Macky Sall à l’ONU : candidature ou blanchiment ?
Le président Macky Sall a retiré, samedi dernier, sa candidature au poste de secrétaire général de l’ONU. L’ancien chef de l’État sénégalais déclare vouloir privilégier un candidat de consensus. L’argument est commode pour quelqu’un qui n’avait aucune perspective lui permettant d’espérer une victoire. En effet, dans tous les votes, il a été placé parmi les derniers. L’échec était donc une évidence. En retirant sa candidature, Macky Sall a fait preuve de lucidité finale, pour ne pas dire tardive. Mais comme le dit le proverbe, mieux vaut tard que jamais.
Mais peut-être bien que l’enjeu était ailleurs. Cette candidature n’en était peut-être pas une, mais juste une stratégie de blanchiment d’un parcours. Dans sa réaction, Aliou Sall, le frère de Macky Sall, déclare que « c’est déjà une grande victoire que de figurer parmi les cinq personnalités au monde susceptibles d’être élues à la tête des Nations unies ». La candidature aurait donc pour objectif de soigner son image après cette répression meurtrière et, en même temps, de se donner une influence mondiale dont on ne dispose pas. Peu importe le résultat, l’essentiel est d’avoir mis dans la tête des autres qu’il a la stature d’un secrétaire général de l’ONU. On peut même faire tout un développement sur ce « machin » appelé l’ONU et sur l’influence de celui qui est à sa tête.
En vérité, le combat n’aurait jamais dû être engagé, car Macky Sall n’avait aucune chance de devenir secrétaire général de l’ONU. Au-delà du fait que les candidatures féminines et celles issues de l’Amérique du Sud étaient mieux placées, pour des raisons de convenance, les germes de la déroute étaient dans la candidature intrinsèque de Macky Sall. Pour être secrétaire général de l’ONU, il faut disposer de solides soutiens, d’un bon réseau diplomatique, sans compter son crédit personnel.
Or, de quel réseau dispose Macky Sall pour espérer arriver à ce poste ? Sa candidature n’étant portée au début ni par l’Union africaine ni par son pays, il devenait de facto le candidat burundais, un pays qui dispose de très peu d’influence. Malgré tous les efforts pour rallier le continent, cette candidature n’a jamais été africaine. Il restait à Macky Sall de compter sur son réseau personnel. Or, la vérité est que ce réseau n’est pas dense. Pour s’en convaincre, il suffit de voir son bilan diplomatique.
Il est vrai que, lors de sa présidence tournante de l’Union africaine, il a fait preuve de volontarisme en abordant beaucoup de sujets d’importance capitale. Il s’est rendu à Moscou pour rencontrer le président russe Vladimir Poutine afin que la guerre ne soit pas un obstacle à l’acheminement des céréales, car ce serait un désastre pour les pays africains. Mais le résultat a été mitigé. L’homme s’est engagé sur des points majeurs comme l’obtention d’un poste de membre permanent pour l’Afrique au Conseil de sécurité de l’ONU. Il s’est également illustré sur la question de la finance mondiale, ce qui l’a amené à encourager la création de l’Agence africaine de notation.
Mais si sa voix a porté sur tous ces sujets, c’est parce qu’il était le président de l’Union africaine. Il incarnait la voix du continent. Une fois ce mandat terminé, il redevenait le président d’un petit pays dénommé le Sénégal, même si on aime chanter son influence diplomatique par le passé. Justement, regardons ce passé diplomatique récent. En tant que président sénégalais, Macky Sall a porté la candidature du Pr Abdoulaye Bathily à la présidence de la Commission de l’UA. L’avion présidentiel et tous les moyens diplomatiques ont été mis à sa disposition. Mais à l’arrivée, le Sénégal s’est fait laminer par le Tchad d’Idriss Déby Itno. Moussa Faki Mahamat a été élu aux dépens de Bathily.
Durant le magistère de Macky Sall, le Sénégal n’a occupé aucun poste d’envergure sur le continent, ni à la Banque africaine de développement ni à la Commission de la CEDEAO. Les quelques succès se sont plutôt limités à l’espace UEMOA. Se pose dès lors une question : comment un président qui ne peut pas faire gagner le poste de président de la Commission de l’UA peut-il prétendre disposer du réseau d’influence nécessaire pour devenir secrétaire général de l’ONU ? Le soutien tardif de son pays n’a rien apporté. Et il était clair que la diplomatie de Pastef-Kiiray, qui a elle aussi perdu la présidence de la BAD, ne pouvait apporter la moindre plus-value à l’ONU.
Macky Sall pensait certainement pouvoir compter sur Paris. Erreur de calcul ! La France, qui s’est réduite à une puissance africaine, est aujourd’hui sur le déclin. La France et l’Europe ne pèsent plus à l’échelle internationale. Et les guerres en Ukraine et en Iran en sont la parfaite illustration. Dans le premier cas, les Européens dépendent des Américains pour assurer leur protection ; dans le second, ils sont de simples spectateurs. À cette réalité structurelle s’ajoute une autre, conjoncturelle : le soutien de la France est avant tout celui d’un président français impopulaire et sur le départ, un président qui peine à gérer la situation interne de son pays et qui reste sans réussite sur les grands dossiers en Europe.
Au plan politique, Macky Sall est tout sauf le bon exemple. En tant que président, il a réprimé dans le sang les manifestations entre 2021 et 2024. Si certains pensent que la pression se justifiait par l’opposition qu’il avait en face de lui, revenons alors aux cas de Karim Wade et de Khalifa Sall. Wade fils a été condamné en 2015 pour enrichissement illicite, avec une amende de 138 milliards. Il sera gracié par Macky Sall, qui décide ainsi de renoncer à une somme aussi importante.
Et c’est ce même chef d’État qui, en 2018, poursuit Khalifa Sall en justice pour 1,8 milliard. Comment expliquer qu’un président renonce à 138 milliards pour se lancer à la recherche de 1,8 milliard ? L’explication est naturellement dans la volonté d’éliminer un adversaire à la présidentielle. Ce qui a été fait. Et immédiatement après sa « victoire » en 2019, Macky Sall a gracié Khalifa, qui n’était pas demandeur.
Cette condamnation a totalement modifié la trajectoire politique de Khalifa Sall. En ayant fait preuve de courage face aux marchands tabliers, notamment à Sandaga, l’ancien maire de Dakar avait fortement gagné en notoriété. Sa condamnation, suivie de sa révocation de la municipalité de Dakar, a précipité sa chute politique. Et en 2024, Macky Sall en a fait autant avec Ousmane Sonko. Une chose est sûre : si Wade avait agi comme lui, il ne serait jamais devenu président. À ce bilan de Macky s’ajoutent la tentative de report de l’élection présidentielle en 2024, sans compter le troisième mandat auquel il a renoncé sous la pression et non de son plein gré, comme il le prétend. Pour s’en convaincre, il suffit de juger le traitement qui a été réservé à ceux qui se sont exprimés contre cette candidature et le sort de ceux qui ont voulu la porter. Les premiers ont été sanctionnés et les seconds adoubés.
Et c’est ce « démocrate » qui aspire à diriger l’ONU. Peut-être à raison, car après tout, l’ONU est aussi une jungle où les forts écrasent les faibles sans aucune autre forme de procès.
Commentaires (14)
À l’horizon des six prochains mois, la vie politique française pourrait connaître une nouvelle phase de recomposition, susceptible de marquer la fin du cycle de pouvoir incarné par Emmanuel Macron. Une telle évolution ne manquerait pas d’avoir des répercussions sur les relations politiques et diplomatiques entretenues avec certains dirigeants africains, dont les stratégies et les alliances pourraient être amenées à se redéfinir face aux nouvelles réalités politiques.
Au-delà des frontières nationales, une dynamique de transformation portée par la jeunesse mondiale semble remettre en question les fondements traditionnels de l’autorité, les pratiques institutionnelles héritées du passé et les mécanismes de légitimation du pouvoir. Cette aspiration au changement traduit une exigence croissante de responsabilité, de transparence, de justice et de participation citoyenne.
Dès lors, les modèles de gouvernance fondés sur la personnalisation du pouvoir, la manipulation de l’opinion ou la démagogie apparaissent de plus en plus fragilisés. Les sociétés contemporaines expriment une volonté de rupture avec les pratiques politiques qui ne répondent plus aux aspirations profondes des peuples.
L’enjeu historique ne réside donc pas uniquement dans l’alternance des dirigeants, mais dans la transformation durable de la conception même du pouvoir. Car aucune autorité ne peut prétendre à une légitimité pérenne si elle ne repose sur la confiance des citoyens, le respect des institutions et la capacité à répondre aux exigences de son époque.
En définitive, la jeunesse mondiale ne revendique pas seulement un changement de gouvernants : elle interpelle les consciences, remet en cause les certitudes établies et pose une question fondamentale à nos systèmes politiques : le pouvoir doit-il continuer à se perpétuer pour lui-même, ou doit-il enfin se mettre pleinement au service des peuples ?
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