Insécurité grandissante au Nigéria : Tinubu attaque l’AES, l’Alliance lui répond
Alors qu’il recevait fin juillet les dirigeants du Conseil traditionnel de l'Etat d'Oyo, le président nigérian Bola Tinubu a commenté l’opération militaire ayant permis de libérer des élèves et des enseignants enlevés dans l’Etat d’Oyo un peu plus tôt dans le mois. Il a notamment laissé entendre que les terroristes impliqués dans ces enlèvements n’étaient pas tous originaires du Nigéria.
« Certains d’entre eux ne sont pas nigérians. Voyez-vous, le problème de l’insécurité au Mali, au Burkina Faso et au Niger ne fait qu’aggraver nos difficultés. C’est pourquoi nous devons renforcer les capacités des gardes forestiers et créer une police d’Etat », a déclaré le locataire d’Aso Rock. Dans les pays de l’AES, les propos du dirigeant nigérian sont vivement critiqués.
Des « propos inexacts et peu compatibles avec l’esprit de solidarité qui doit prévaloir entre Etats voisins »
Le ministre burkinabé des Affaires étrangères Karamoko Jean Marie Traoré, a convoqué dans la soirée du jeudi 06 août le chargé d’affaires de l’ambassade du Nigéria à Ouagadougou. Lors des échanges avec le diplomate, l’officiel burkinabé qui agissait au nom des pays de l’AES, a exprimé le profond regret des Etats sahéliens face aux "propos inexacts" du président Tinubu. Il les trouve " peu compatibles avec l’esprit de solidarité qui doit prévaloir entre Etats voisins confrontés à une menace commune".
« Une analyse rapide, très simpliste et surprenante qui révèle un biais préoccupant de la part de la première autorité du Nigéria »
L'autorité a également dénoncé une lecture de la situation sécuritaire dans l’AES qui occulte les sacrifices considérables consentis quotidiennement par les Forces de défense et de sécurité et les populations du Burkina Faso, du Niger et du Mali dans la lutte contre le terrorisme.
« C’est une analyse rapide, très simpliste et surprenante qui révèle un biais préoccupant de la part de la première autorité du Nigéria », a critiqué Karamoko Jean Marie Traoré.
« Nous aurions souhaité que le contexte sécuritaire soit présenté avec davantage de justesse, plutôt que de faire porter à des pays voisins la responsabilité d’une situation complexe, au risque d’alimenter des incompréhensions et des frustrations entre des peuples liés par l’histoire, la géographie et la fraternité », a poursuivi le chef de la diplomatie burkinabé.
« Nous ne sommes pas responsables de ce qui nous arrive. Nous en payons la facture »
Il a par ailleurs rappelé que malgré les connexions établies entre Boko Haram et certains groupes terroristes actifs au Sahel, les Etats de la Confédérations AES se sont toujours gardés de toute accusation publique contre le Nigéria, privilégiant une approche fondée sur la coopération et la responsabilité partagée. L'officiel burkinabé a, in fine, invité les autorités nigérianes à privilégier des discours fédérateurs et porteurs de solidarité plutôt que des déclarations susceptibles d’alimenter les divisions ou les malentendus entre peuples voisins.
« Nous ne sommes pas responsables de ce qui nous arrive. Nous en payons la facture, mais les véritables ennemis sont ailleurs. C’est pourquoi nous devons agir comme des peuples frères, unis par une même histoire et confrontés à une même menace », a déclaré Karamoko Jean Marie Traoré.
Il faut dire que cette rencontre entre le ministre des Affaires étrangères du Burkina et le chargé d’Affaires de l’ambassade du Nigéria à Ouagadougou s’est déroulée en présence des Chargés d’Affaires des Ambassades du Mali et du Niger. Ce qui illustre la position concertée des trois Etats membres de l’AES.
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