Des agents des renseignements marocains se seraient infiltrés à Ceuta parmi les migrants
En à peine 24 heures, l’enclave espagnole de Ceuta, sur la côte sud de la Méditerranée, a été confrontée à un afflux sans précédent de migrants décidés à entrer sur son territoire. Le 31 juillet, leur nombre a été estimé à 60.000, avant d’être revu à la baisse à 49.000 personnes par le gouvernement espagnol. Tous, ou presque, ont depuis été expulsés du territoire de l’enclave. Une soudaine vague migratoire qui ne semble pas être due au hasard, d’autant plus que, selon le média en ligne El Español, des agents des services de renseignement marocains se trouvaient parmi la foule.
Des sources au sein de la Guardia Civil confirment qu’ils ont été repérés grâce au système de caméras déployé à la frontière de l’enclave. El Español ne précise pas si ces agents ont été expulsés ou arrêtés mais, selon les sources du journal, ce n’est pas la première fois. La présence d’agents des services de renseignement marocains avait déjà été confirmée lors d’épisodes similaires de pics migratoires à Ceuta et Melilla.
La présence de ces agents ne fait que renforcer la thèse d’une action initiée par le royaume chérifien, et similaire aux “attaques hybrides” menées par la Russie et la Biélorussie sur les frontières orientales de l’Union européenne. En novembre 2021, des milliers de migrants, pour la plupart venus du Moyen-Orient, avaient été poussés vers la frontière polonaise par des soldats biélorusses. Dans les rigueurs du début de l’hiver en Europe orientale, la crise avait fait une cinquantaine de morts, et plus de 200 disparus parmi les migrants.
Selon les forces de l’ordre espagnoles, ces agents marocains étaient présents pour recueillir des informations sur les forces déployées le long de la frontière et observer la réaction des policiers et militaires présents. Une manière de “tester” la réponse du pays ciblé et la réaction de ses partenaires européens, qui rappelle aussi l’attaque hybride planifiée à Minsk et à Moscou, moins de trois mois avant l’attaque contre l’Ukraine.
Un passage en Espagne illusoire
Non pas que Rabat tente de reprendre Ceuta, une enclave espagnole depuis le XVIᵉ siècle, même si le Maroc la réclame officiellement depuis 1956. Mais les relations entre le royaume marocain et Madrid ne sont pas au beau fixe. Deux facteurs auraient déclenché cette manœuvre, selon les sources espagnoles: la visite d’État de Pedro Sánchez en Algérie, pays rival du Maroc pour le contrôle du Sahara occidental, et un arrêt de la Cour suprême madrilène relatif au renvoi des migrants à la frontière, qui aurait été vu comme le signe que l’Espagne n’avait pas la capacité de gérer un tel flux migratoire.
Pour Rabat, cette crise migratoire résulte notamment de “l’exploitation malveillante” des réseaux sociaux, de “la diffusion d’informations trompeuses” et d’“interprétations erronées de dispositions légales espagnoles”. Si Madrid a en effet enclenché une campagne de régularisation des sans-papiers plus tôt cette année, celle-ci s’est terminée le 30 juin et ne concernait pas les nouveaux arrivants.
En outre, Ceuta et Melilla ont un statut particulier au sein de l’espace Schengen, avec des contrôles d’identité systématiques lors des déplacements vers l’Espagne continentale. Il faut donc un visa en règle pour quitter l’enclave en direction de la métropole espagnole. Ce qui rend de facto caduques toutes les craintes des pays européens qui réclamaient une suspension de l’Espagne de l’espace Schengen, comme l’a d’ailleurs fait l’Italie.
Entre 11 et 72 morts
Le ministère de l’Intérieur marocain admet que 11 personnes ont perdu la vie. Madrid a de son côté dénombré 72 victimes. De nombreux migrants ont tenté de passer par la côte, parfois à l’aide de simples bouées voire de pneus ou de flotteurs artisanaux faits d’un assemblage de bouteilles en plastique, au risque de se noyer ou de se blesser sur les récifs.
L’Association marocaine des droits humains (AMDH) a, elle, fait état de “près de 130 victimes” et de dizaines de disparus, et a appelé samedi à l’ouverture d’une enquête indépendante sur les causes de cet afflux inédit de migrants entre la ville marocaine de Fnideq et l’enclave espagnole. Elle a condamné “le silence inquiétant des responsables et des institutions” du pays, estimant que ce mutisme a contribué à nourrir l’afflux. Une source proche du milieu associatif a déclaré à l’AFP que “la façon dont les choses se sont passées” laissait penser que ces arrivées massives à la frontière n’avaient pas pu se produire sans l’“accord des autorités” marocaines.
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