« J'ai milité pour Ousmane Sonko » : Les confidences sans filtre du rappeur PPS the Writah
Figure incontournable du rap galsen et triple lauréat du prix du Meilleur lyriciste, PPS the Writah se livre sans concession dans cet entretien accordé à Seneweb. De ses débuts discrets à sa reconnaissance internationale, le rappeur et graffeur aborde son processus d'écriture, les tabous de son art, son engagement politique aux côtés d'Ousmane Sonko ainsi que son rôle de mentor auprès de la jeunesse à travers SKM La Fabrik. L'artiste s'apprête également à célébrer les 15 ans de son premier projet solo, la X-Tape, lors d'un concert gratuit prévu le 14 novembre.
Vous avez une très belle plume. Comment construisez-vous vos textes : écrivez-vous sur du papier, dans vos notes ou directement dans votre tête en écoutant l'instrumental ?
Au début de ma carrière, j'écrivais d'abord le texte, puis j'essayais de trouver une instru adaptée ou de la faire composer si les moyens le permettaient. Avec l'expérience, j'ai compris toute l'importance de la mélodie et j'ai appris à écrire directement sur la musique. Quant au support, j'écris partout : sur du papier, dans les notes de mon téléphone ou parfois de mémoire, selon l'inspiration du moment.
Cherchez-vous d'abord une mélodie ou un flow, ou le message vient-il en premier ?
La mélodie est l'élément le plus captivant dans la structure d'une chanson, mais dans mon processus créatif, elle vient se poser au service du message, qui reste la priorité.
Quel est le morceau de votre discographie qui a été le plus difficile à finaliser ?
Diw!, la piste 7 de l'album Xaatim ak Kallama. C'est une chanson qui a demandé au moins deux ans de travail entre New York et Rufisque. Sa réalisation a nécessité tellement d'énergie et de ressources que nous n'avons même pas pu la concrétiser par un clip.
Quel est le pire conseil qu'on vous ait donné au tout début de votre carrière ?
Qu'un rappeur ne devait surtout pas chanter l'amour (« rappeur du way mbëggeel »).
Quel est votre meilleur souvenir lié à un concert ou à un enregistrement en studio ?
J'ai eu la chance de fouler énormément de scènes au Sénégal et à travers le monde, mais ma prestation au Festival L'Boulevard en 2015 à Casablanca reste la plus marquante. Plus de 30 000 personnes, une ambiance électrique et une belle rencontre avec Youssoupha.
Selon vous, qu'est-ce qui fait la différence entre un bon titre éphémère et un classique intemporel ?
Un bon titre offre du buzz et des opportunités immédiates. Un classique, lui, résiste à l'épreuve du temps et s'inscrit durablement dans la culture populaire.
Comment gérez-vous le contraste entre la création intime (seul chez vous ou en studio) et l'exposition publique sur les réseaux sociaux ?
Le studio et la scène sont les espaces naturels de l'artiste. Aujourd'hui, un artiste doit aussi se transformer en créateur de contenu pour exister, ce qui peut s'avérer complexe, surtout pour notre génération (les Millennials). Mais c'est une réalité de l'industrie, il faut savoir s'adapter sans y perdre son âme.
S'il y a un artiste, sénégalais ou international, avec qui vous aimeriez absolument collaborer prochainement, ce serait qui ?
J'ai eu l'immense honneur de concrétiser mon rêve en collaborant avec la légende Baaba Maal. Aujourd'hui, la suite logique, mon souhait serait de partager un titre avec Youssou N'Dour.
S'il vous restait un dernier album à écouter, ce serait lequel ?
Boomerang de Daara J.
Une dernière chanson à écouter ?
What a Wonderful World de Louis Armstrong.
Y a-t-il une chanson qui a créé un déclic et vous a poussé à devenir rappeur ? Si oui, laquelle ?
Boul Falé du Positive Black Soul.
Qu'est-ce que cela vous fait qu'on vous compare à Youssoupha ? Est-ce une validation de votre talent, ou cela vous pousse-t-il à redoubler d'efforts ?
Je n'ai jamais été très friand des comparaisons. À mes débuts, on me comparait à Keyti, puis à Youssoupha, deux artistes que j'apprécie et respecte énormément. Ce parallèle vient sans doute de la rigueur que nous mettons dans l'écriture et de cette volonté commune de nourrir la culture hip-hop en profondeur.
Le titre de meilleur lyriciste vous a été attribué en 2019, 2020 et 2021. Comment un artiste doit-il accueillir ce genre de distinctions ?
Avec beaucoup d'honneur et d'humilité, car le Sénégal regorge de plumes exceptionnelles. J'avais déjà remporté le prix du Meilleur Album en 2015 et du Meilleur Featuring en 2016, mais être sacré Meilleur Lyriciste trois années consécutives reste l'une de mes plus grandes fiertés.
Ces distinctions ont-elles conforté, changé ou amélioré votre style d'écriture ?
C'est un bel encouragement qui fait toujours plaisir, mais cela ne change pas ma ligne directrice. Je sais exactement qui je suis artistiquement et ma méthode d'écriture est déjà bien ancrée.
Vos thèmes évoluent-ils selon les épreuves quotidiennes ? Par exemple, une déception amoureuse pourrait-elle façonner le thème de votre prochaine œuvre ?
Ma plume est le miroir de mon quotidien, de mes joies, de mes peines et de mon environnement. Une déception amoureuse pourrait très bien faire l'objet d'un morceau sous forme de storytelling, mais ce ne serait pas mon histoire personnelle, car je suis marié à une reine, Mashallah.
Le graffiti et le rap entretiennent des liens étroits. Comment le vôtre influe-t-il sur votre musique et vice-versa ?
J'ai d'abord été connu comme artiste graffeur, notamment en tant que membre fondateur du collectif Amoniak. Ce sont d'ailleurs les fresques et les contrats de graffiti qui ont financé ma formation en infographie après mes années à l'UCAD. Même si je ne pratique plus activement au quotidien, je garde cet esprit : je serai toujours un activiste de la culture hip-hop.
Vous avez rappé de 1993 à 2011 avant d'être révélé au grand public. Quel message d'encouragement lancez-vous aux jeunes artistes qui peinent à tirer leur épingle du jeu ?
La carrière artistique n'est pas une course de vitesse, c'est un marathon. Votre seul véritable concurrent, c'est vous-même. Croyez en vos rêves et soyez prêts à fournir les efforts nécessaires pour les réaliser. Avec de la volonté, du travail et de la bienveillance, la persévérance finit toujours par payer.
Que pensez-vous des rappeurs qui évoluent dans le mbalax en même temps ? Est-ce de la polyvalence ou une dénaturation du rap ?
Il faut lever l'ambiguïté : le rap est une forme d'expression orale, ce que l'on débite, tandis que la musique qui l'accompagne peut emprunter toutes les sonorités, du boom-bap classique à la drill, en passant par le mbalax ou le rambax. Le rap galsen gagne à s'approprier nos propres couleurs culturelles et musicales.
En quoi le rap a-t-il révolutionné la culture sénégalaise ?
Le hip-hop galsen a révolutionné la culture sénégalaise à tous les niveaux : de la production audio (via la MAO) à la réalisation vidéo, grâce à des pionniers comme Gelongal ou Iris AV. Aujourd'hui, les artistes mbalax ont adopté nos codes vestimentaires, notre jargon, et font souvent appel à nos ghostwriters et à nos beatmakers, sans oublier l'impulsion décisive que le hip-hop a donnée à la digitalisation de la musique sénégalaise.
Vous avez dit avoir milité pour Ousmane Sonko. Êtes-vous déçu de la situation actuelle du pays et quel regard portez-vous sur les évolutions politiques ?
Beaucoup d'entre nous ont pu ressentir de la déception face aux tensions et aux divisions actuelles, car le peuple sénégalais a payé un lourd tribut pour le changement. Mais malgré les conditions très difficiles actuellement, il ne faut pas se décourager : le combat pour un Sénégal souverain, juste et prospère est un processus de longue haleine qui ne fait que commencer.
Expliquez-nous comment s'organisent les formations que vous proposez pour accompagner les jeunes talents
À travers Sunu Kaddu (Arts & Community), une organisation créée en 2014, nous utilisons les industries culturelles et créatives (ICC) comme leviers de transformation sociale. Nos actions s'articulent autour de l'événementiel (La Loge des Poètes, Rio Fresco Fest, etc.), de la formation (ateliers d'écriture, gestion de projets culturels, production audiovisuelle), de l'engagement social et environnemental (Handischool Day, Ñoo Far School Art Contest, Clean Hop Challenge), ainsi que de l'accompagnement infrastructurel avec l'ouverture du hub créatif 360° SKM La Fabrik, équipé d'un studio d'enregistrement et d'un espace de coworking ouvert à la jeunesse.
Parlez-nous de votre concert rétro à venir
Ce sera un grand moment de communion et de célébration pour toute une génération (2007–2012). C'est un concert gratuit offert au public du rap galsen, en partenariat avec la Place des cultures urbaines et l'association Impact Sénégal. Le samedi 14 novembre, la X-Tape (mon tout premier projet solo) fêtera ses 15 ans, et nous invitons tout le Sénégal à venir célébrer cet anniversaire historique avec nous à la Place des cultures urbaines (Patte d'Oie).
Commentaires (8)
Vous êtes les premiers ennemis de sonko.
Si je ne connaissais pas sonko, rien que votre façon de vous adresser à vos autres compatriotes me le ferais DÉTESTER.
T'as vu le commentaire auquel j'ai répondu ?
Ce commentaire ne te pose pas de problème mais la réponse qui est en rien insultante te pose problème.
Tu sais comment on appelle ça? de l'hypocrisie.
Ce genre de réaction ne m’étonne pas venant de la grande majorité des partisans ou sympathisants de sonko.
Au moment où je réponds, SEUL votre commentaire apparaissait sur le site.
Pour être crédible, il vous faudra, comme bcp de gens comme vous, travailler votre ÉDUCATION.
Et crois moi jusqu'à présent je suis très modéré dans mes reponses au vu de tes interventions carrément irrespectueuses
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