Électricité 2035 : À cinq mois de la fin du Compact, le Sénégal face au défi de l’après-réformes
Funded to the tune of 311 billion CFA francs by the United States and 27 billion CFA francs by Senegal, the Energy Compact has enabled major institutional progress. Between the Electricity Code, the strengthening of the Regional Energy Regulatory Commission (CRSE), and the modernization of Senelec (the national electricity company), several achievements have been recorded, but some projects remain to be completed before the program's closure, scheduled for March 9, 2027. Senegal is entering a decisive phase of its electricity sector reform. Meeting on Thursday, October 22, 2026, in Dakar, stakeholders in the sector conducted the fourth and final annual review of the 2035 Electricity Roadmap, within the framework of the Senegal Power Compact, supported by the United States through the Millennium Challenge Corporation (MCC).
Beyond reviewing achievements, this meeting highlighted a major challenge: preserving the gains and continuing reforms after the program's completion. Funded by US$565.9 million (over 311 billion CFA francs) and supplemented by a Senegalese contribution of $50 million, the Compact aims to strengthen the reliability of the electricity system and improve access to electricity. Entering into force on September 9, 2021, it is scheduled to end on March 9, 2027.
The CRSE is in the lead, but there are still projects underway.
During this review, Oumar Diop, Managing Director of MCA-Senegal II, highlighted several achievements made possible by the Reform Project. These include the adoption of the new Electricity Code and its implementing decrees, the strengthening of the Energy Sector Regulatory Commission (CRSE), and the improvement of Senelec's management and maintenance tools. The program also contributed to the modernization of geographic information systems and skills development, with over 200 sector employees trained. One of the most significant achievements concerns the CRSE.
According to the African Development Bank's Electricity Regulatory Index (ERI), the institution now ranks first among 43 African regulators, compared to eighth at the start of the program. Despite these results, several issues remain unresolved. These include the adoption of the final legal texts, the operationalization of the one-stop shop, the establishment of the third-party access office for the transmission network, and the adoption of electricity market rules. The first integrated, low-cost plan for the electricity sector is expected in December 2026.
The post-Compact era: the real test
Representing the Minister of Energy and Petroleum, Oumou Khayri Diaw Diop, Permanent Secretary for Energy, emphasized the need to consolidate the results achieved. For the Senegalese authorities, the challenge lies not only in completing the planned activities, but also in ensuring national ownership of the tools, skills, and mechanisms developed during the program. The sustainability of the reforms thus appears essential for sustainably improving the quality of electricity service, attracting private investment, and promoting job creation, particularly for young people. Access to reliable electricity also remains a crucial driver for businesses, healthcare facilities, and economic development.
On the American side, the Chargé d'Affaires of the U.S. Embassy in Senegal, Jennifer Davis Paguada, commended the progress made and the collaboration between the Ministry, Senelec, CRSE, and the teams from MCA-Senegal II and MCC. She emphasized that reliable electricity not only powers homes but also helps unlock the country's economic potential, stimulate innovation, and improve living conditions for the population.
As the Compact nears its conclusion, stakeholders believe the challenge remains manageable. They argue that the key is to translate institutional achievements into concrete improvements for users, particularly in rural areas, and to continue reforms beyond March 2027. The success of the 2035 Electricity Roadmap will be measured less by financial commitments than by Senegal's ability to guarantee reliable, accessible, and affordable electricity over the long term.
Commentaires (4)
La dernière phrase résume tout.
C’est vrai qu’on aime souvent s’appesantir sur les effets mais la vraie finalité c’est l’impact direct sur les populations
Des besoins de financement qui accentuent la vulnérabilité
Le projet de loi de finances 2027 met en évidence l'ampleur des contraintes auxquelles le Sénégal doit faire face. Les prévisions budgétaires font ressortir des recettes globales de 6 012,1 milliards de FCFA pour des dépenses évaluées à 7 363,7 milliards, soit un déficit de 1 351,7 milliards de FCFA, représentant environ 4,7 % du produit intérieur brut. Ce niveau traduirait une amélioration par rapport au déficit ajusté de 7,6 % attendu en 2026, mais il demeure significatif au regard des exigences de consolidation des finances publiques. Plus préoccupant encore, les besoins globaux de financement pour 2027 sont estimés à 6 608,7 milliards de FCFA, dont environ 4 552 milliards consacrés à l'amortissement de la dette. Cette situation signifie que le Trésor sénégalais doit non seulement couvrir le déficit annuel, mais également mobiliser des ressources considérables pour rembourser ou refinancer ses engagements antérieurs. Le pays se trouve ainsi confronté à une double exigence : réduire progressivement ses déséquilibres tout en conservant un accès suffisant aux capitaux.
Les obligations sénégalaises sous pression
Les marchés financiers ont commencé à traduire cette incertitude dans les prix des titres souverains. Le 20 octobre 2026, les obligations internationales du Sénégal ont enregistré un recul notable à la suite des déclarations politiques concernant les projets budgétaires. Selon des données de marché rapportées par Reuters, l'obligation sénégalaise arrivant à échéance en 2037 a perdu 2,166 centimes pour s'établir à 48,931 centimes par euro de valeur nominale. Une telle décote traduit une perception élevée du risque souverain et des interrogations sur les perspectives de remboursement. Elle ne signifie pas que l'État se trouve immédiatement en défaut de paiement, mais révèle une dégradation de la confiance de certains investisseurs. Sur les marchés obligataires, la baisse des prix s'accompagne généralement d'une hausse des rendements implicites, ce qui reflète une prime de risque accrue. Dans le cas sénégalais, ces mouvements interviennent dans un environnement déjà marqué par les interrogations sur la soutenabilité de la dette et les conditions de son éventuel réaménagement. Il serait toutefois excessif d'attribuer l'ensemble de la décote aux seules tensions politiques récentes, les difficultés financières du pays étant antérieures à cette séquence.
Le risque d'une contagion à l'économie nationale
Les conséquences potentielles d'un blocage prolongé ne se limiteraient pas aux détenteurs d'euro-obligations. Elles pourraient progressivement affecter les conditions de financement de l'État sur le marché régional des titres publics de l'Union monétaire ouest-africaine. Les banques et investisseurs institutionnels qui participent aux émissions de bons et obligations du Trésor accordent une attention particulière à la stabilité politique, à la transparence budgétaire et à la capacité des États à honorer leurs échéances. Une détérioration durable de ces paramètres pourrait conduire les souscripteurs à réclamer des rendements plus élevés ou à réduire leur exposition. Pour le Sénégal, une telle évolution se traduirait par un renchérissement du service de la dette et une pression supplémentaire sur les ressources publiques. À terme, des difficultés de trésorerie pourraient ralentir l'exécution de certains investissements, retarder les règlements aux fournisseurs de l'État et fragiliser les entreprises dépendantes de la commande publique. Les petites et moyennes entreprises seraient particulièrement exposées, notamment dans les secteurs du bâtiment, des services et des infrastructures. Il ne s'agit pas, à ce stade, d'une crise bancaire avérée, mais d'un risque de transmission qu'il convient de surveiller attentivement.
Le FMI et la question de la crédibilité budgétaire
Cette séquence intervient alors que le Sénégal cherche à reconstruire ses relations financières avec le Fonds monétaire international après les révélations concernant des engagements publics insuffisamment déclarés dans les comptes antérieurs. La réévaluation de la dette a profondément modifié l'appréciation du risque souverain et rendu plus complexes les discussions relatives à un nouveau cadre de financement. Les partenaires internationaux attendent désormais des garanties renforcées en matière de transparence, de maîtrise des déficits, de gestion de la dette et de mobilisation des recettes fiscales. Cependant, les mesures d'ajustement envisagées soulèvent des interrogations légitimes sur leurs conséquences économiques et sociales. La réduction des dépenses publiques, lorsqu'elle touche les investissements productifs, les subventions essentielles ou certains services sociaux, peut peser sur l'activité et accentuer les difficultés des ménages. Toute stratégie de redressement doit donc rechercher un équilibre entre discipline financière et préservation des moteurs de croissance. La crédibilité budgétaire ne saurait reposer exclusivement sur des réductions comptables : elle suppose également une amélioration de l'efficacité de la dépense, un élargissement durable de l'assiette fiscale et une meilleure valorisation des ressources économiques nationales.
Quand les divergences politiques deviennent un risque souverain
La dimension institutionnelle constitue désormais une variable essentielle dans l'appréciation des perspectives économiques sénégalaises. Les divergences exprimées autour des choix budgétaires révèlent des désaccords sur la répartition de l'effort d'ajustement, les priorités de dépenses et les conditions de financement du développement. Dans une démocratie, la discussion parlementaire et la contestation d'un projet de budget relèvent du fonctionnement normal des institutions. Le problème apparaît lorsque ces divergences compromettent la prévisibilité des décisions économiques ou entretiennent une incertitude prolongée sur la capacité de l'État à respecter ses engagements. Les investisseurs cherchent avant tout à savoir si les autorités disposent d'une stratégie financière cohérente, soutenue politiquement et susceptible d'être appliquée. La solidité d'une majorité parlementaire ne suffit pas à rassurer les marchés si les orientations économiques demeurent contradictoires. À l'inverse, un compromis institutionnel fondé sur des arbitrages transparents pourrait contribuer à restaurer rapidement la visibilité recherchée par les créanciers. Le véritable enjeu consiste donc à transformer les divergences politiques en débat économique constructif plutôt qu'en facteur supplémentaire de fragilisation financière.
La souveraineté économique à l'épreuve des réalités financières
La situation sénégalaise pose une question fondamentale : comment préserver l'autonomie des décisions économiques lorsque les besoins de financement rendent l'État fortement dépendant des marchés et des créanciers ? La souveraineté budgétaire ne se résume pas à la liberté de déterminer les dépenses publiques. Elle repose également sur la capacité à mobiliser des ressources internes suffisantes, à maîtriser les engagements financiers et à construire une politique économique crédible. Un État dont les besoins de refinancement sont considérables dispose nécessairement d'une marge de manœuvre plus limitée face aux fluctuations des marchés. Pour le Sénégal, le redressement durable passe donc par une stratégie combinant consolidation fiscale, rationalisation des dépenses improductives, développement de la production nationale, transformation industrielle et mobilisation de financements de long terme. Les perspectives offertes par les hydrocarbures, l'agriculture, les infrastructures et les services doivent être intégrées dans une politique de diversification productive capable d'élargir progressivement la base des recettes publiques. L'objectif ne peut être uniquement de rassurer les investisseurs à court terme, mais de réduire structurellement la dépendance de l'économie aux financements coûteux.
Restaurer la confiance sans sacrifier la croissance
La sortie de cette séquence délicate nécessitera une clarification rapide des orientations budgétaires, accompagnée d'une communication financière rigoureuse. Les autorités devront présenter un calendrier crédible d'adoption des textes, préciser les besoins de trésorerie, sécuriser les principales échéances de dette et poursuivre un dialogue constructif avec les partenaires financiers. La publication régulière de données fiables sur les finances publiques constituera un instrument essentiel de restauration de la confiance. Parallèlement, la consolidation budgétaire devra préserver autant que possible les investissements susceptibles d'accroître la productivité, les recettes futures et la compétitivité de l'économie. Une politique d'ajustement qui affaiblirait durablement la croissance risquerait de réduire les recettes fiscales et de compromettre les objectifs mêmes du redressement. À l'inverse, le maintien de dépenses non financées exposerait le pays à de nouvelles tensions de liquidité. Le Sénégal doit donc construire une trajectoire réaliste, socialement soutenable et financièrement vérifiable.
La situation actuelle ne signifie pas que le Sénégal se dirige inéluctablement vers une crise financière majeure. Elle souligne cependant la sensibilité croissante de son économie aux décisions politiques et à la perception des investisseurs. La baisse récente des obligations souveraines constitue un avertissement sur le coût potentiel de l'incertitude institutionnelle. Dans un contexte de refinancement exigeant, chaque hésitation prolongée peut fragiliser davantage la confiance et compliquer l'accès aux capitaux. La responsabilité des décideurs consiste désormais à privilégier la cohérence économique, la transparence et la continuité de l'État. Car la crédibilité financière d'une nation ne se mesure pas seulement à sa capacité à honorer ses engagements présents, mais également à la confiance qu'elle inspire dans sa capacité à financer durablement son avenir. Pour le Sénégal, l'enjeu dépasse l'adoption d'une loi de finances : il s'agit de préserver les conditions mêmes de son indépendance économique et de son développement.
Cheikh Mbacké SÈNE
Spécialiste de l'intelligence économique, de la veille et de la communication stratégique | Analyste économique | Doctorant en administration des affaires – AIU
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