« On ne décrète pas des emplois » : La mise en garde de Chérif Salif Sy contre les chimères politiques
Invité de l’émission Le Jury du dimanche (JDD), l’économiste Chérif Salif Sy défend une approche stratégique et chiffrée de la création d’emplois. Pour lui, les annonces de milliers de recrutements ne peuvent tenir lieu de politique économique. L’emploi doit découler d’une stratégie de développement, d’une évaluation des besoins des secteurs productifs et d’une anticipation des compétences nécessaires.
Au Sénégal, la création d’emplois revient régulièrement au cœur des promesses politiques. À chaque échéance électorale, les annonces de dizaines, voire de centaines de milliers de postes alimentent les attentes d’une jeunesse confrontée au chômage et à la précarité. Mais pour l’économiste Chérif Salif Sy, cette approche ne saurait remplacer une véritable stratégie de développement économique. Invité de l’émission Le Jury du dimanche (JDD), il plaide pour une politique de l’emploi fondée sur les réalités du tissu économique, la planification et des données chiffrées. L’enjeu, selon cette approche, est de sortir d’une logique de volontarisme politique pour déterminer les conditions réelles de création d’emplois durables.
L’emploi ne se décrète pas
La création d’emplois ne peut reposer sur de simples annonces de recrutement. Dans le secteur privé, les entreprises embauchent en fonction de leurs besoins de production, de leurs perspectives de croissance et de leurs capacités financières. Imposer des recrutements sans tenir compte de ces paramètres risque de fragiliser les entreprises au lieu de renforcer leur développement. Une politique de l’emploi efficace doit donc s’appuyer sur la capacité des activités économiques à générer des postes durables. Le rôle de l’État reste néanmoins déterminant : il lui revient de créer un environnement favorable à l’investissement, de soutenir les entreprises et d’orienter les politiques publiques vers les secteurs capables de produire davantage de richesses et d’absorber une main-d’œuvre croissante.
Chiffrer les besoins pour sortir des annonces globales
Pour définir des objectifs réalistes, il faut d’abord disposer d’une stratégie nationale de développement économique et social. Celle-ci doit permettre d’identifier les secteurs prioritaires et d’évaluer leurs besoins en ressources humaines. L’agriculture, l’industrie de transformation et les services ne présentent ni les mêmes coûts d’investissement ni les mêmes exigences en matière de qualifications. La création d’un emploi dans chacun de ces secteurs suppose des moyens, des infrastructures et des compétences spécifiques. D’où la nécessité d’un travail statistique et méthodologique rigoureux pour mesurer le coût de création d’un poste, déterminer les investissements nécessaires et estimer les capacités d’absorption de chaque branche de l’économie. Une telle démarche permettrait de passer des objectifs politiques généraux à une programmation sectorielle, assortie d’indicateurs permettant de mesurer les résultats obtenus.
Anticiper les métiers et former les jeunes
La réflexion sur l’emploi doit également intégrer les transformations technologiques et l’évolution des besoins des entreprises. Les technologies de l’information et de la communication modifient les métiers, les qualifications recherchées et les conditions de production.
Dans ce contexte, la formation des jeunes constitue un enjeu central. Il ne suffit pas de multiplier les dispositifs d’insertion : il faut aussi veiller à ce que les compétences acquises correspondent aux besoins actuels et futurs de l’économie. Cela implique de renforcer la formation technique et professionnelle, de soutenir les entreprises existantes et de mieux articuler les politiques éducatives avec les perspectives de développement des territoires. L’anticipation des besoins en compétences devient ainsi un levier essentiel pour réduire les décalages entre formation et emploi, tout en améliorant la productivité des entreprises.
Investir dans les capacités productives
Au-delà des chiffres annoncés, l’objectif est de construire une économie capable de créer durablement des emplois et de produire de la valeur. Cette ambition repose sur des entreprises solides, des compétences techniques de haut niveau et des investissements productifs. La souveraineté économique ne peut se limiter à la maîtrise des discours et des objectifs. Elle suppose de renforcer les capacités nationales de production, de développer le tissu entrepreneurial et de réduire les vulnérabilités liées à la dépendance financière. Cette transformation nécessite une collaboration étroite entre l’État, le secteur privé et le monde universitaire. Les pouvoirs publics doivent définir les orientations et créer un environnement propice à l’investissement ; les entreprises doivent développer les activités productives ; les universités et les centres de recherche doivent contribuer à la formation et à l’anticipation des mutations économiques. Pour Chérif Salif Sy, la création d’emplois doit ainsi s’inscrire dans une vision cohérente du développement. L’enjeu n’est pas seulement de promettre des milliers de postes, mais de bâtir les conditions économiques qui permettront de les créer durablement.
Commentaires (3)
Il y'a TROP de jeunes qui arrivent chaque année sur le marché de l'emploi (+ de 200.000). Le Sénégal ne peut pas résoudre le problème de l'emploi dans les 20 années à venir.
Il faut AVANT TOUT limiter drastiquement les naissances. C'est ce que la Chine a fait dans les années 70'. Il y était interdit d'avoir plus d'un enfant.
Sans cela tous les plans de développement sont voués à l'échec.
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