TOUBA SOUS LES EAUX, TOUBA SANS EAU : JUSQU’À QUAND L’ÉTAT VA-T-IL SE CONTENTER DE PROMETTRE ? [Par Cheikh A. L. MBACKE]
Après les engagements solennels pris devant le Khalife général des Mourides, le temps des discours est terminé : le Président Diomaye Faye doit maintenant rendre des résultats
Il faut parfois avoir le courage de dire ce que beaucoup préfèrent taire.
Ce qui s’est passé à Touba pendant le Magal 2026 est un sérieux avertissement adressé à l’État du Sénégal.
Une ville qui accueille des millions de pèlerins.
Une ville qui constitue l’un des plus grands pôles démographiques, économiques et spirituels du pays.
Une ville dont l’importance nationale et internationale n’est plus à démontrer.
Et pourtant, au moment où des millions de Sénégalais et de visiteurs convergent vers Touba, nous retrouvons encore les mêmes images : des difficultés d’accès à l’eau potable, des populations contraintes de chercher de l’eau, des camions-citernes mobilisés dans l’urgence et, parallèlement, des quartiers confrontés aux eaux de pluie et aux inondations.
Touba manque d’eau quand il pleut ailleurs.
Touba est sous les eaux quand elle reçoit trop d’eau.
Il faut avoir le courage de reconnaître que quelque chose ne fonctionne pas.
Et surtout, il faut cesser de considérer cette situation comme une fatalité.
*LE SCANDALE N’EST PAS LA PLUIE. LE SCANDALE, C’EST L’ABSENCE DE SOLUTION DÉFINITIVE* .
Personne ne peut empêcher le ciel de pleuvoir.
Mais un État moderne doit être capable d'anticiper les conséquences de la pluie.
Personne ne demande au gouvernement de commander au ciel.
On lui demande simplement de construire les infrastructures capables de recevoir, canaliser, évacuer et valoriser les eaux pluviales.
De la même manière, personne ne demande à l’État de créer de l’eau par magie.
On lui demande de construire un système hydraulique capable de répondre aux besoins actuels et futurs d’une métropole comme Touba.
C’est cela, gouverner.
Anticiper plutôt que subir.
Planifier plutôt qu’improviser.
Construire plutôt que communiquer.
*50 CAMIONS-CITERNES : CE N’EST PAS UNE POLITIQUE DE L’EAU* !
À l’approche du Magal, l’État a mobilisé des dizaines de camions-citernes pour renforcer l’approvisionnement en eau.
Très bien.
Il fallait certainement répondre à l’urgence.
Mais posons la question que tout responsable public devrait avoir le courage de poser :
Combien de Magal faudra-t-il encore alimenter par des camions-citernes avant que Touba dispose enfin d’un système hydraulique à la hauteur de ses besoins ?
Un camion-citerne est une solution d’urgence.
Ce n’est pas une infrastructure.
Il peut dépanner une famille.
Il ne peut pas constituer la colonne vertébrale d’une politique publique.
Le Sénégal ne peut pas vouloir construire une économie émergente tout en continuant à gérer une ville de plusieurs millions de personnes comme un camp provisoire.
Touba mérite un réseau.
Touba mérite des réserves.
Touba mérite des canalisations.
Touba mérite une distribution régulière.
Touba mérite une véritable sécurité hydrique.
*ET PENDANT CE TEMPS, L’EAU DE PLUIE NOUS RAPPELLE LA FAILLE DE L’URBANISATION*
L'autre problème est tout aussi grave : les inondations.
Depuis des années, nous connaissons les zones vulnérables.
Nous connaissons les quartiers exposés.
Nous connaissons les points bas.
Nous connaissons les insuffisances du drainage.
Nous connaissons les conséquences.
Alors pourquoi continuons-nous à attendre l'arrivée des premières fortes pluies pour commencer à réagir ?
Pourquoi l’État accepte-t-il de transformer chaque hivernage en opération de sauvetage ?
Pourquoi attendre que les maisons soient envahies ?
Pourquoi attendre que les routes deviennent impraticables ?
Pourquoi attendre que les familles soient déplacées ?
Pourquoi attendre que les commerces soient paralysés ?
Pourquoi attendre que les images d’inondations circulent sur les réseaux sociaux pour que la machine administrative se mette en mouvement ?
Un État prévoyant ne découvre pas une inondation lorsqu’elle commence. Il la prépare avant qu’elle n’arrive.
*MONSIEUR LE PRÉSIDENT, VOUS AVEZ PARLÉ DEVANT LE KHALIFE*
C’est précisément pour cette raison que la question devient aujourd’hui politique.
Le Président Bassirou Diomaye Faye s’est rendu à Touba.
Il a rencontré le Khalife général des Mourides.
Il a pris des engagements.
Le gouvernement a annoncé des investissements importants dans l’eau, l’assainissement et les infrastructures.
Le problème n’est donc plus l’absence de reconnaissance du problème.
Le problème est maintenant celui de l’exécution.
Monsieur le Président,
Vous avez devant vous une occasion historique.
Vous pouvez faire de Touba l'un des grands succès infrastructurels de votre mandat.
Vous pouvez être le Président qui aura définitivement réglé le problème de l'eau à Touba.
Vous pouvez être le Président sous lequel les inondations récurrentes auront été transformées en problème du passé.
Mais pour cela, il faut changer de méthode.
*IL FAUT ARRÊTER DE GÉRER TOUBA PAR MAGAL*
C'est peut-être la principale erreur stratégique.
À chaque Magal, on augmente les camions.
On renforce les dispositifs.
On installe des mesures provisoires.
On multiplie les réunions.
On annonce des travaux.
Puis le Magal passe.
Et quelques mois plus tard, les mêmes problèmes réapparaissent.
Non !
Touba ne doit pas être gérée comme une ville que l’on prépare uniquement lorsqu’un événement religieux approche.
Touba est une métropole permanente.
Elle vit 365 jours par an.
Ses habitants ont besoin d’eau 365 jours par an.
Ses entreprises ont besoin d’eau 365 jours par an.
Ses écoles ont besoin d’eau 365 jours par an.
Ses hôpitaux ont besoin d’eau 365 jours par an.
Ses mosquées ont besoin d’eau 365 jours par an.
Et ses populations ont besoin d’un système d’assainissement efficace pendant tout l’hivernage.
*JE PROPOSE AU PRÉSIDENT UN “PACTE TOUBA 2029* ”
Si le gouvernement veut réellement entrer dans l'histoire, qu’il prenne maintenant une décision simple :
Régler définitivement l’eau et les inondations à Touba avant la fin du mandat présidentiel.
Pas une promesse vague.
Pas une déclaration politique.
Un véritable Pacte Touba 2029, avec des objectifs, des budgets, des échéances et des résultats publics.
PREMIER ENGAGEMENT : L’EAU 24H/24
Touba doit disposer d’une capacité hydraulique permettant de garantir l’approvisionnement normal des populations, y compris pendant les périodes de très forte demande.
Il faut :
- multiplier les forages stratégiques ;
- sécuriser les sources d’alimentation ;
- augmenter les capacités de stockage ;
- construire des réservoirs dans les zones stratégiques ;
- moderniser les réseaux ;
- réduire les pertes ;
- sécuriser l’alimentation électrique des infrastructures ;
- développer le solaire pour les installations hydrauliques ;
- installer des systèmes numériques de surveillance des réseaux.
Objectif : plus jamais de pénurie structurelle d’eau à Touba.
*DEUXIÈME ENGAGEMENT : ZÉRO QUARTIER ABANDONNÉ AUX INONDATIONS*
Il faut construire un véritable système métropolitain de drainage.
Pas quelques caniveaux ici et là.
Pas uniquement des motopompes.
Pas uniquement des opérations de pompage.
Mais :
des collecteurs principaux, des réseaux secondaires, des bassins de rétention, des exutoires, du drainage gravitaire et des stations de pompage là où elles sont indispensables.
Il faut surtout penser Touba à l'horizon 2035-2040, et non uniquement jusqu'au prochain hivernage.
*TROISIÈME ENGAGEMENT : TRANSFORMER L’EAU DE PLUIE EN RESSOURCE*
Voilà une autre erreur que nous devons corriger.
Pourquoi considérer toute eau de pluie uniquement comme une menace ?
Une partie de cette eau peut être captée.
Stockée.
Réutilisée.
Valorisée.
Touba pourrait développer des bassins de rétention permettant non seulement de réduire les risques d'inondation, mais également de constituer des réserves utilisables pour certains besoins non domestiques.
L’eau qui détruit aujourd’hui peut devenir une ressource demain.
C’est cela, penser autrement.
*QUATRIÈME ENGAGEMENT : UNE AUTORITÉ UNIQUE POUR TOUBA*
Il faut également mettre fin à la dispersion des responsabilités.
Lorsque l’eau relève d’une structure, l’assainissement d’une autre, les routes d’une autre, le drainage d’une autre et les urgences d’une autre, la responsabilité finale devient difficile à identifier.
Je propose donc la création d'une :
*AUTORITÉ NATIONALE POUR L’EAU, L’ASSAINISSEMENT ET LA RÉSILIENCE DE TOUBA*
Cette autorité devrait disposer :
- d'un budget pluriannuel ;
- d'un calendrier précis ;
- d'indicateurs de performance ;
- d'une obligation de résultats ;
- d'un système de suivi numérique des chantiers ;
- d'un audit annuel indépendant.
Et surtout :
chaque franc investi doit être traçable.
Le citoyen doit pouvoir savoir combien a été budgétisé, combien a été dépensé, quelle entreprise travaille, où elle travaille et quand les travaux doivent être terminés.
*CINQUIÈME ENGAGEMENT : UN CALENDRIER JUSQU’EN 2029*
Nous devons sortir du langage administratif vague.
Je propose un calendrier simple.
2026 : URGENCE ET DIAGNOSTIC FINAL
Cartographie complète des zones inondables.
Identification des besoins hydrauliques réels.
Sécurisation de l'approvisionnement en eau.
Lancement accéléré des ouvrages prioritaires.
*2027 : GRANDS TRAVAUX*
Déploiement massif des réseaux d'eau.
Construction des principaux ouvrages de drainage.
Bassins de rétention.
Collecteurs structurants.
Renforcement des capacités de stockage.
*2028 : MAINTENANCE ET EXTENSION*
Extension aux quartiers périphériques.
Modernisation des réseaux.
Renforcement de la capacité de distribution.
Tests grandeur nature pendant l'hivernage.
*2029 : LE TEST DE VÉRITÉ*
Audit indépendant.
Évaluation publique.
Vérification des capacités hydrauliques.
Vérification du système de drainage.
Et surtout :
*LES POPULATIONS DOIVENT ÊTRE LES JUGES DU RÉSULTAT* .
*MONSIEUR LE PRÉSIDENT, NE LAISSEZ PAS TOUBA VOUS RAPPELER VOS PROMESSES*
Ce n'est pas une attaque personnelle contre le Président de la République.
C'est un appel à la responsabilité.
Parce que les promesses faites à Touba ne sont pas de simples promesses électorales.
Elles engagent l'État.
Elles engagent la République.
Elles engagent votre parole devant le Khalife général des Mourides.
Et elles engagent votre bilan devant l'histoire.
Vous avez encore le temps.
Vous pouvez encore agir.
Vous pouvez encore mobiliser les financements.
Vous pouvez encore accélérer les travaux.
Vous pouvez encore coordonner les ministères.
Vous pouvez encore transformer cette crise en opportunité historique.
Mais il faut le faire maintenant.
*LE SÉNÉGAL DOIT CHOISIR ENTRE LA POLITIQUE DU CAMION-CITERNE ET LA POLITIQUE DE L’INFRASTRUCTURE*
Voilà le véritable choix.
Continuer à envoyer des camions-citernes à chaque Magal ?
Ou construire enfin un système hydraulique capable de répondre aux besoins de Touba ?
Continuer à envoyer des motopompes après chaque forte pluie ?
Ou construire un réseau de drainage capable d'évacuer durablement les eaux pluviales ?
Continuer à inaugurer des projets ?
Ou mesurer leur impact réel ?
Le choix est devant nous.
*TOUBA NE DEMANDE PAS LA CHARITÉ DE L’ÉTAT*
Il faut également le rappeler.
Touba ne demande pas un privilège.
Touba ne demande pas un traitement de faveur.
Touba demande simplement que l'État assume pleinement ses responsabilités.
Une ville de cette importance mérite des infrastructures à la hauteur de son poids démographique, économique et spirituel.
*TOUBA NE VEUT PLUS ÊTRE SECOURU* .
*TOUBA VEUT ÊTRE ÉQUIPÉE.*
*TOUBA NE VEUT PLUS DE SOLUTIONS PROVISOIRES* .
*TOUBA VEUT DES SOLUTIONS DÉFINITIVES.*
*TOUBA NE VEUT PLUS DE PROMESSES* .
*TOUBA VEUT DES RÉSULTATS* .
Et ces résultats doivent être visibles avant la fin du mandat du Président Bassirou Diomaye Faye.
*LE RENDEZ-VOUS DE L’HISTOIRE EST FIXÉ : 2029*
En 2029, lorsque le Sénégal regardera le bilan de cette gouvernance, une question simple devra être posée :
Avons-nous définitivement réglé le problème de l’eau et des inondations à Touba ?
Si la réponse est oui, alors le Président Diomaye Faye pourra légitimement inscrire cette réalisation parmi les grandes réussites de son mandat.
Si la réponse est non, les mêmes images reviendront :
les camions-citernes,
les motopompes,
les maisons sous les eaux,
les populations en colère,
les réunions d'urgence,
les promesses renouvelées.
Et le Sénégal ne peut plus se permettre ce cycle.
Le moment est venu de passer de la communication à l'action.
De l'urgence à la planification.
De la promesse au contrat de résultats.
De la politique du provisoire à la politique de l'infrastructure.
Monsieur le Président, vous avez promis.
Maintenant, construisez.
Touba vous regarde.
Le Khalife vous regarde.
Le peuple sénégalais vous regarde.
Et l'histoire vous jugera sur ce que vous aurez réellement construit.
Cheikh Abdou Lahad MBACKE
Docteur en politiques publiques et en macroéconomie appliquée Spécialiste en négociation et gestion des conflits [email protected]
Commentaires (25)
Ou passe tout l'argent verse par les croyants et le gouvernement. Je pense que nous pouvons mieux faire si on prend les responsabilites avec courage.
Touba n'est pas la seule responsabilite de Diomaye, il est president de tout le senegal et il ya des urgences partout avec un budget limite.
Ceci devait passer par une participation mensuelle symbolique pour chaque maison, la modique somme de 3000 F je crois.
Il s’est fait insulter violemment par les habitants de, jusqu’à lui rappeler sa caste. D’autre lui disait qu’il voulait s’enrichir en vendant l’au en provenance des forage que les différent Khalifes qui se sont succédés ont creusé.
Pour éteindre le feu qui couvait, le khalife lui avait demandé d’arrêter le projet et de retourner s’installer à Dakar.
C’est pour vous dire que les habitant de Touba aiment trop la gratuité, ils veulent vivre des Adiyas.
Si c’était Baye Lakhat qui était encore là, tout ce bordel cesserait. Le slogan JUBB_JUBAL_JUBANTI lui allait à merveille.
Pr Diomaye risque de perdre les élections de 2029 à coup sûr à cause de l eau partout au Sénégal.
Wait and see.
👍
1 LE PROBLEME DE L EAU COURANTE DE CELLE TOUBA PASSE OBLIGATOIRERMENT PAR LE TRANSFERET DE L EAU DEPUIS LE LAC DXE GUERRE
IL EST VRAI QUE TOUBA SE SITUE EN HAUTEUR PAR RAPPORT A TOUBA MAIS C EST PAS UNE RAISON POUR NE PAS FAIRE CE TRANSFERT DEPUIS DES ANNEES
QUAND ON VEUT ON PEUT CE GOUVERNEMENT ET LES GOUVERNEMENTS PASSES NE VOULAIENT PAS LE FAIRE
CHAQUE ANNEE AVEC LE MAGAL UN OU DES FORAGES SONT FAIT ET MEME CETTE EAU N EST PLUS POSSIBLE POUR VOTRE SANTE
2 POUR CE QUI EST DES INONDATIONS AVEC TOUS LES MOYENS QUE LES GOUVERNEMENTS ONT INVESTI A TOUBA IL Y AURA TOUJOURS DES INONDATIONS LE GOUVERNEMENT NE VOUS DISE PAS LA VERITE CAR IL Y AURA TOUJOURS DES INONDATIOS
J AI TRAVAILLE DANS CE MINISTERE DEPUIS DES ANNEES PLUS DE 30 ANS DEPUIS DANSOKO
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