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JOJ Dakar 2026 : deux semaines de jeux, dix ans d’enjeux économiques (Par Pr Thierno THIOUNE)

Auteur: Thierno THIOUNE

JOJ Dakar 2026 : deux semaines de jeux, dix ans d’enjeux économiques (Par Pr Thierno THIOUNE)

JOJ Dakar 2026 : deux semaines de jeux, dix ans d’enjeux économiques (Par Pr Thierno THIOUNE)

Depuis samedi, Dakar vit un moment historique : pour la première fois, la flamme olympique brûle sur le sol africain. Au-delà de l'émotion et de la fierté légitime, l'économiste que je suis voit dans ces Jeux une question décisive pour notre pays. Ces deux semaines de compétition peuvent-elles devenir dix ans de développement ? Car un grand événement n'est ni une dépense perdue ni un miracle économique : c'est une opportunité, et sa valeur dépendra de ce que nous saurons en faire. C'est ce que je vous propose d'examiner ensemble, avec lucidité et ambition.

1. Comment mesurer l'impact réel des JOJ sur l'économie ?

Quand on parle de grands événements sportifs, il y a souvent un piège : confondre l'effervescence avec la richesse. Des hôtels pleins, des rues animées, des restaurants qui ne désemplissent pas… tout cela est réel, mais ce n'est pas encore de la croissance.

Pour mesurer l'impact véritable, l'économiste se pose une question simple : que se serait-il passé sans les Jeux ? Car une partie des dépenses observées aurait eu lieu de toute façon. Certains touristes habituels éviteront Dakar pendant cette période. Et chaque franc dépensé en produits importés quitte aussitôt notre économie. Ce qui compte, ce n'est donc pas l'impact brut, c'est l'impact net.

Concrètement, il faut croiser trois sources : des enquêtes auprès des visiteurs et des délégations, les données administratives comme les nuitées d’hôtel, la TVA ou les paiements mobiles, et enfin des modèles macroéconomiques utilisés avec prudence. Le defi de mesure est substantiel : plus de 25 000 personnes accréditées, issues de 206 comités nationaux olympiques.

D'ailleurs, il est à saluer le travail engagé par le comité d'organisation et l'ANSD, car comme l'a rappelé le coordonnateur, annoncer des retombées est une chose, être capable de les démontrer en est une autre. Mais soyons exigeants : à ce jour, aucun coût global, aucun bilan chiffré des marchés nationaux et aucune projection d'emplois durables n'ont été rendus publics. Or on ne peut pas évaluer ce qu'on ne connaît pas. La transparence est la condition première de toute mesure sérieuse.

2. Comment faire bénéficier le secteur informel des retombées ?

C'est à mes yeux la question la plus importante, car l'économie informelle, c'est le cœur battant du Sénégal. C'est la vendeuse de beignets, l'artisan de Soumbédioune, le chauffeur de clando, le tailleur du quartier. Si les JOJ passent à côté d'eux, ils resteront une fête pour quelques-uns.

L'erreur classique serait de les chasser des abords des stades au nom de l'image. Il faut faire exactement l'inverse : leur ouvrir une porte d'entrée.

Je propose un mécanisme en trois temps. D'abord, un enregistrement simplifié, gratuit, réalisable depuis un téléphone, qui donne accès à des emplacements dans les fan zones à un loyer symbolique. Ensuite, réserver dans la commande publique des lots de petite taille aux groupements d'artisans, de restauratrices ou de couturiers. Le comité affirme que plus de 70 % de ses marchés sont revenus à des entreprises sénégalaises, c'est encourageant, mais les artisans redoutent encore d'être tenus à l'écart de la commande publique. Enfin, et c'est la clé, utiliser le paiement mobile comme passerelle : chaque transaction construit un historique, et cet historique devient demain un dossier de crédit.

Autrement dit, la formalisation ne doit plus être vécue comme une sanction, mais comme une récompense. Voilà ce qu'est une croissance véritablement inclusive.

3. Quelle stratégie pour attirer les investisseurs étrangers ?

Les Jeux vont braquer les projecteurs du monde entier sur Dakar. Mais attention : la lumière attire le regard, elle n'attire pas forcément les capitaux. Un investisseur ne s'engage pas parce qu'une cérémonie était belle ; il s'engage parce qu'un projet est solide et que le risque est maîtrisé.

Le Sénégal doit donc transformer cette visibilité en opportunités concrètes. Cela suppose d'arriver avec un portefeuille de projets prêts à financer, dans des secteurs où nous avons de vrais atouts : le tourisme sportif et d'affaires, les industries créatives, l'audiovisuel, le numérique, l'agro-transformation.

Il faut ensuite offrir de la stabilité plutôt que des cadeaux fiscaux. Mieux vaut une convention qui garantit les règles du jeu pendant quinze ans qu'une exonération généreuse mais incertaine. Et ces avantages doivent être liés à des engagements précis : emplois locaux, sous-traitance nationale, exportations.

Enfin, et je veux insister sur ce point : le signal le plus fort que le Sénégal puisse envoyer, ce n'est pas la réussite des Jeux, c'est la crédibilité de ses finances publiques. Après les révisions récentes de notre dette, la transparence budgétaire vaut bien plus que n'importe quelle campagne de communication. Les investisseurs lisent les rapports de la Cour des comptes avant de lire les classements de médailles.

4. Comment rendre ces investissements rentables à long terme ?

Soyons lucides : dans le monde entier, très rares sont les stades qui s'autofinancent entièrement. L'objectif réaliste est double : que les infrastructures couvrent au minimum leurs coûts d'exploitation et d'entretien, et que leur valeur pour la société, en matière de santé, de jeunesse et d'attractivité, justifie l'investissement initial.

Et l'effort consenti est réel : le budget 2026 consacre près de 90 milliards de FCFA aux infrastructures des JOJ et de la CAN, et une partie des rénovations a été financée par des prêts de l'Agence française de développement. Ces prêts, il faudra les rembourser.

Pour éviter le syndrome des éléphants blancs, je vois quatre leviers. Confier ces équipements à une structure de gestion autonome, liée à l'État par un contrat de performance et soumise à la publication de ses comptes. Faire vivre les sites toute l'année : concerts, salons, académies sportives, et surtout stages d'hiver pour les équipes européennes, un marché réel où notre climat est un atout considérable. Développer des recettes commerciales : nommage des enceintes, concessions, publicité. Et enfin, sanctuariser chaque année un budget d'entretien, car une infrastructure qu'on n'entretient pas est une dette qu'on reporte.

Pour couronner le tout, je recommande un rapport public sur l'héritage des Jeux, à un an, trois ans et cinq ans. C'est ainsi qu'on transforme une dépense en investissement.

En définitive, les Jeux olympiques de la jeunesse dureront deux semaines. Leur véritable bilan, lui, se lira dans dix ans. Et ce jour-là, on ne se demandera pas combien le Sénégal a dépensé, mais ce qu'il a su construire. Ce n'est pas le chronomètre des athlètes qui jugera Dakar 2026, c'est la gouvernance de l'après-Jeux.

Professeur Thierno THIOUNE

⚡ Résumé express généré par IA, vérifié par la rédaction
- L'article souligne qu'aucun coût global, bilan chiffré des marchés nationaux ni projection d'emplois durables n'ont été rendus publics à ce jour. - L'auteur propose un mécanisme en trois temps pour inclure le secteur informel : enregistrement simplifié gratuit via téléphone, lots de petite taille dans la commande publique, et paiement mobile comme passerelle vers le crédit. - Le budget 2026 consacre près de 90 milliards de FCFA aux infrastructures des JOJ et de la CAN, une partie des rénovations étant financée par des prêts de l'Agence française de développement.
Auteur: Thierno THIOUNE
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Commentaires (3)

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    Démocrate il y a 2 heures
    Un pseudo économiste de Pastef qui tente de démontrer que les jeux ne sont pas bons pour le pays. Tu es démasqué, nous sommes fiers des joj, et nous le réclamons tous
  • avatar
    Cheikh Ahmet Tidiane Thioube il y a 2 heures
    Un article très pertinent permettant de comprendre mieux la rentabilité economique de l’inclusion du secteur informel dans les JOJ.
  • avatar
    Ayo il y a 1 heure
    Un professeur d'économie et ses analyses se limitent à des propositions de cabinets d'études pour bussiness plan; ces ouvrages ont été hérités et réhabilités pour quelque uns il n'ya pas risque de baisse de fréquentation ou abandon Il se permet d'évoquer des éléphants blancs.

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