Idrissa Yaya Diandy sur l’éco : « Il ne faut pas s’attendre à plus d’autonomie financière… »
Alors que la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a annoncé une mise en œuvre progressive de sa monnaie unique l'éco, d’aucuns estiment que le débat sur la souveraineté monétaire ne doit pas être réduit à une opposition entre maintien du système actuel et adoption d’une nouvelle monnaie. C’est la conviction du maître de conférences agrégé en économie à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad).
Idrissa Yaya Diandy estime que la véritable souveraineté monétaire repose avant tout sur la solidité de l’économie et la crédibilité de la monnaie.
Interrogé sur le choix entre la stabilité des prix offerte par le régime de change actuel et une plus grande flexibilité monétaire pour soutenir les exportations, l’invité de "Seneweb Eco" de ce dimanche 26 juillet 2026 souligne que « les preuves empiriques ne montrent pas la supériorité de l’un ou l’autre des régimes monétaires ».
Selon lui, chaque système présente des avantages et des limites. « Le régime de change fixe a ses avantages et ses inconvénients. C’est vrai qu’on a l’avantage de cette stabilité de l’inflation. On a l’avantage aussi d’avoir une stabilité du taux de change et donc les investisseurs ont plus de visibilité. Mais, par contre, on perd l’instrument monétaire, notamment la flexibilité du taux de change pour l’adapter à notre compétitivité intérieure », explique-t-il.
S’agissant du projet de monnaie unique de la Cedeao, le directeur scientifique du Laboratoire d'analyse, de recherche et d'étude du développement (Lared) de l’Ucad se dit favorable à son aboutissement. « Je serai pour cette monnaie commune parce que, après 60 ans d’indépendance, je pense qu’on est capable quand même de gérer notre propre monnaie », affirme-t-il, tout en invitant à ne pas nourrir d’illusions sur les effets immédiats d’un tel changement.
En effet, l’universitaire rappelle qu’une nouvelle monnaie ne garantit pas automatiquement une plus grande autonomie financière. « Il ne faut pas s’attendre à plus d’autonomie financière lorsqu’on aura notre propre monnaie », avertit-il, estimant que les États devront démontrer leur capacité à assurer une gouvernance monétaire crédible.
Pour Idrissa Yaya Diandy, la notion de souveraineté monétaire dépasse largement la simple émission d’une devise nationale. « Pour moi, la souveraineté monétaire, ce n’est pas seulement imprimer la monnaie. Une souveraineté monétaire, c’est le fait d’avoir une monnaie assez stable, assez forte et une monnaie à laquelle les partenaires ont confiance. Une monnaie qui peut soutenir aussi une base productive » affirme-t-il.
L’économiste estime également que la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (Bceao) devrait disposer d’une plus grande marge d’action pour accompagner les économies de l’union.
Commentant la récente décision permettant à l’institution de racheter des titres publics, il juge que cette évolution va dans le bon sens. « C’est le rôle d’une banque centrale ; c’est le prêteur en dernier ressort », soutient-il.
Selon lui, « c’est une mesure qui va dans l’assouplissement de la contrainte de la politique monétaire de la Bceao que je trouve trop rigide pour un pays en développement ».
S’il reconnaît l’importance de préserver la stabilité monétaire, Idrissa Diandy estime toutefois que cet objectif ne doit pas être poursuivi au détriment des impératifs de développement. « C’est vrai, on doit défendre la parité, mais pas coûte que coûte. Il faut parfois aussi avoir des objectifs de politique économique, quitte parfois à laisser un peu la monnaie se dévaluer », dit-il.
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