Enceinte d’un client : Une prostituée interrompt une grossesse gémellaire et jette les fœtus dans une fosse
Le renseignement anonyme reçu le 28 août dernier par le commissariat d’arrondissement de Dalifort devait conduire les enquêteurs sur la piste d’un réseau présumé de proxénétisme à la cité Soleil de Dalifort. Mais l’enquête a abouti à une affaire d’avortement clandestin portant sur une grossesse gémellaire.
L’histoire incrimine R. Diallo, 28 ans, se disant prostituée. Selon ses déclarations, elle est tombée enceinte après la rupture d’un préservatif lors d’un rapport avec un client. Confrontée à cette grossesse, elle aurait décidé de l’interrompre.
D’après l’enquête, R. Diallo a été mise en contact avec M. Diatta, présenté comme un employé de l’hôpital de Pikine, sur recommandation d'A. Ndiaye. Celle-ci lui aurait proposé des médicaments destinés à provoquer l’interruption de la grossesse pour 100 000 F CFA. R. Diallo affirme avoir versé une avance de 30 000 F CFA. L’avortement clandestin aurait été pratiqué au mois de juillet 2026. La jeune femme reconnaît avoir pris les médicaments abortifs fournis par M. Diatta. L’audition de plusieurs témoins a conforté ce récit.
S. Ngom a déclaré avoir appris d'A. Senghor que R. Diallo saignait et qu’un individu avait été sollicité pour provoquer l’interruption de sa grossesse. W. Diouf a affirmé, pour sa part, que Senghor lui a parlé d’une grossesse gémellaire interrompue après l’achat de médicaments à Keur Serigne Bi.
Selon les aveux de R. Diallo, les deux fœtus issus de la grossesse interrompue ont été placés dans un sachet. Elle aurait ensuite chargé K. Senghor, la jeune sœur de A. Senghor, de s’en débarrasser.
Entendue comme témoin, K. Senghor, âgée de 15 ans, a confirmé avoir jeté le sachet dans une fosse ou un caniveau situé à proximité du domicile. Elle aurait ensuite nettoyé les traces de sang.
Les policiers ont également procédé à une perquisition de l’immeuble occupé par A. Senghor. Si aucun fœtus n’a été retrouvé, les enquêteurs ont recueilli plusieurs témoignages concordants sur les circonstances alléguées de l’avortement.
Pour avoir le cœur net, les limiers ont adressé une réquisition au centre de santé Nabil Choucair aux fins d’un examen anatomo-pathologique concernant Ramatoulaye Diallo. Les résultats de ces examens pourraient être déterminants pour la suite de la procédure, notamment concernant la réalité et les circonstances de l’interruption de grossesse alléguée.
M. Diatta, présenté comme le fournisseur des médicaments abortifs, est en fuite.
Sur le proxénétisme
L’enquête ne se limite toutefois pas à l’interruption de grossesse. La police soupçonne Amy Senghor, 42 ans, de diriger un réseau de proxénétisme opérant depuis la cité Soleil. Elle aurait employé R. Diallo et A. Ndiaye comme prostituées et réceptionné les appels des clients.
Son époux, D. Fall, 47 ans, est également poursuivi pour sa participation présumée à l’exploitation d’un débit de boissons clandestin et de machines à sous. La perquisition a permis de saisir des boissons alcoolisées et deux machines à sous au domicile. Plus tard, quatre autres appareils ont été saisis chez Charles Moïse Gomez, alias « Thiadj », interpellé le 31 août et présenté comme le propriétaire des machines.
Au terme de l’enquête, A. Senghor, R. Diallo, A. Ndiaye et D. Fall ont été conduits au parquet de Pikine-Guédiawaye. Ils ont tous été placés, le 31 août dernier, sous mandat de dépôt. L’affaire serait jugée devant le tribunal des flagrants délits pour des faits de proxénétisme, d’exploitation d’un débit de boissons alcoolisées sans autorisation administrative, d’avortement et de complicité d’avortement, ainsi que pour défaut de carnet sanitaire.
Doudou DIOP
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