit du fait que je faisais partie de cette jeunesse traitée de « malsaine et

manipulée » puisqu’étant en terminale D au Lycée Lamine GUÈYE (où j’ai fait

toutes mes classes) en 1988, j’avais choisi de suivre le mouvement de grève et de ne

pas passer la seconde partie du baccalauréat; en dépit du fait également que je n’avais

pas apprécié certaines parties de ses mémoires parus en 2014 et l’avais fait savoir

publiquement; si je devais donc essayer de justifier cette envie pressante de prendre

mon laptop pour y pianoter ces quelques mots, je dirais que c’est parce que (si l’on

écarte aussi le fait que nous soyons nés exactement un même jour à trente-quatre

années d’écart) de façon indéniable, le deuxième Président de la République du

Sénégal nous a donné, tout au long de son riche parcours, des leçons d’humanité, de

citoyenneté, de civilité, d’intégrité, d’autorité, d’humilité, d’accessibilité, de dignité,

d’équanimité. Cette équanimité nommée par l’orfèvre des mots qu’est le professeur

Souleymane Bachir DIAGNE dans son ouvrage « Le fagot de ma mémoire », cette

capacité à garder son calme et à rester impassible quelle que soit la situation, est

certainement la qualité la plus reconnue du Président DIOUF. Elle constitue à la fois

le fondement et le faîte de tous ces attributs qui ont fait de lui l’homme d’État le plus

sous-côté de notre République qui, comme beaucoup d’autres, est plutôt encline à

célébrer le narcissisme et l’égocentrisme.

En tant que citoyen, j’ai pu retenir les leçons qu’il avait données à toute la Nation

sénégalaise; en tant que manager étudiant, j’ai gardé en mémoire celles qu’il avait

prodiguées à l’un de nos professeurs qui fut son jeune ministre et « apprenti »; et en

tant qu’entrepreneur débutant, j’ai assimilé celles qu’il m’avait enseignées

directement.

Les leçons à la Nation sénégalaise

Quand on parle du Président Abdou DIOUF, ce qui revient le plus souvent ce sont ces

deux fameuses sentences :

1

- « Jàkk jaa ngi nii, ku mu neex nga ndodd », qui fut le point de départ du

multipartisme intégral au Sénégal dès son accession à la magistrature suprême en

1981;

- « Je transmettrai le texte tel quel à l’Assemblée Nationale sans y changer une seule

virgule », en faisant allusion au projet de loi de révision du code électoral en 1992,

qui posa les germes de la première alternance au début du millénaire.

La mosquée est accessible, quiconque le désire peut venir faire l’appel à la prière

1

1Si on rajoute à cela la libéralisation du secteur de l’audiovisuel qui a entrainé la

création de plusieurs radios libres, le Président DIOUF, en tant que bâtisseur de la

démocratie sénégalaise, nous a donné une grande leçon de citoyenneté.

Dans un pays où l’on parle actuellement beaucoup de reddition des comptes et de

déclaration de patrimoine, celui de l’ancien Chef de l’État était tout simplement

inexistant, puisqu’il n’avait aucun bien personnel quand il quittait le pouvoir en 2000;

ce qui constitue une véritable leçon d’intégrité.

De même que s’il n’y a pas eu de « dédioufisation » après son départ, c’est bien parce

qu’il a su protéger famille et alliés en les maintenant éloignés de l’exercice du

pouvoir. Très peu d’élèves de notre lycée pouvaient reconnaître sa fille cadette, qui y

a effectué une année scolaire (au moins), lorsqu’elle rentrait à pied après les cours

accompagnée par un seul garde du corps. Presque personne ne pouvait reconnaitre

son fils aîné lorsqu’il faisait sa marche sportive sur la corniche ouest. Ceci est une

belle leçon de civilité.

Les leçons à un jeune ministre

Au détour d’un cours d’Économie Politique, lors de nos séminaires de MBA

Executive, notre professeur, par ailleurs ancien ministre et proche du Président

DIOUF, nous relata une anecdote assez révélatrice. Le jeune ministre qu’il était,

ayant eu maille à partir avec un subalterne récalcitrant, avait pris la décision de le

sanctionner. Le président, ayant eu vent de l’histoire, le convoqua pour lui demander

des explications qu’il trouva assez peu convaincantes. Il lui fit alors un cours

magistral sur ce que représentait la République, en ce sens qu’elle ne lui appartenait

pas à lui ministre, pas plus qu’elle ne lui appartenait à lui-même Président de la

République. Que le pire ennemi de l’homme d’État restait l’égo qui était à l’origine

de l’hubris, symbole de tout excès et de tout abus de pouvoir. Et pour illustrer son

propos, il lui raconta comment il avait eu à gérer un moment crucial de la vie de notre

Nation. Des évènements douloureux avaient entraîné des pertes en vie humaines

parmi de valeureux serviteurs de la République, avec pour conséquence la colère

légitime de leurs collègues qui réclamaient justice. Leur autorité de tutelle sollicita

une audience auprès du Président DIOUF pour lui en faire part, suggérant subtilement

une action punitive envers la personne qui serait à l’origine de ces faits gravissimes.

Ce dernier, après l’avoir attentivement écouté, lui répliqua, équanime : « Monsieur, je

vous tiens pour responsable de l’intégrité physique de ce jeune homme de la pointe

de ses cheveux jusqu’au bout de ses orteils. » Jeune homme qui avait pourtant tenu à

son endroit, publiquement, des propos des plus outranciers. Notre professeur reçu ce

jour-là, et nous tous à travers lui, une formidable leçon d’humanité.

2Les leçons à un très jeune compatriote entrepreneur

C’est en juillet 1993 que j’ai écrit pour la première fois au Président Abdou DIOUF

pour lui faire part de mon projet d’informatisation des lycées et collèges du Sénégal,

alors que j’étais Président du GIE MICRO MEGA. Je garde encore, par-devers moi,

les quatre lettres qu’il m’adressa, en guise de réponses, par l’intermédiaire du

Ministre d’État, Ministre des Affaires et Services Présidentiels, le regretté Ousmane

Tanor DIENG. Lors de nos échanges épistolaires qui ont duré plus d’une année, Il

m’avait mis en relation avec le Ministre de la Modernisation et de la Technologie

Magued DIOUF et avec le Ministre de l’Éducation André SONKO. Malgré le fait que

ce projet fit long feu, je fus traité avec tous les égards par les ministres et leurs

équipes, aussi bien sur le plan administratif que sur le plan technique, pendant qu’ils

rendaient compte régulièrement à la Présidence qui suivait le dossier de près. Je me

souviens d’une réunion tendue au Ministère de l’Éducation durant laquelle j’avais

tenu tête à une douzaine de Directeurs et Chefs de Services à la fois sceptiques et

admiratifs devant un jeune informaticien d’à peine vingt-quatre ans, formé au

Sénégal de surcroit, qui avait l’audace de venir présenter une proposition somme

toute révolutionnaire pour l’époque. Concomitamment, je me permettais, à travers

nos échanges, de prodiguer des conseils au Président DIOUF, comme l’atteste ce

courrier du 29 novembre 1993 que le Ministre d’État Tanor DIENG concluait en ces

termes : « En vous adressant les remerciements du Président de la République pour

vos suggestions en matière de communication gouvernementale en direction des

populations, je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes

sentiments les meilleurs ».

Alors que de nos jours certains hauts responsables ne daignent même pas répondre

aux courriers de leurs compatriotes, le jeune chef d’entreprise que j’étais a reçu du

Président Abdou DIOUF une sublime leçon d’humilité et d’accessibilité.

Ne nous y trompons cependant pas, le deuxième Président de la République du

Sénégal n’était pas un dirigeant candide. Une situation survenue en 1991 pourrait

l’illustrer. Comme de coutume lors de la rentrée des cours et tribunaux, le Président

de la Cour Suprême devait soumettre son projet de discours aux services présidentiels

pour que le Chef de l’État puisse préparer son allocution. Le texte reçu était

problématique parce que le haut magistrat, à travers des mots jugés discourtois, avait

insisté sur la nécessité de renforcer la séparation des pouvoirs entre l’exécutif et le

judiciaire. Après plusieurs interactions avec les collaborateurs du Président DIOUF, le

Président de la Cour Suprême accepta de changer son discours introductif. Le jour J,

cependant, contre toute attente, il décida de lire le premier texte, qui avait été

amendé, devant un Chef de l’État étonné mais, comme à son habitude, équanime, qui

se résolut ensuite à faire stoïquement son allocution qu’on lui avait préparée. Lors du

débriefing avec ses conseillers juridiques qui analysèrent l’événement comme

inacceptable, il leur demanda, légaliste jusqu’au bout des ongles : « Qu’est-ce que la

loi m’autorise de faire ? ». Ce fut alors le point de départ de la réforme des

institutions judiciaires de 1992, avec la suppression de la Cour Suprême et la création

3du Conseil Constitutionnel, du Conseil d’État et de la Cour de Cassation. C’était

assurément une excellente leçon d’autorité.

La légende raconte qu’au soir du 19 mars 2000, alors que les premiers résultats

donnaient le Président Abdoulaye WADE vainqueur au second tour des élections

présidentielles, une délégation composée de ses partisans et de ses alliés vint trouver

le président sortant, cherchant à lui faire appréhender, avec moult arguments, la

possibilité, voire la nécessité d’un passage en force malgré la défaite qui s’annonçait.

Après les avoir patiemment écouté, avec équanimité, Abdou DIOUF, à leur départ,

appela le nouveau président élu pour le féliciter. Il avait choisi l’Histoire.

Happy birthday Mister President ! 2

Par Alioune NDIAYE, MBA, DBAc

Conseiller Spécial du Président

de la République

⚡ Résumé express généré par IA, vérifié par la rédaction
- L'article évoque les leçons d'humanité, de citoyenneté, de civilité, d'intégrité, d'autorité, d'humilité, d'accessibilité, de dignité et d'équanimité données par Abdou Diouf tout au long de son parcours. - Abdou Diouf a initié le multipartisme intégral en 1981 avec la phrase « Jàkk jaa ngi nii, ku mu neex nga ndodd » et a transmis tel quel le projet de loi de révision du code électoral en 1992, posant les germes de la première alternance. - En quittant le pouvoir en 2000, Abdou Diouf n'avait aucun bien personnel, n'a pas procédé à une « dédioufisation » et a maintenu sa famille éloignée du pouvoir.
Auteur: Alioune NDIAYE
Publié le:
Mis à jour le:

Commentaires (9)

Trier par :
  • avatar
    encore il y a 1 mois
    Encore une déception qui s'est retrouvé derrière des insurectionistes et qui prétend faire la morale a la république
  • avatar
    nope il y a 1 mois
    Vraiment Alioune Ndiaye m'a tellement décu. Je le pensais grand intellectuel avec une moralité sans faille. Comme quoi entre ce que les gens peuvent proner enpublic et leur acte ca fait 2.Il perdu tout crédibilité en se mettant derrière ces aventuriers médiocres
  • avatar
    La vérité il y a 1 mois
    Abdou Diouf n'a rien bâti. Il n'avait pas le choix. Le Sénégal était à l'arrêt pendant tout son règne. C'est le premier président non élu du Sénégal.
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    Mariama il y a 1 mois
    Machallah Mr Ndiaye merci pour ce temoignage. Bon anniversaire au President Abdou Diouf, de la part d une sympatisante inconnue.
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    Pleurs il y a 1 mois
    Tout est bien arrangé, AD héritier de Senghor, SBD qui a un bac C et A opté pour la philo et enfin toi, avocat qui se défend sans être accusé. Qui se ressemble s'assemble. Quelle déception pour ce pays. La preuve, personne ne célèbre le père de la dévaluation, l'homme de l'Article 35, émigrant ou émigré en France et on veut que les jeunes ne prennent pas les pirogue. Tous les présidents du Sénégal ont quitté ce pays après leur déchéance. Arrêtez de nous bassiner de ces inepties. Nous sommes pauvres, mais pas bêtes.
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    Antikon il y a 1 mois
    Donc Mr Ndiaye, nostalgique d'une époque où il côtoyait l'élite du pays et aspirait à devenir un magnat des NTICs, se sent redevable à Abdou Diouf, juste pour le traitement normal mais non concluant de son méga projet informatique, au point de lui décerner ce texte laudatif qui ne manquera pas de choquer tous les témoins meurtris de cette sombre ère du socialisme. Le mobile de cette publication criminelle n'est sûrement pas étranger à une injonction politique du chef de Kiiraay qui idolâtre Diouf et honnit son mentor Sonko. Justement, ce prodigieux Sonko qui cache le soleil à bien de ratés de sa génération et de celles d'avant, faisant de lui l'exutoire de tant de frustrations, de regrets, et de déchéances sociales. Pour ta gouverne, Diouf est certe partit sans biens propres notables, mais il a pillé nos caisses à des fins d'achat de conscience, surtout avec le ndigeul électoral des marabouts, et c'est frustré du piètre résultats de ses lieutenants politiques qu'il a choisit de les punir en reconnaissant la victoire de Wade, c'était loin d'être du fair play.
  • avatar
    Jane Williams 254221 il y a 1 mois
    test test 123 Jane Williams 254221

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