Fleuve Sénégal entre crue et décrue : En 2025, on fuyait l'eau. En 2026, on la cherche. Le constat d'une année atypique
Le dernier bulletin hydrologique BRE-SL résume bien la situation actuelle sur le fleuve Sénégal. On remarque une montée des eaux qui ne se fait pas vraiment sentir et une baisse qui commence trop tôt.
Un paradoxe frappant
Ce matin à 8 h, les niveaux augmentent sur les affluents. À Kidira, la Falémé est passée de 6,67 m hier à 7,55 m ce matin, soit une hausse de 88 cm. À Oualia, le Bakoye est monté de 4,49 m à 4,83 m, un gain de 34 cm.
Cependant, sur le cours principal au Nord-Est, les niveaux descendent. À Bakel, l'eau est passée de 7,43 m hier à 7,38 m aujourd'hui, une baisse de 5 cm. À Matam, la diminution est plus importante : de 6,99 m à 6,70 m, soit 29 cm en moins.
Plus en aval, une légère augmentation reprend : Podor atteint 3,99 m, soit 5 cm de plus ; Richard-Toll est à 2,79 m avec un léger gain de 1 cm ; et Saint-Louis affiche 1,25 m.
Aucune station n'est actuellement en alerte. C'est le point crucial. Pour rappel, les cotes d'alerte sont : Bakel à 10 m, Matam à 8 m, Podor à 5 m, Richard-Toll à 3,35 m et Saint-Louis à 1,75 m.
Retour en 2025 : l'année où l'on fuyait l'eau
Pour saisir la situation en 2026, il faut revenir sur l'année précédente. En 2025 à la même période, Bakel affichait un niveau de 11,24 m contre 7,38 m aujourd'hui. Matam était à 8,76 m contre les 6,70 m d'aujourd'hui, dépassant alors son seuil d'alerte.
En septembre 2025, le niveau à Bakel avait dépassé les 10,46 m. Les familles de Ballou et Arounda avaient été relogées dans des écoles et l'OMVS avait annoncé un débit critique atteignant entre 3 884 et 5 014 m3/s à Bakel avec un seuil critique de 11 m. Une vigilance rouge était en place de Bakel à Matam.
2026 : l'année où l'on cherche l'eau. Le rôle des barrages
Les barrages révèlent les raisons de cette année atypique. À Manantali, ce matin, le Bafing affiche un niveau de 206,61 m contre les 208,23 m de 2025. Ce chiffre se situe sous le niveau normal de 208,05 m et loin du niveau exceptionnel à 211 m. Le débit turbiné est seulement de 179 m3/s. La réserve n'a pas été remplie et on économise l'eau.
À Diama, en aval, on fait pourtant de la place. Le niveau est à 2,17 m face à 1,5 m en 2025. Cependant, le débit lâché n'est que de 1095 m3/s par rapport aux 1727 m3/s de l'année dernière. Selon la Brigade, le niveau amont est abaissé pour accueillir la crue sans grande conséquence sur Saint-Louis. Ce processus permet de diriger les eaux vers Saint-Louis et l'embouchure.
Deux approches opposées pour gérer la même année sèche. Manantali retient l'eau tandis que Diama libère de l'espace pour évacuer l'onde venue des affluents et protéger Saint-Louis qui reste sous son seuil d'alerte.
Entre crue et décrue : le défi agricole
Nous ne sommes ni dans une crue dangereuse ni dans une sécheresse complète. C'est un équilibre délicat. Les affluents en amont offrent un surplus d'eau, mais le fleuve principal a déjà commencé sa décrue. D'où la décision prise à Matam de lancer immédiatement une contre-saison avec des semences à cycle court, dont le maïs hybride.
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