Diabète au Sénégal : Face au coût de la maladie, l’ASSAD réclame son intégration dans la CSU
Vivre avec le diabète au Sénégal, c’est aussi devoir affronter une facture médicale qui revient chaque mois, sans perspective de fin. Pour des milliers de malades issus de familles économiquement fragiles, cette dépense permanente menace l’accès régulier aux soins et fragilise davantage des ménages déjà éprouvés.
Face à cette réalité, l’Association sénégalaise de soutien aux diabétiques (ASSAD) demande à l’État d’intégrer le diabète dans la Couverture sanitaire universelle (CSU), afin d’alléger les dépenses des patients et de leur garantir une meilleure protection financière.
Le chiffre avancé par son président, Baye Oumar Guèye, donne la mesure de cette vulnérabilité : 87 % des patients suivis par l’ASSAD seraient issus de familles démunies, voire particulièrement vulnérables. « Aujourd’hui, 87 % de nos patients diabétiques sont issus de familles démunies, pour ne pas dire de familles vulnérables », a-t-il déclaré mercredi à Dakar, lors du lancement officiel de la campagne nationale de sensibilisation et de lutte contre le diabète, placée sous le thème « Diabète au Sénégal : enjeux, défis et perspectives ».
Selon lui, la prise en charge d'un patient atteint de diabète de type 1 sous insuline peut coûter environ 75 000 F CFA par mois. Une somme considérable pour les familles aux revenus modestes, d'autant que les dépenses ne se limitent pas aux médicaments : consultations, examens et éventuelles hospitalisations viennent alourdir la facture. « Quand vous l’avez, vous l’avez toute la vie », rappelle-t-il, soulignant le caractère chronique de cette maladie et la nécessité d'un suivi médical régulier.
Le président de l'ASSAD tient toutefois à rappeler les avancées obtenues au terme de plusieurs années de plaidoyer. Il cite notamment la subvention consacrée à l'insuline, dont l'enveloppe serait passée de 300 millions à plus de 500 millions F CFA. Grâce à ce dispositif, le flacon d'insuline coûte moins de 1 000 F CFA au Sénégal, contre 8 000 à 15 000 F CFA dans certains pays de la sous-région, selon ses indications.
Il évoque également la gratuité de l'insuline et du matériel d'administration pour les enfants diabétiques de type 1 inscrits dans le programme dédié. Des acquis importants qui ne règlent cependant pas toutes les difficultés liées au suivi et aux autres dépenses médicales.
C'est précisément ce que souligne Badara Gaye, vice-président de l'Antenne des jeunes diabétiques de Dakar. Diagnostiqué en 2009, alors qu'il était en classe de seconde, il explique avoir poursuivi ses études et construit son parcours professionnel sans laisser la maladie définir ses ambitions. Comptable de formation, il travaille aujourd'hui chez Wave Mobile Money.
Mais derrière cette résilience, les contraintes liées à la prise en charge restent bien réelles. « Quand on est diabétique, on se doit d'être au niveau de l'hôpital chaque trois mois pour pouvoir faire des bilans et avoir les résultats », explique-t-il.
Or, les longues attentes dans les structures sanitaires finissent parfois par décourager les patients et les éloigner de leurs rendez-vous médicaux. « À la longue, ils ne respectent plus les rendez-vous », déplore-t-il. Une situation préoccupante, puisque l'irrégularité du suivi peut entraîner un déséquilibre de la glycémie et favoriser les complications.
À cette difficulté s'ajoute le coût des analyses. « On vous donne des analyses que vous devez faire chaque trois mois, chaque six mois ; c'est compliqué », témoigne Badara Gaye.
Tous les patients ne disposent pas des mêmes moyens pour assurer ces examens périodiques. La subvention de l'insuline constitue certes une avancée, mais elle ne suffit pas à garantir une prise en charge complète et accessible.
Face à cette situation, l'ASSAD sollicite l'accompagnement du ministère de la Santé pour faire entrer le diabète dans le dispositif de la Couverture sanitaire universelle. Derrière cette revendication se joue une question d'équité : permettre aux personnes vivant avec cette maladie de bénéficier d'une protection financière à la hauteur de leurs besoins, plutôt que de laisser leurs ressources déterminer la régularité de leur traitement.
Au-delà des contraintes financières et hospitalières, le déni et l'ignorance constituent également des obstacles au dépistage et à la prise en charge. « Le déni est un fardeau pour la personne qui est diabétique », alerte le président de l'ASSAD, qui appelle les populations à connaître leur statut pour éviter que la maladie ne soit découverte à un stade déjà compliqué.
Présent à cette rencontre, le professeur Abdoulaye Lèye, endocrinologue-diabétologue à l'hôpital de Pikine, insiste sur l'importance du diagnostic précoce. « Plus tôt vous connaissez votre état, mieux vous pouvez faire face aux éventuelles complications », explique-t-il.
Pour le spécialiste, la prévention ne doit pas attendre l'apparition des premiers symptômes. Elle commence dès la grossesse et se poursuit tout au long de la vie, à travers une alimentation équilibrée, l'activité physique et la maîtrise du poids.
Il met également l'accent sur l'éducation thérapeutique, qui doit associer le patient et son entourage. Comprendre la maladie, adopter les bons comportements et participer activement au suivi médical sont autant de conditions pour limiter les complications et mieux vivre avec le diabète.
Pour Badara Gaye, cette démarche passe aussi par l'accompagnement et le partage d'expérience. Diagnostiqué depuis plus de quinze ans, il encourage les personnes atteintes à ne pas renoncer à leurs projets, mais à apprendre à vivre avec la maladie en respectant les recommandations médicales : honorer les rendez-vous, pratiquer une activité physique régulière et surveiller son alimentation.
Car au-delà de l'accès à l'insuline, le véritable défi reste celui d'une prise en charge continue, qui permet à chaque patient de se soigner sans que ses moyens financiers deviennent un obstacle. Au Sénégal, rendre le traitement accessible ne suffit pas : encore faut-il donner aux diabétiques les moyens de se faire suivre correctement, tout au long de leur vie.
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