« 48 h de grève du Sames : une situation regrettable » (Dr Doudou SAGNA)
Le président de la République accorde une place primordiale au dialogue et à la concertation dans tous les secteurs, y compris celui de la santé. Nous invitons le ministère de la Santé à être plus attentif aux préoccupations des acteurs de la santé.
Nous invitons le Gouvernement à être plus attentif aux préoccupations des professionnels de la santé et à tenir ses engagements.
Le secteur de la santé est confronté à plusieurs crises. Cette situation ne date pas de l’avènement du nouveau régime. Elle a été héritée en grande partie des gouvernements précédents. Les revendications syndicales pour l’amélioration des conditions de travail, les questions de gouvernance sanitaire et les difficultés liées aux recrutements dans la fonction publique sont autant de problématiques qui touchent le secteur.
Un droit constitutionnel — article 25
La Constitution du Sénégal reconnaît le droit de grève. L’article 25 dispose notamment : « Le droit de grève est reconnu. Il s’exerce dans le cadre des lois qui le régissent. Il ne peut en aucun cas ni porter atteinte à la liberté de travail, ni mettre l’entreprise en péril. »
Le même article reconnaît au travailleur le droit d’adhérer à un syndicat et de défendre ses droits par l’action syndicale, ainsi que la liberté de créer des associations syndicales ou professionnelles.
Ainsi, l’exercice du droit de grève constitue un droit constitutionnel des travailleurs. Il doit toutefois être exercé dans le respect des lois qui l’encadrent et des exigences liées à la continuité des activités essentielles.
Les difficultés persistantes du système de santé
Nul n’ignore que le système de santé souffre. La qualité des soins offerts n’est pas toujours à la hauteur des attentes dans nos hôpitaux. L’accueil n’est pas toujours chaleureux et peut même, parfois, être difficile. Les rendez-vous médicaux sont parfois très éloignés et les urgences souvent saturées. Les outils d’aide au diagnostic manquent, notamment les scanners et les IRM. Les malades supportent le coût élevé des soins à l’hôpital et n’obtiennent pas toujours les résultats escomptés.
« Pour un professionnel de santé, aller en grève est un choix difficile, mais parfois nécessaire ».
Les revendications du SAMES sont légitimes
Comme tout syndicat, le SAMES (Syndicat autonome des médecins, pharmaciens et chirurgiens-dentistes) défend les intérêts physiques et moraux de ses travailleurs. Il peut recourir à la grève lorsque les intérêts des travailleurs affiliés sont menacés, dans le respect du cadre légal.
Les revendications émises sont légitimes. Elles sont les suivantes :
• Le recrutement obligatoire de tout médecin, pharmacien et chirurgien-dentiste pressenti pour servir dans le secteur public, afin de résorber le déficit en ressources humaines et de combler les déserts médicaux.
• Le relèvement à 40 ans de l’âge de titularisation dans le corps des fonctionnaires, en effet les études en médecine durent longtemps, il faut entre 12 à 15 ans d’études post bac pour décrocher une spécialité médicale ou chirurgicale.
• La révision du régime indemnitaire afin de rétablir l’équité dans le traitement salarial des médecins au sein de leur catégorie hiérarchique. Les médecins font partie de la hiérarchie A spéciale et, malgré tout, ils souffrent d’une iniquité dans le traitement salarial par rapport aux autres corps professionnels de la même catégorie.
• La mise en place d’une gestion démocratique et transparente des affectations, fondée sur le guide de mobilité.
• La nomination aux postes de responsabilité dans le système de santé sur la base de critères de compétence et d’expérience, afin d’instaurer la performance et la compétitivité dans les hôpitaux, et non sur des critères de copinage, de partisanerie ou de populisme.
• Sur le plan juridique, les professionnels de santé sont exposés, dans l’exercice quotidien de leur pratique, à des risques pouvant être disciplinaires, pénaux ou administratifs. Il est important de garantir un cadre juridique ou un statut particulier permettant de promouvoir une sécurité et une confiance dans l’exercice de leur fonction
La grève : une situation regrettable ?
Le moment paraît mal choisi. Cette grève pouvait, selon nous, être reportée, voire évitée, pour plusieurs raisons.
• La situation sanitaire du pays est alarmante, notamment avec l’épidémie de diphtérie qui touche plusieurs régions du Sénégal. On dénombre 34 cas, dont 6 décès, soit un taux de létalité de 17,6 %, très élevé pour une maladie évitable par la vaccination. Le personnel de soins doit être davantage mobilisé pour investiguer, dépister, diagnostiquer et traiter les cas. La continuité des soins risque d’être paralysée sur toute l’étendue du territoire pendant 48 h. C’est regrettable, d’autant que le SAMES regroupe pas moins de 3 500 travailleurs de la santé (médecins, pharmaciens et chirurgiens-dentistes).
• Le contexte politique actuel n’est pas favorable à un climat de tension sociale. La grève intervient le jour même de la Déclaration de Politique Générale du Premier ministre, un moment au cours duquel le Premier ministre doit aborder les questions relatives au secteur de la santé, notamment le renforcement du capital humain, avec le recrutement prévu de 2 500 agents, ainsi que les orientations du nouveau Gouvernement concernant : la réforme de la carte sanitaire, la modernisation des infrastructures hospitalières, le relèvement du plateau technique etc.
• Par ailleurs, toutes ces questions et revendicationssont sur la table du Premier Ministre et du Ministre de La santé. Mais un changement de méthode dans la conduite des affaires publiques exige un temps de compréhension, d’analyse et de prise de décision juste.
Une grève paralysant le secteur de la santé pendant 48 heures, qui survient trois mois après l’arrivée d’un nouveau Premier Ministre peut être jugée prématurée. Un moment de grâce devrait être accordé au nouveau Gouvernement, comme pour l’ancien régime.
Pour un dialogue renforcé entre le Gouvernement et les acteurs de la santé
Nous invitons le ministère de tutelle à être davantage à l’écoute des agents du secteur de la santé, à promouvoir le dialogue, la concertation et à rechercher des solutions dans l’intérêt de l’ensemble du système de santé, notamment des prestataires :
• Entamer des discussions franches et sincères avec toutes les corporations syndicales afin d’améliorer durablement le système de santé.
• Renforcer le dialogue social et rechercher des solutions concrètes aux revendications des professionnels de santé.
• Faire du secteur de la santé une priorité et rendre l’action du ministère plus réactive face aux difficultés rencontrées sur le terrain.
Dr Doudou SAGNA, acteur de la Santé,
Membre de KIIRAAY
Référence juridique : Article 25 de la Constitution de la République du Sénégal.
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