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Chronique d'un tabou social (1/2) : « Il savait qu'il était infertile, mais il laissait sa mère me traiter de... »

Auteur: Sokhna Faty Isseu Samb

Chronique d'un tabou social (1/2) : « Il savait qu'il était infertile, mais il laissait sa mère me traiter de... »

« Il savait qu'il était infertile, mais il laissait sa mère me traiter de... » : Chronique d'un tabou social (1/2)

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Le lourd tabou de l'infertilité masculine au Sénégal brise des vies et condamne injustement les femmes au pilori de l'opprobre familial. Derrière le rejet systématique de la stérilité sur le « ventre » des épouses, des drames cachés éclatent au grand jour, révélant la réalité médicale d'un mal partagé. Enquêtes et témoignages poignants, éclairés par le regard scientifique d'un andrologue, sur le mur du déni, le coût exorbitant des traitements et la nécessité urgente d'un changement de mentalités.

Au Sénégal, l’infertilité demeure un sujet tabou où les femmes portent seules le fardeau des jugements et des exclusions. Pourtant, le désir d’enfant concerne le couple, et la stérilité n’est pas une responsabilité féminine mais une réalité partagée.

​Derrière les portes closes des maisons, l'incapacité à concevoir détruit des vies et brise des destinées. Pour beaucoup, la fertilité demeure à tort le seul thermomètre de la féminité.

​Ndèye Ndiaye a 42 ans et travaille dans une épicerie. Cette brave dame conserve une cicatrice indélébile de ses quatre premières années de mariage.

​« On s'est mariés remplis d'espoir, on choisissait déjà le prénom de nos futurs enfants. Puis les années ont passé sans aucun test positif. Au bout de quatre ans, sont arrivés les mots blessants et les insultes de ma belle-famille », confie-t-elle.

A lire aussi : "Infertilité : « être viril ne signifie pas être fertile"

​Elle a couru les hôpitaux et les marabouts, mais les médecins étaient formels : tout allait bien chez la dame.

​« Lorsqu'ils m'ont suggéré de venir avec mon époux, son comportement a totalement changé. Il est devenu agressif, disant qu'il n'y avait pas à douter de sa virilité. »

​Poussée à bout par les insultes répétées de son conjoint et de sa belle-famille, Ndèye a fini par demander le divorce.

​« Je suis partie et j'ai refait ma vie. Trois ans plus tard, j'ai vu mon tout premier test de grossesse positif… Aujourd'hui, je suis l'heureuse maman de trois enfants. De son côté, mon ex-mari s'est remarié avec deux autres femmes, et aucune d'elles n'a pu tomber enceinte après des années de mariage », révèle la quadragénaire qui a compris que c'était son ex-mari qui avait des problèmes de fertilité.

​Pour Aïssata Diallo, une commerçante mariée à 19 ans à son cousin, le déni s'est teinté de cruauté.

​« Tous les quinze jours, au retour de voyage de mon mari, je souffrais de graves infections. Le médecin nous mettait sous traitement, mais il refusait de le prendre. Ma belle-mère, qui était pourtant la sœur de mon propre père, m'insultait et me traitait de "ventre de pierre", allant jusqu'à forcer son fils à épouser une seconde femme », raconte-t-elle douloureusement.

​Trois ans plus tard, la deuxième épouse n'avait toujours pas d'enfant. Un soir, elle surprend une discussion qui va tout changer.

​« Mon mari avouait à sa mère que les potions traditionnelles n'avaient aucun effet sur lui. C'est là que j'ai compris qu'ils savaient depuis le début que le problème venait de lui, but qu'ils me laissaient porter seule la honte. »

​Le courage d'assumer

​Face à ces injustices, des hommes choisissent désormais de briser le diktat des traditions pour protéger leur foyer. Mamadou Djigo incarne cette prise de conscience.

​« Durant les trois premières années de notre mariage, ma femme subissait la pression constante de mes proches. Voyant sa souffrance, j'ai pris l'initiative d'aller me faire consulter seul, sans en parler à ma famille. Le diagnostic est tombé : le problème venait de moi. J'avais une anomalie soignable. J'ai eu très honte au début, mais j'ai suivi mon traitement pendant un an et j'ai assumé ma responsabilité face à mes proches. Aujourd'hui, nous sommes parents d'une petite fille. L'infertilité n'est pas une honte et ne remet pas en cause notre valeur d'homme ni sa virilité », rassure-t-il.

A lire aussi : "Horloge biologique et maternité : les risques de repousser une grossesse"

​Les éclairages du spécialiste

​Face à ces drames sociaux, la médecine apporte des faits scientifiques indiscutables pour déconstruire les idées reçues. Le Dr Hassan Hakim, urologue-andrologue, diplômé en infertilité masculine et en onco-urologie, rappelle qu'on estime aujourd'hui que l'homme est représenté seul dans 20 % des cas d'infertilité, et associé à un facteur féminin dans 40 à 50 % des couples confrontés à cette difficulté.

​« Les causes médicales de cette infertilité masculine sont multiples. Elles vont de la varicocèle, d'une dilatation des veines du testicule qui altère la production des spermatozoïdes, aux infections génitales et IST mal soignées, en passant par les troubles hormonaux, les obstructions des voies spermatiques ou les antécédents de cryptorchidie et de traumatismes. À ces facteurs s'ajoutent des éléments liés au mode de vie et à l'environnement, tels que le tabagisme, la consommation excessive d'alcool, l'obésité, le stress chronique ou l'exposition professionnelle aux pesticides, aux solvants et aux fortes chaleurs », explique la blouse blanche.

​Le spécialiste insiste sur une nuance fondamentale trop souvent ignorée.

​« Il faut impérativement distinguer la sexualité de la fertilité. Un homme peut avoir une sexualité parfaitement normale et présenter une infertilité. L'infertilité masculine ne signifie ni impuissance sexuelle ni perte de virilité », précise le Dr Hassan Hakim.

​Le piège du retard diagnostique

​Au-delà du tabou social, l'automédication et le recours prolongé aux soins traditionnels constituent un obstacle majeur à la guérison.

​« Certains patients utilisent pendant des mois, voire des années, des préparations traditionnelles sans jamais réaliser de spermogramme ni de bilan hormonal », se desole le docteur.

​Il alerte sur les dangers de ces pratiques.

​« Le risque principal réside dans le retard diagnostique, car pendant ce temps, l'âge de la partenaire avance et la pathologie peut s'aggraver. De plus, l'utilisation incontrôlée de certains produits dits stimulants ou de testostérone exogène peut bloquer la production naturelle de spermatozoïdes et provoquer une azoospermie. »

​Pour les couples confrontés à cette épreuve, l'accès aux soins relève souvent du parcours du combattant. L'absence de plateaux techniques spécialisés en région contraint de nombreux patients à parcourir des centaines de kilomètres vers Dakar pour effectuer un simple bilan biologique ou consulter un spécialiste.

​À l'éloignement géographique s'ajoute le mur financier. Si le diagnostic initial reste financièrement accessible, le coût des traitements spécialisés et des techniques d'Assistance médicale à la procréation (AMP), comme la fécondation in vitro ou l'ICSI (Injection intracytoplasmique de spermatozoïdes), peut atteindre jusqu'à 3 millions de francs CFA par tentative, un tarif hors de portée pour la majorité des ménages sénégalais.

​Pour sortir de cette impasse sociale et sanitaire, le Dr Hassan Hakim préconise une réorganisation globale des politiques de santé publique : une sensibilisation nationale accrue pour déconstruire le préjugé de la culpabilité féminine, la décentralisation des examens de première intention comme le spermogramme dans les hôpitaux régionaux, et une meilleure accessibilité financière aux soins.

​Le message du Dr Hassan Hakim aux hommes : ​« consulter pour une difficulté à concevoir n'est pas un signe de faiblesse. C'est au contraire une démarche responsable, qui permet de préserver sa santé, d'épargner des souffrances inutiles à son épouse et d'augmenter significativement les chances du couple de réaliser son projet parental. »

Image d'illustration : Intelligence artificielle

⚡ Résumé express généré par IA, vérifié par la rédaction
- Au Sénégal, l'infertilité est un tabou où les femmes portent seules le fardeau des jugements et exclusions, alors que la stérilité est une réalité partagée dans le couple. - Ndèye Ndiaye, 42 ans, a divorcé après quatre ans de mariage et d'insultes de sa belle-famille ; elle a ensuite eu trois enfants, tandis qu'aucune des deux nouvelles épouses de son ex-mari n'a pu tomber enceinte. - Le Dr Hassan Hakim, urologue-andrologue, rappelle que l'homme est seul en cause dans 20 % des cas d'infertilité et associé à un facteur féminin dans 40 à 50 % des couples, et que l'infertilité masculine ne signifie ni impuissance ni perte de virilité.
Auteur: Sokhna Faty Isseu Samb
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Commentaires (3)

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    Ana Naana il y a 1 semaine
    Ya que chez les ethnies peulhs que les hommes et leur familles n'assument pas ces responsabilités
  • avatar
    YEMAIN il y a 1 semaine
    Tu cherches quoi avec ce commentaire?

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