Le Sénégal face à la tentation xénophobe : la mise en garde d'Abdarahmane Wone
Violences contre les migrants au Sud, populisme économique à l'Est, déni de nationalité́ ou tensions sur les réseaux sociaux à l'Ouest : la xénophobie gagne du terrain sur le continent. Face à cette crise morale où l'étranger devient le bouc émissaire de difficultés socio-économiques, Abdarahmane Wone tire la sonnette d'alarme et interpelle les consciences. Panafricaniste, militant des droits humains et spécialiste de la communication et Lauréat du Prix du Leadership de la Liberté Publique 2017, le rejet de l'autre trahit l'idéal des pères fondateurs et met en péril l'intégration africaine. Abdarahamne Wone assure que « le Sénégal n'est malheureusement pas totalement épargné ».Voici son constat.
Urgence panafricaine : stop à la xénophobie qui gangrène l'Afrique
L'Afrique traverse aujourd'hui une crise silencieuse mais profonde. Une crise qui ne se mesure ni en points de croissance ni en chiffres budgétaires. Une crise morale.
Du Cap à Nairobi, de Nouakchott à Dakar, des voix s'élèvent pour désigner l'étranger comme responsable de nos difficultés économiques, sociales ou sécuritaires. Des campagnes de rejet se multiplient. Des discours de haine se banalisent. Des populations sont stigmatisées pour leur origine, leur nationalité ou parfois simplement pour leur apparence.
Cette évolution devrait tous nous inquiéter. Car chaque fois qu'un Africain rejette un autre Africain, c'est une partie du rêve panafricain qui s'effondre.
Afrique du Sud : quand la Nation arc-en-ciel perd ses couleurs
L'Afrique du Sud avait fait naître l'espoir d'un monde réconcilié. Après l'apartheid, la Nation arc-en-ciel incarnait l'idée qu'il était possible de bâtir une société fondée sur la dignité et la coexistence.
Pourtant, depuis plusieurs années, les violences contre les migrants africains se répètent avec une régularité inquiétante. Des commerces sont pillés. Des familles sont chassées de chez elles. Des hommes et des femmes voient leur seul tort réduit à leur nationalité.
Bien entendu, les difficultés économiques sont réelles. Le chômage frappe durement. Les inégalités restent parmi les plus élevées du monde. Mais le migrant n'est pas responsable des échecs des politiques publiques. Il ne doit pas devenir le bouc émissaire d'une frustration collective.
Lorsque des Africains sont pourchassés sur le sol africain parce qu'ils viennent d'un autre pays africain, c'est toute l'idée de fraternité continentale qui est remise en cause.
Kenya : quand le populisme nourrit le rejet
Au Kenya également, le débat migratoire prend une tournure préoccupante.
Présentées comme des mesures de protection économique, certaines décisions politiques visant particulièrement les commerçants étrangers contribuent à installer l'idée dangereuse selon laquelle l'étranger serait une menace plutôt qu'un partenaire.
L'histoire nous enseigne pourtant une vérité simple : les nations prospèrent lorsqu'elles créent des ponts, jamais lorsqu'elles construisent des murs.
Transformer une question économique en confrontation identitaire est toujours une stratégie à courte vue. Les bénéfices politiques peuvent être immédiats. Les dégâts sociaux, eux, durent des générations.
Mauritanie : quand des citoyens deviennent étrangers chez eux
Mais l'une des situations les plus troublantes du continent se trouve sans doute en Mauritanie.
Là-bas, le problème dépasse la simple question de la xénophobie. Des milliers de Mauritaniens éprouvent des difficultés à faire reconnaître leur citoyenneté. Certains peinent à obtenir les documents administratifs qui leur permettent d'accéder à l'école, à l'emploi, au vote ou simplement à l'existence légale.
Comment expliquer qu'un citoyen puisse devenir étranger dans son propre pays ?
Comment accepter qu'au XXIe siècle, l'accès à la nationalité et à l'état civil demeure un parcours d'obstacles pour tant de familles ?
La citoyenneté ne devrait jamais être un privilège. Elle est un droit.
Une nation grandit lorsqu'elle inclut. Elle se fragilise lorsqu'elle exclut.
Sénégal : résister à la tentation de la haine
Le Sénégal n'est malheureusement pas totalement épargné.
Depuis plusieurs mois, des discours hostiles visant des ressortissants de pays voisins gagnent en visibilité sur les réseaux sociaux. Des propos que l'on croyait autrefois marginaux trouvent désormais un écho inquiétant.
Pourtant, la réaction de nombreux citoyens, organisations de défense des droits humains, intellectuels et autorités publiques mérite d'être saluée.
Le Sénégal s'est construit grâce aux brassages humains. Nos familles débordent nos frontières administratives. Nos histoires sont entremêlées. Nos langues, nos cultures et nos trajectoires migratoires racontent la même réalité : nous sommes profondément liés les uns aux autres.
Vouloir opposer les Sénégalais aux Guinéens, les Maliens aux Mauritaniens ou les Nigérians aux Ghanéens revient à nier l'histoire même de l'Afrique de l'Ouest.
Nous sommes bien plus qu'une juxtaposition de nationalités. Nous sommes une communauté de destin.
La xénophobie est l'ennemie du panafricanisme
Nous devons avoir le courage de le dire : la xénophobie est incompatible avec le projet panafricain.
On ne peut pas célébrer Kwame Nkrumah, Cheikh Anta Diop, Thomas Sankara ou Nelson Mandela tout en rejetant l'Africain venu d'ailleurs.
On ne peut pas revendiquer l'unité africaine et alimenter la haine contre son voisin.
On ne peut pas réclamer davantage de respect pour les Africains à travers le monde tout en refusant de respecter les Africains chez nous. C'est une contradiction morale et politique.
Refaire de l'hospitalité africaine une force
Face à cette menace, l'Afrique doit retrouver ce qui a toujours constitué sa plus grande richesse : son humanité.
Nous devons protéger juridiquement les migrants et sanctionner fermement les discours de haine.
Nous devons réformer les systèmes d'état civil qui laissent encore trop de citoyens au bord du chemin.
Nous devons raconter davantage les histoires positives de mobilité, d'intégration et de contribution économique des migrants.
Nous devons mobiliser les écoles, les médias, les artistes, les leaders religieux et la société civile pour reconstruire une culture de la fraternité.
Enfin, nous devons accélérer l'intégration africaine afin que la libre circulation cesse d'être un slogan et devienne une réalité vécue.
Notre avenir est commun
L'Afrique ne gagnera rien à dresser ses enfants les uns contre les autres.
Les défis auxquels nous faisons face sont immenses : chômage, changement climatique, gouvernance, inégalités, accès à l'éducation. Aucun de ces défis ne sera résolu par la haine de l'autre.
La xénophobie est un poison. Elle détruit la confiance, affaiblit nos sociétés et trahit l'idéal de solidarité qui a porté les combats de nos pères fondateurs.
Plus que jamais, nous devons affirmer une conviction simple : un Africain ne devrait jamais être un étranger en Afrique.
C'est peut-être là le véritable test de notre engagement envers le panafricanisme.
Commentaires (31)
C'est pourquoi dans cette perspective, ils cherchent à qualifier de «XÉNOPHOBIE» l'exaspération des populations locales Sénégalaises face à cette emprise sur leur espace de vie. Ceux qui parlent de Xénophobie , en reprenant à leur compte les mêmes arguments ethniques et identitaires observés en Guinée pour se justifier et légitimer leur départ, ils l'utilisent ici encore pour justifier leurs présence, au risque même de déchirer notre harmonique tissu social où la cohésion sociale et la nation passent avant tout.
Le Sénégal doit revoir ses politiques migratoires ; l'évolution de la dynamique sous-régionale nous y oblige. Nous devons rester vigilants et réagir de manière proactive, en nous adaptant aux changements et aux nouvelles réalités induits par des conflits communautaire et politiques dans la sous région, des facteurs extérieurs.qui ne peuvent pas être ignorés.
Nous devons préserver le havre de paix que représente le Sénégal. Ceux qui quittent massivement leur région d'origine avec femmes et enfants, et sans intention de retour, apportent avec eux des habitudes et des normes sociales très différentes des nôtres. Dans un pays de taille modeste comme le Sénégal, cela se fait inévitablement au détriment de la population sénégalaise et engendre des conflits, les habitants cherchant à défendre leur territoire contre cette intrusion ; une réaction qu'il ne faut surtout pas assimiler à de la XÉNOPHOBIE.
Au Sénégal, par exemple, pour élargir la perspective, le système scolaire traditionnel n'est pas orienté vers la formation professionnelle et reste en décalage avec le marché du travail ; de même, le système d'enseignement religieux (les *Daras*) souffre de lacunes similaires en matière d'employabilité. Par conséquent, les emplois accessibles à ces jeunes se limitent à des postes peu qualifiés dans le secteur informel. Malheureusement, l'impact de cet afflux massif d'étrangers se fait sentir sur le marché du travail, désormais dominé par des migrants venus de la sous-région, créant une concurrence féroce pour la jeunesse locale. Cette situation se caractérise par des dynamiques de groupe et une entraide entre nouveaux arrivants visant à monopoliser certains secteurs grâce à une main-d'œuvre bon marché ce qui tire les salaires vers le bas sur les chantiers et dans le commerce de détail, le tout s'accompagnant souvent de conditions sanitaires précaires et de frais de fonctionnement dérisoires, les locaux professionnels servant fréquemment aussi de lieux de couchage.
Malgré les griefs exprimés par la jeunesse sénégalaise, le gouvernement a tardé à réagir face à cette situation inédite et inacceptable. Ces emplois informels, qui offrent une première opportunité de travail et permettent aux jeunes sans qualification de se constituer un capital de départ, devraient être réservés exclusivement à la jeunesse sénégalaise, plutôt que d'être accessibles à toute personne arrivant de l'étranger. Une telle situation ne fait qu'attirer au Sénégal des jeunes venus de toute la sous-région, au détriment de la jeunesse du pays.
Les Sénégalais ne sont pas xénophobes
Je ne pense pas que les Sénégalais acquièrent frauduleusement des pièces d Etat civil guineen.
Je ne pense pas que les Sénégalais bafouent les lois et les règlements en vigueur en Guinée.
Venez au Senegal et regardez ce que certains Guineens font. Ils vendent dans la rue n'importe où et n'importe comment. Même sur la corniche Ouest de Dakar . Il a fallu que la mairesse du quartier se débarrasse des vendeurs de coco - Guineens et autres.
Les guinneens qui créent illégalement des usines de fabrication d eau qui ne répondent à aucune norme sanitaire . De même que des boulangeries tapalapa qui évoluent dans des conditions sanitaires désastreuses. Les restaurants qui servent de la viande impropre..Ce qui pose un problème de santé publique.
Bref! Un bordel que l on veut créer ici.
C'est de cela qu il s'agit. Les Sénégalais s insurgent contre toutes ses patriques. Beaucoup de Sénégalais ne militent pas dans le parti de Tahirou Sarr mais épousent ses idées. Car nous observons et nous voyons.
Il s'y ajoute une concurrence déloyale en matière d 'emplois.
Je conseillerai aux Guinneens de se conformer aux lois. Vous voulez une boulangerie, allez chercher un registre de commerce en bonne et due forme.
Vous voulez rester au Sénégal et y travailler , allez chercher votre carte de séjour.Les Guineens vivent au Sénégal depuis plus de 60 ans et il n y a jamais eu de problèmes tant qu ils respectaient les lois. Il y a combien de familles guineenes bien intégrées au Senegal dont certaines se sont mariées à des Sénégalais ou Sénégalaises.
Il ne s agit donc pas de Xénophobie. Il ne faut pas faire un mélange de genres
Je réitère ce conseil: Respectez les lois sinon les populations vont se soulever et l' Etat n y pourra rien. Et ça il faut l'éviter
La solution est simple. Que les leaders guineens, en particulier peul, parlent à leurs compatriotes . En wolof on a un adage qui dit "Gan dou yewi beuye". Autrement dit, un étranger doit savoir rester à sa place. Sinon on le le lui fait savoir par des méthodes reprehensibles.
Quand aux commentaires qui applaudissent ta contribution,on comprend leur methode,ils proviennent à 99% des ndrings.
Taxez nous de xénophobes,les sénégalais sont décidés,on mettra de l'ordre dans ce pays.
Avec ce qui se passe dans le monde, voir des millions d'étrangers sur son sol et que ces derniers refusent à la limite d'être identifiés, c'est aberrant.
Ce qu'on leur demande c'est simple. Qu'ils aillent dans leur ambassade pour être en règle et respecter les lois du pays. Point !
Arrêtons cette hypocrisie.
Ceux qui parlent de xénophobie n'ont qu'à héberger ces derniers chez eux. C'est tout.
Pourquoi vous ne parlez jamais des libanais
Senegal aux senegalais.
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