Bonne gouvernance : Le Sénégal veut en finir avec les mauvaises pratiques, la société civile exige des actes concrets
La bonne gouvernance ne doit plus se limiter aux textes de loi et aux déclarations d'intention. Le Sénégal veut désormais en faire un véritable levier de transformation de l'action publique. C’est ainsi que le ministère de la Justice, à travers la Direction de la promotion de la bonne gouvernance, a réuni les acteurs institutionnels, la société civile, le secteur privé et les collectivités territoriales autour d'un atelier de validation technique de la Stratégie nationale de bonne gouvernance (SNBG). Un document d'orientation qui ambitionne de placer la transparence, la redevabilité et les droits des citoyens au cœur de l'action publique.
Cet atelier de validation technique constitue une étape décisive au terme d'un processus participatif engagé depuis janvier 2025. Selon Abdou Karim Lo, président du comité scientifique chargé de l'élaboration de la stratégie, plusieurs ateliers de partage et consultations citoyennes ont permis de recueillir les préoccupations et les contributions de l'ensemble des parties prenantes.
Le document aborde des problématiques transversales variées, allant de la démocratie et des droits humains à la justice, la gestion des finances publiques, la décentralisation, la gouvernance des industries extractives, ainsi que la paix et la sécurité. Pour Abdou Karim Lo, les défis restent colossaux.
« La démocratie au Sénégal est à consolider », a-t-il souligné, insistant sur la nécessité d'améliorer la qualité des services publics, d'accélérer la numérisation de l'administration et d'ancrer la transparence dans la gestion des deniers publics.
Amnesty International alerte sur les ravages de la corruption
Prenant la parole, Papa Diène Diop, membre du Bureau exécutif international d'Amnesty International, a d'abord salué les avancées significatives enregistrées par le Sénégal en matière de gouvernance économique et financière.
Il a notamment rappelé l'adoption, en 2025, de plusieurs textes législatifs fondateurs sur l'accès à l'information, la protection des lanceurs d'alerte, la déclaration de patrimoine et le renforcement des prérogatives de l'Office national de lutte contre la fraude et la corruption (OFNAC).
Toutefois, pour l'organisation de défense des droits humains, l'adoption de lois ne constitue qu'une demi-victoire : l'application effective des textes demeure le véritable défi.
Amnesty International rappelle que la corruption constitue une violation directe des droits humains, en détournant les ressources publiques destinées à l'éducation, la santé ou aux infrastructures au profit d'intérêts particuliers. Un phénomène qui fragilise en premier lieu les populations les plus vulnérables et menace la démocratie à travers l'achat des consciences et le financement illicite de la vie politique.
Pour Papa Diène Diop, l'éradication de ce fléau exige un engagement collectif de l'État, des institutions et des citoyens eux-mêmes.
« La bonne gouvernance n'est pas un acquis éternel »
Représentant le ministre de la Justice, garde des Sceaux, Me Moussa Sarr, le conseiller technique Cheikh Mbacké Guissé a rappelé que la bonne gouvernance constitue le socle indispensable de l'État de droit.
Il a félicité la Direction de la promotion de la bonne gouvernance pour le travail accompli, réaffirmant que le Sénégal dispose à présent d'un cadre légal solide grâce aux récentes réformes législatives.
Il a toutefois appelé à une vigilance permanente : « La bonne gouvernance n'est pas un acquis éternel », a-t-il déclaré, rappelant que la transparence doit s'exprimer dans les pratiques quotidiennes de l'administration.
L'exigence d'une gouvernance locale et citoyenne
Pour la société civile, l'enjeu consiste désormais à sortir la bonne gouvernance des séminaires pour produire un impact direct sur la vie des populations.
Aïssatou Mbaye Sy, directrice exécutive adjointe de l'ONG Enda Ecopop, a plaidé pour une stratégie ancrée dans la réalité des collectivités territoriales. Elle a particulièrement insisté sur le droit fondamental des citoyens d'accéder aux informations budgétaires locales.
À l'en croire, de nombreux citoyens ignorent encore qu'ils disposent du droit légal de consulter les budgets de leur commune et leurs états d'exécution, conformément aux dispositions de l'article 102 du Code général des collectivités territoriales.
Pour elle, la démocratisation de l'information budgétaire est la condition sine qua non pour permettre à chaque citoyen d'exercer un contrôle citoyen efficace sur la gestion des affaires publiques locales.
Commentaires (4)
Participer à la Discussion
Règles de la communauté
💡 Astuce : Utilisez des emojis depuis votre téléphone ou le module emoji ci-dessous. Cliquez sur GIF pour ajouter un GIF animé. Collez un lien X/Twitter, TikTok ou Instagram pour l'afficher automatiquement.
Se connecter
Commentez avec votre profil, votre photo, et soyez averti des réponses.