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Entretien : "Elle se lève", l'ouvrage de Mariame Condé qui propulse la femme en première ligne

Auteur: Entretien realisé par Alioune Badara Mané

Entretien : "Elle se lève",  l'ouvrage de Mariame Condé qui propulse la femme en première ligne

Entretien : "Elle se lève", l'ouvrage de Mariame Condé qui propulse la femme en première ligne

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Romancière guinéenne, Mariame Condé est considérée comme une voix féminine forte africaine, défendant l'éducation et la place de la femme dans la société. Dotée d'un talent d'écriture exceptionnel elle capte toutes les attentions avec sa plume acérée devenant ainsi l'une des écrivaines majeures que la Guinée offre de meilleur sur la scène internationale. Attachée à ses racines mandingues et peules Mariame Condé est l'incarnation d'une véritable identité culturelle et féminine. Son tout nouvel ouvrage "Elle se lève" en est une parfaite illustration. Dans un entretien accordé à Seneweb depuis la France, la romancière guinéenne est revenue sur ses débuts, son ouvrage et son envie d'écrire pour la cause des femmes.

Vous êtes romancière et essayiste guinéenne. Qui est Mariame Condé ?

Mariame Condé est une femme guinéenne profondément attachée aux questions d’identité, de transmission et d’émancipation. Je suis issue de deux cultures guinéennes : la culture mandingue d'un côté et la culture peule de l'autre, deux cultures profondément riches humainement, mais où beaucoup de femmes apprennent très tôt à porter les autres avant elles-mêmes. Je suis venue en France poursuivre mes études en droit, puis j'ai orienté mon parcours vers les ressources humaines avec un MBA en management stratégique des RH. Depuis plus de dix ans, je travaille au quotidien sur les enjeux humains en entreprise : le bien-être, la place de chacun, les relations de travail, le leadership. Ce regard que j'ai sur l'humain dans le monde professionnel, il nourrit directement ma façon d'écrire. "Elle se lève" en est la première expression publique. Je suis quelqu'un qui croit profondément que les mots ont le pouvoir de transformer et que comprendre les blessures d'une personne, c'est aussi comprendre pourquoi elle agit comme elle agit, au travail comme dans la vie.

 Depuis quand avez-vous commencé à écrire ?

J’ai toujours aimé écrire. Très jeune déjà, j’aimais mettre des mots sur mes émotions, mes questionnements et ma vision du monde.Mais écrire pour être lu est arrivé plus tard. Avec le temps, notamment à travers mon métier, j’ai compris que derrière beaucoup de comportements professionnels, il y avait des histoires humaines profondes. Parce qu'on ne peut pas parler de performance ou de leadership sans parler d’humain.L’écriture est donc devenue pour moi un outil de transmission, d’impact et de transformation.

L'écriture est-elle une passion pour vous ou bien un moyen de s'exprimer ?

C’est les deux. C’est une passion parce que j’aime profondément la puissance des mots. Mais c’est aussi un moyen de transmettre et d’ouvrir des conversations importantes.J’écris pour faire réfléchir, pour créer des prises de conscience et parfois même pour aider certaines personnes à mettre des mots sur ce qu’elles vivent intérieurement. Aujourd’hui, les enjeux humains prennent une place centrale dans les entreprises : santé mentale, leadership humain, estime de soi, charge émotionnelle, équilibre personnel… Et je pense que la littérature, le coaching, la formation et la parole publique peuvent contribuer à faire évoluer ces sujets.

 Qu'est-ce qui vous a influencé à vouloir écrire aujourd'hui ?

L'accumulation. Plusieurs années de terrain en tant qu'expert RH, d'entretiens, d'accompagnements, de diagnostics humains et en parallèle, l'observation de ma propre communauté, des femmes guinéennes et africaines que j'ai côtoyées en Guinée comme en France. À un moment, il y a une forme d'urgence qui s'installe : on ne peut plus garder pour soi ce qu'on a compris. Ce qui a déclenché l'écriture de ce livre précisément, c'est le constat répété que les femmes africaines sont souvent les grandes absentes des discours de développement personnel, les outils qui existent ne leur ressemblent pas, ne parlent pas de leurs réalités, ne nomment pas leurs blessures spécifiques. J'ai voulu combler ce vide, à partir de ma double expérience : celle de la femme africaine que je suis, et celle de la professionnelle RH qui comprend les mécanismes de la construction identitaire.

Quels sont les thèmes qui vous interpellent ?

Tout ce qui touche à l'humain dans sa profondeur : l'identité, la confiance en soi, la place qu'on occupe ou qu'on n'ose pas occuper. Je suis particulièrement sensible aux questions de pouvoir silencieux : comment certaines personnes, certaines communautés, portent des charges énormes sans que cela soit reconnu ni nommé. Dans mon travail RH, on parle beaucoup de performance, de compétences, de leadership, mais rarement de la façon dont l'histoire personnelle, les blessures de l'enfance, les injonctions culturelles façonnent profondément les comportements professionnels. Ce lien entre l'intime et le collectif, entre le personnel et le professionnel, est au cœur de tout ce que j'écris et de tout ce que je fais.

 Parlons aussi de l'actualité avec votre ouvrage "Elle se lève". 

"Elle se lève" est un livre de développement personnel écrit spécifiquement pour les femmes africaines et guinéennes. Il part d'un constat simple, mais fort : nos femmes sont extraordinaires, elles portent des familles, des quartiers, des économies entières, mais elles le font souvent au prix d'elles-mêmes, de leur santé mentale, de leurs propres rêves. Le livre explore des thèmes concrets : la reconstruction de l'identité, la relation entre tradition et liberté individuelle, la confiance en soi, les blessures transmises de génération en génération. Chaque chapitre s'ouvre sur une histoire de femme fictive, mais profondément ancrée dans nos réalités et propose des exercices pratiques pour que la lectrice ne reste pas spectatrice, mais devienne actrice de sa propre transformation. J'ai voulu un livre qui ressemble à nos femmes : chaleureux, direct, ancré culturellement, mais qui ne ménage pas les vérités difficiles.

Qu'est-ce qui motive "Elle se lève" ?

Par ce que j'appelle "le grand silence des femmes africaines". Dans nos cultures, la femme forte est celle qui ne se plaint pas, qui tient, qui gère. Cette norme, belle en apparence, est aussi une forme de violence invisible parce qu'elle prive des millions de femmes du droit d'exprimer leurs douleurs, de nommer leurs besoins, de poser des limites. En tant que professionnelle RH, j'ai une conviction profonde : on ne peut pas accompagner efficacement une personne sans comprendre ce qu'elle porte. Ce livre est une invitation à ce que les femmes guinéennes et africaines se donnent enfin la permission de se regarder, de s'écouter, et de décider que leur vie leur appartient. Ce n'est pas un discours contre notre culture c'est un dialogue avec elle, pour en garder la richesse tout en s'affranchissant de ce qui écrase.

Est-ce que la femme occupe une place importante dans vos écrits ?

La femme africaine est au centre absolu de ce premier ouvrage, et elle le restera dans mes projets à venir. Ce n'est pas un choix militant au sens étroit du terme, c'est une évidence qui vient de mon vécu, de mon identité et de mon expertise. Dans les ressources humaines, on sait que les organisations qui valorisent réellement les femmes sont plus performantes, plus résilientes, plus innovantes. Mais cette valorisation ne peut pas se faire en surface, elle doit s'attaquer aux racines, à la façon dont les femmes se perçoivent elles-mêmes, se limitent elles-mêmes, ou au contraire se révèlent. C'est ce travail de fond qui m'intéresse, à travers l'écriture comme à travers mon activité professionnelle.

Aujourd'hui, les femmes occupent une grande place dans le monde littéraire...

C'est une évolution formidable et nécessaire, même si le chemin reste long, surtout pour les voix africaines. Ce qui me réjouit particulièrement, c'est de voir émerger des femmes qui écrivent non pas pour répondre à un regard extérieur, mais pour se raconter elles-mêmes, à partir de leurs propres codes culturels, de leurs propres langues, de leurs propres réalités. La littérature africaine féminine est en train de construire un espace de parole inédit et je crois qu'elle a un rôle thérapeutique et social considérable à jouer, notamment sur le continent. Pour ma part, je vois l'écriture comme un prolongement naturel de mon travail sur le capital humain : les mots bien posés changent les mentalités, libèrent des énergies, ouvrent des possibles.

Votre pays d'origine, la Guinée, est un grand grenier de culture. La lecture y occupe-t-elle une place prépondérante ?

La Guinée est effectivement un pays d'une richesse culturelle extraordinaire, ses traditions orales, sa diversité ethnique, sa musique, sa spiritualité constituent un patrimoine inestimable. Mais il faut être honnête : la culture de la lecture écrite reste encore à développer, notamment en raison des défis d'accès à l'éducation et de la vitalité de la tradition orale qui reste première dans beaucoup de communautés. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles j'ai écrit "Elle se lève" de la façon dont je l'ai fait, avec des histoires, des personnages, un langage accessible, parce que chez nous, on entre dans les vérités par les récits avant d'entrer par les concepts. J'ai des projets orientés vers la Guinée justement, parce que je crois que ce livre, comme d'autres initiatives autour de la formation et de l'accompagnement des femmes, peut avoir un impact réel sur le terrain. Il y a un travail immense à faire, et je veux y contribuer.

Le mot de la fin... 

Je voudrais dire à toutes les femmes qui liront cet entretien en Guinée, au Sénégal, en France, partout où elles sont qu'"Elle se lève" est pour elles. Pas pour leur dire quoi faire ni comment être. Mais pour leur rappeler quelque chose d'essentiel : elles existent. Elles comptent. Et leurs rêves méritent autant d'attention que les rêves de ceux qu'elles servent chaque jour. Merci à Seneweb et à Alioune Badara Mané pour cet espace de parole précieux. Et à très bientôt.

Entretien realisé par Alioune Badara Mané

Auteur: Entretien realisé par Alioune Badara Mané
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Commentaires (9)

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    contradiction ⭐ Top commentaire il y a 5 mois
    si c'est en France que vous vous réveillez tous les jours après y avoir fait vos études et fait le choix d'y rester vivre, comment pouvez vous parler aux femmes africaines (dont la majeure partie ne savent pas lire ce que vous avez écrit) espérer être entendue, prétendre porter leur voix, et contribuer à faire évoluer leur situation. Loin des réalités qu'elles vivent au quotidien. Dans les salons climatisés ou chauffés du Nord. C'est contradictoire ! C'est aberrant ! Tenez vous en au droit, ressources humaines et votre quotidien en France !
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    Contradiction vous aussi il y a 5 mois
    Si vous êtes en Guinée Sénégal... ,Pourquoi vous n’ecrivez pas dans votre langue maternelle? , Merci de nous éclaircir et bonne journée
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    vérité absolue il y a 5 mois
    Restez africaines avec vos valeurs traditionnelles et religieuses ,c'est mieux ,au lieu de singer des occidentaux au point de devenir des singes. Ces gens que vous imitez n'ont rien à faire avec votre africanité. La religion musulmane a déjà traité la femme comme une princesse si on applique bien les versets du coran et les hadiths du prophète. La femme n'est femme que si elle accepte son statut de femme mais dès qu'elle rêve toujours de rivaliser avec l'homme ou de se mettre au premier plan, elle se transforme subitement en guenon. la vie n'est pas une course au pouvoir à la richesse et à la rivalité. Si les femmes ne pensent qu'à cela,elles mèneront une ville infernale ici bas et dans l'au delà parce qu'elles n'auront pas le temps de valoriser leur vie pour en profiter ensuite dans l'autre monde
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    Djenabou BARRY il y a 5 mois
    "Félicitation pour ton livre ! Je l ai énormement apprécié. En tant que femme,mère et femme forte africaine, je me suis vraiment reconnue. Bravo encore pour ce beau projet!"😘
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    Contradiction vous aussi il y a 5 mois
    Quand à Madame Condé, Grand Bravo pour avoir le courage de questionner nos références culturelles avec plein d’humanisme.
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    Nathalie Oquidant il y a 4 mois
    Je suis une ancienne professeur de votre fille,je vous félicite de cette éxploit et toutes femme africaine le mériterai.
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    Valerie staliart il y a 4 mois
    Bravo! Je suis congolaise et je sais très bien ce que voys voukez montrez il faut des gens comme vous dans la vie de tous les jours.
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    Alice vereghen il y a 4 mois
    Je suis la mère d’une ami de votre fille fatima . Votre fille fatima m’a parler de votre livre et je ne suis pas africaine mais je comprend très vien ce que vous voulez dire

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