Conflit en Casamance : La lecture géopolitique du Général El Hadj Babacar Faye dans sa thèse de Doctorat
Et si la sortie de crise en Casamance passait moins par la seule logique militaire que par une meilleure compréhension des réalités humaines, culturelles et géopolitiques qui nourrissent le conflit ? C’est l’une des principales interrogations au cœur de la thèse de doctorat, soutenue ce lundi, du Général El Hadj Babacar Faye, spécialiste du contre-terrorisme et des opérations de maintien de la paix. Intitulée « Le conflit en Casamance : lecture géopolitique de la sécurité humaine et dynamiques sous-régionales », cette recherche propose de revisiter un conflit vieux de plusieurs décennies à partir d’une approche multidimensionnelle.


Le choix du sujet n’est pas le fruit du hasard. Il est directement lié à l’expérience de terrain de l’officier général. Au cours de ses quarante années de carrière militaire, le Général El Hadj Babacar Faye a effectué plusieurs séjours en Casamance. De Ziguinchor à Kolda, en passant par différentes localités de la région naturelle, il a été confronté à la réalité du conflit et à ses conséquences sur les populations.
Cette immersion lui a permis de constater une réalité qui a progressivement orienté sa réflexion: derrière les affrontements, les revendications et les considérations militaires se trouve une population confrontée à des problèmes quotidiens de sécurité, de développement et de survie. «Je me suis rendu compte que, pour la plupart, les gens ne savaient même pas pourquoi ils se battaient», explique-t-il.
Cette observation constitue l’un des points de départ de sa thèse. Pour le Général Faye, comprendre la crise casamançaise exige de déplacer le regard. Il ne suffit plus de s’interroger sur les acteurs armés ou sur les rapports de force entre l’État et le maquis. Il faut également s’intéresser aux conditions de vie des populations.
La sécurité humaine comme clé de lecture
La notion de sécurité humaine occupe ainsi une place centrale dans la démarche du chercheur. Dans cette perspective, elle ne se résume pas à l’absence de combats ou à la présence des forces de défense et de sécurité. Elle renvoie également à la capacité des populations à vivre dignement (accéder aux soins, se nourrir, disposer d’eau, circuler librement, travailler et évoluer dans un environnement sain).
C’est précisément l’absence ou l’insuffisance de ces conditions qui, selon le Général Faye, peut contribuer à alimenter les frustrations et à fragiliser davantage les populations. La question du développement apparaît dès lors indissociable de celle de la paix. Une politique sécuritaire qui ne s’accompagne pas d’une amélioration concrète des conditions de vie risque de ne pas s’attaquer aux racines profondes de la crise.
La crise ne saurait donc être analysée uniquement à travers des indicateurs économiques ou militaires. Elle doit également être replacée dans son environnement historique et culturel.
Cette dimension rejoint l’analyse du professeur Ibou Sané, professeur titulaire à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis et directeur de thèse du Général Faye. Pour lui, la compréhension du conflit doit intégrer le brassage culturel de la Casamance ainsi que la place des jeunes et des femmes.
Le professeur Sané estime également que la sortie de crise doit dépasser le «tout-militaire». La réponse sécuritaire, à elle seule, ne peut suffire à régler un conflit qui s’est installé dans la durée.
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