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Economie du Sénégal : Ma contribution dans l’effort de redressement en cours [Par Marie Bâ AIDARA]

Auteur: Marie Bâ AIDARA

Economie du Sénégal : Ma contribution dans l’effort de redressement en cours [Par Marie Bâ AIDARA]

Economie du Sénégal : Ma contribution dans l’effort de redressement en cours [Par Marie Bâ AIDARA]

La quatrième dégradation de la note souveraine du Sénégal par Moody’s, désormais abaissée à Caa2 avec perspective négative, intervenue le 28 août 2026 constitue un signal d’alarme majeur. Elle intervient en pleine mission ( du 19 août au 1 septembre ) du FMI au Sénégal .Les difficultés mises en avant concernent notamment les besoins élevés de refinancement, le poids de la dette, les tensions sur la liquidité et l’absence d’un nouveau programme avec le FMI qui limite l’accès du pays à des financements concessionnels et accroît sa dépendance au marché financier régional. Elle traduit, selon l’agence, une hausse du risque de défaut du Sénégal, dans un contexte marqué par des tensions persistantes sur les finances publiques, alors que Dakar cherche à restaurer la confiance des investisseurs et à améliorer la soutenabilité de ses finances publiques.

Quelles mesures pour redresser l’économie et restaurer la confiance ? 

Cette quatrième dégradation de note doit surtout être considérée comme un avertissement sérieux appelant une réponse forte, cohérente et crédible.Au-delà de la notation elle-même, l’enjeu fondamental est la restauration de la confiance : confiance des citoyens, des investisseurs, des partenaires techniques et financiers, des entreprises et des marchés.

Face à cette situation, le Sénégal doit engager un véritable plan national de redressement économique et financier, ( PNREF) fondé sur les mesures prioritaires suivantes :

1. Conclure un accord avec le FMI

À l’issue d’une mission menée à Dakar du 19 août au 1er septembre 2026, Le Fonds monétaire international (FMI) et les autorités sénégalaises sont parvenus à un accord de 36 mois au titre de la facilité élargie de crédit (FEC) d’un montant d’environ 2,2 milliards de dollars pour appuyer le programme de réformes économiques et financières du Sénégal.Le programme envisagé accorde une place importante au redressement des finances publiques tout en protégeant les ménages vulnérables .La stratégie budgétaire reposera notamment sur « le renforcement de la mobilisation des ressources intérieures et la rationalisation des dépenses », tout en consolidant les filets de protection sociale.

Il ne s’agit pas seulement d’obtenir de nouveaux financement , la conclusion de ce nouveau programme tant attendu permettra de restaurer la confiance des partenaires et de faciliter l’accès à des financements moins coûteux. Le Sénégal devra poursuivre les réformes destinées à renforcer la gestion des finances publiques, la gouvernance budgétaire , la transparence et la gestion de la dette.

2. Mettre en place un plan réaliste de maîtrise de la dette 

Le Sénégal doit procéder à une revue complète de sa dette publique, de ses garanties et de ses engagements éventuels afin de disposer d’une vision exhaustive et transparente de la situation financière de l’État. A cet effet, le Gouvernement vient d’annoncer la mise en place d’un Plan de Traitement de la Dette du Sénégal ( PTDS) .

Il est nécessaire de :

• privilégier les financements concessionnels et à maturité longue ;

• limiter le recours aux emprunts coûteux à court terme ;

• améliorer la gestion des échéances de remboursement ;

• réduire progressivement le poids du service de la dette dans le budget ;

• éviter que l’endettement ne serve principalement à financer des dépenses de fonctionnement.

Chaque nouvel emprunt devrait être soumis à une exigence claire : quel impact économique, quelle rentabilité et quelle capacité de remboursement ?

3. Accélérer l’assainissement budgétaire sans casser la croissance

La croissance de 6,7% de 2025 est liée à la première année complète de production pétrolière. Hors hydrocarbures, elle n’a été que de 2,2%.elle a cependant rebondi à 4,7% au premier trimestre 2026, soutenue par la consommation privée .La réduction du déficit budgétaire est indispensable. Il convient tout de même de préciser qu’il est passé de 13,4% du PIB en 2024 à 6,4% du PIB en 2025 .L’État doit réduire en priorité les dépenses inefficaces, les gaspillages et les doublons administratifs. A titre d’exemple, plusieurs Agences ayant des conflits de compétence, comme l’ASEPEX, le Bureau de Mise à Niveau, l’ADEPME et le CICES pourraient être regroupées en une seule grande Agence au titre de la rationalisation des dépenses publiques. Il faut aussi préserver les dépenses qui préparent l’avenir : éducation, santé, infrastructures prioritaires, agriculture, industrie, numérique et formation professionnelle ( à ce titre nous suggérons aux Autorités de s’abstenir de dissoudre l’ANAMO ) .L'objectif doit être de passer d'une logique d'austérité subie à une logique de discipline budgétaire efficace.

4. Élargir l’assiette fiscale plutôt qu’augmenter continuellement la pression sur les mêmes contribuables

Il convient de signaler que 28,6% des recettes fiscales mobilisées provient de l’impôt sur le revenu (IR).L'amélioration des recettes publiques doit reposer sur une fiscalité plus juste et plus efficace.

Cela suppose notamment :

• une meilleure lutte contre la fraude et l’évasion fiscales ( chaque année le Sénégal perd environ161 millards de FCFA en raison de ces deux fléaux) ; 

• la digitalisation complète des administrations fiscales et douanières ;

• la réduction des exonérations fiscales injustifiées ;

• l'intégration progressive des activités informelles dans l'économie formelle ;

• une meilleure taxation des activités fortement rentables, dans le respect de la compétitivité nationale.

Le Sénégal doit rechercher davantage de recettes sans étouffer les entreprises et les classes moyennes.

5. Faire de la production nationale la priorité absolue

Le redressement financier ne sera durable que s'il repose sur une économie productive. Le Sénégal doit réduire sa dépendance excessive aux importations ( à fin juin 2026 elles se chiffraient à 3284 milliards de FCFA) en soutenant davantage :

• l’agriculture et la transformation agroalimentaire ;

• la pêche et l’économie bleue ;

• l’industrie manufacturière ;

• l’élevage ;

• le tourisme ;

• le numérique ;

• les petites et moyennes entreprises.

L’objectif doit être simple : produire davantage au Sénégal, transformer davantage au Sénégal et exporter davantage depuis le Sénégal.

6. Apurer progressivement la dette intérieure de l’État

Les retards de paiement de l’État fragilisent les entreprises, réduisent leur trésorerie et limitent leur capacité à investir et à créer des emplois.

Un plan transparent et progressif d’apurement de la dette intérieure doit donc être mis en œuvre, en donnant une priorité aux petites et moyennes entreprises les plus vulnérables. Fort heureusement 300 milliardsde FCFA sont inscrits dans le budget 2026.La relance de l’économie passe également par la restauration de la confiance entre l’État et le secteur privé.

7. Restaurer la transparence de l’État

La confiance se reconquiert d'abord par la transparence. Les autorités doivent communiquer régulièrement sur :

• le niveau réel de la dette ;

• l'exécution du budget ;

• les engagements financiers de l'État ;

• les résultats des réformes engagées ;

• l'utilisation des ressources publiques.

Le Sénégal doit mettre en place un véritable tableau de bord public du redressement économique, permettant aux citoyens, aux investisseurs et aux partenaires de suivre objectivement les progrès accomplis.

8. Mettre en place une cellule nationale de suivi du redressement économique

Une cellule de crise économique et financière, placée sous l'autorité du Ministère de l’économie des finances et du plan , pourrait assurer le suivi régulier des principaux indicateurs : déficit budgétaire, dette, service de la dette, recettes fiscales, investissements, dette intérieure et croissance.Cette structure devrait produire régulièrement un rapport public sur l'état d'avancement des engagements pris.

9. Retrouver un consensus national sur l'économie

Le redressement du Sénégal ne peut être l'affaire exclusive du Gouvernement. Il doit associer l'État, le secteur privé, les syndicats, les collectivités territoriales, les universitaires, les experts et la société civile.Un Pacte national pour la stabilité et le redressement économique permettrait de définir des priorités communes et de donner une visibilité à moyen et long terme aux acteurs économiques. La crédibilité financière du Sénégal se construira par la transparence, la rigueur, la production et la constance dans les réformes.

Marie Bâ AIDARA

Economiste/Ecrivain

Ancien Ministre

[email protected]

⚡ Résumé express généré par IA, vérifié par la rédaction
- Moody's a dégradé pour la quatrième fois la note souveraine du Sénégal à Caa2 le 28 août 2026, en raison des besoins élevés de refinancement, du poids de la dette et de l'absence d'un nouveau programme avec le FMI. - Le FMI et le Sénégal ont conclu un accord de 36 mois d'environ 2,2 milliards de dollars pour appuyer un programme de réformes économiques et financières fondé sur le renforcement de la mobilisation des ressources et la rationalisation des dépenses. - Le gouvernement doit mettre en place un Plan de Traitement de la Dette, réduire les dépenses inefficaces, élargir l'assiette fiscale et lutter contre la fraude fiscale pour redresser l'économie et restaurer la confiance des investisseurs.
Auteur: Marie Bâ AIDARA
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Commentaires (3)

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    pape il y a 2 mois
    Quand on est économiste et ancien ministre on doit savoir 3 choses :
    D’abord, on ne conclut pas un accord avec le FMI, on accepte les mesures imposées par le FMI.
    Ensuite, quand on analyse un problème on ne peut négliger le critère le plus important, c’est-à-dire les vols, détournements de deniers publics par des gens connues et indexées par les corps de contrôle et qui sont libres et d’autres exilés à l’étrange donc il faut nommer les choses.
    Enfin, on ne peut pas renoncer à ses ressources et compter sur des miettes pour se développer.
    Tout le monde sait que le FMI n’a jamais aidé un pays a se développer, ce n’est pas sa mission cet organe travaille pour les ennemis des pays qu’il prétend aider.
    Le pays doit avoir des dirigeants honnêtes, intègres, et respectant les ressources publiques et les biens publics, les intellectuels doivent également avoir la même honnêteté, la longueur un article de presse ou d’une contribution n’a jamais développé un pays.
  • avatar
    Karim-USA il y a 2 mois
    Un étudiant Haïtien en Neuroscience dans une Université américaine vient tout juste de se suicider, parce que Trump ne veut même pas le laisser étudier et il veut foutre tous les Haïtiens dehors. Des jeunes Haïtiens nés et grandi aux États-Unis ont déjà été déportés alors qu’ils ne connaissent rien en Haïti. Il n’arrive que des malheurs aux noirs, parce qu’on ne fait que se trahir, se manquer de respect et s’entretuer depuis les débuts de l'humanité. Ce que DIOMAYE est entrain de faire est un manque de respect aux Sénégalais. Il a son ethnie au Sénégal qui ne dit rien pour dénoncer cette trahison et quiconque sort pour manifester sera tué tout simplement. Être noir est une malédiction dans ce monde ! La plupart d’entre nous sont de vrais chiens ! Appels à boycotter les JOJ ! Que les noirs commencent à utiliser leurs cerveaux pour se faire respecter !
  • avatar
    Adam Smith Ndiaye il y a 2 mois
    Voilà au moins une superbe contribution économique mûre de bonne réflexion objective. Finalité : au delà de cet pré-accord avec le FMI. Cette institution n'a jamais développé un pays sous développé.

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