Infertilité masculine : Le spermogramme et les examens que les hommes redoutent et qui changent tout (2/2)
Briser le tabou de l'andrologie face au désert médical et conjugal. Dans ce second volet de notre dossier consacré à l'infertilité, la lumière est mise sur les examens médicaux de l'homme, trop souvent éludés par peur ou par orgueil. Du spermogramme indispensable aux dépistages de la varicocèle en passant par les bilans hormonaux, les spécialistes rappellent que la stérilité est une réalité partagée qui exige une prise en charge conjointe du couple.
Le spermogramme est un examen incontournable pour rechercher une éventuelle infertilité masculine, mais de nombreux hommes hésitent encore à le réaliser. S’y ajoute que la varicocèle, les anomalies testiculaires, les troubles hormonaux, les infections et les habitudes de vie peuvent compromettre la fertilité masculine. L’infertilité n’est pas uniquement une affaire de femmes. C’est le message martelé par un médecin lors d’une présentation consacrée à la prise en charge des couples sans enfant. Alors que les femmes sont souvent les premières à subir les consultations, les examens et la pression familiale, les hommes restent parfois en retrait, convaincus que leur capacité à concevoir ne peut être remise en cause. Pourtant, les causes masculines sont loin d’être négligeables. Pour le spécialiste, le bilan de l’homme est une étape incontournable, avec un examen essentiel : le spermogramme.
Spermogramme : l’examen que les hommes ne doivent plus esquiver
« Le seul bilan qu’on va demander à l’homme, c’est le spermogramme », explique le médecin, tout en reconnaissant les difficultés rencontrées pour convaincre certains patients de se soumettre à cet examen. Il déplore notamment le comportement de maris qui, n’ayant jamais eu d’enfant, continuent de considérer leur épouse comme l’unique responsable des difficultés de conception. Le spermogramme permet d’analyser le sperme, notamment la concentration des spermatozoïdes, leur mobilité et leur morphologie. Il contribue à rechercher des anomalies susceptibles de réduire les chances de fécondation. Dans certains cas, il peut également mettre en évidence une absence de spermatozoïdes dans l’éjaculat.
A lire aussi : "Chronique d'un tabou social (1/2) : « Il savait qu'il était infertile, mais il laissait sa mère me traiter de... »"
Pour sa réalisation, le médecin recommande de respecter une période d’abstinence sexuelle de deux à cinq jours. Le prélèvement est généralement effectué par masturbation, selon les consignes du laboratoire. Un préservatif médical spécialement prévu pour le recueil peut également être utilisé lorsque le laboratoire le permet. Pour le spécialiste, cet examen constitue la porte d’entrée du bilan masculin. Une échographie des bourses ou un bilan hormonal ne saurait le remplacer. Ces investigations complémentaires doivent être interprétées en fonction des résultats du spermogramme et de l’examen clinique.
Varicocèle, testicules non descendus : les signes qui doivent alerter
Au-delà du spermogramme, certains antécédents doivent inciter les hommes à consulter rapidement, particulièrement lorsqu’ils souhaitent avoir un enfant. Le médecin cite notamment la varicocèle, une dilatation des veines situées autour des testicules, qui peut altérer la qualité du sperme. Une échographie des bourses peut être prescrite pour rechercher cette anomalie ou explorer d’autres problèmes testiculaires. Toutefois, une varicocèle ne conduit pas systématiquement à une intervention chirurgicale. L’opération se discute notamment lorsqu’elle s’accompagne d’une altération du sperme ou d’autres indications médicales.
Les antécédents de testicules non descendus, appelés cryptorchidie, constituent également un facteur de risque. Le spécialiste rappelle que tout homme présentant un seul testicule palpable, ou chez lequel un testicule semble manquer, doit bénéficier d’une évaluation médicale. Un testicule non descendus (ou non descendu) nécessite une attention particulière, en raison des risques pour la fertilité et du risque accru de cancer. Les hommes ayant subi une intervention chirurgicale au niveau des testicules ou du pelvis pendant l’enfance, l’adolescence ou à l’âge adulte doivent également signaler cet antécédent au médecin. Certaines interventions peuvent avoir des conséquences sur la fonction reproductive. À cette liste s’ajoutent les antécédents familiaux d’infertilité ainsi que les traitements contre le cancer, notamment la chimiothérapie et la radiothérapie, qui peuvent endommager les cellules reproductrices.
Un bilan hormonal et un examen clinique selon les besoins
Le bilan masculin ne se limite pas à l’analyse du sperme. Le médecin doit également interroger le patient sur ses antécédents médicaux, sa sexualité, ses éventuelles difficultés d’érection ou d’éjaculation, ses habitudes de vie et ses expositions professionnelles ou environnementales. Un bilan hormonal peut être nécessaire lorsqu’une perturbation de la production des spermatozoïdes est suspectée. Les dosages sont déterminés en fonction du contexte clinique et des premiers résultats. L’échographie des bourses, quant à elle, permet d’explorer certaines anomalies anatomiques.
A lire aussi ; "Chaleur et infertilité : les recommandations pour préserver sa fertilité"
Ces examens ne sont pas systématiques chez tous les hommes, mais leur indication peut être déterminante pour orienter le diagnostic et le traitement. Le spécialiste met également en garde contre plusieurs facteurs susceptibles d’affecter la fertilité masculine : le tabac, l’alcool, les drogues, l’obésité, certaines infections, le stress et l’exposition aux perturbateurs endocriniens. Ces derniers peuvent être présents dans différents produits et environnements du quotidien. Leur rôle potentiel doit être pris en compte sans pour autant les considérer systématiquement comme la cause des difficultés de conception.
Des spermatozoïdes trop peu nombreux ou incapables d’atteindre l’ovocyte
Parmi les principales causes masculines évoquées figurent la diminution du nombre de spermatozoïdes, les anomalies de leur mobilité ou de leur morphologie, les troubles hormonaux et les obstructions des voies génitales. Pour qu’une fécondation puisse avoir lieu, les spermatozoïdes doivent parvenir jusqu’à l’ovocyte. Une quantité insuffisante, une mobilité réduite ou un obstacle sur leur parcours peuvent compromettre cette rencontre.
Certaines infections peuvent également entraîner des complications affectant la fonction reproductive. Le médecin insiste ainsi sur l’importance de consulter pour toute infection suspectée et de suivre un traitement adapté, plutôt que de recourir à l’automédication. L’âge constitue un autre facteur à considérer. Si la baisse de la fertilité est plus marquée chez la femme, le spécialiste rappelle que les hommes ne sont pas épargnés. La qualité reproductive masculine peut également diminuer avec le temps, notamment à partir de 40 ans, même si cette évolution varie d’un individu à l’autre.
Traitement : une prise en charge adaptée à chaque cause
Une fois le diagnostic établi, la prise en charge dépend de l’anomalie identifiée. Des traitements médicamenteux peuvent être proposés dans certaines situations hormonales. Une intervention peut être envisagée pour une varicocèle répondant aux indications médicales ou pour certaines obstructions des voies génitales.
Lorsque les difficultés persistent, une assistance médicale à la procréation peut être discutée avec le couple. Dans le cadre d’une insémination intra-utérine, le sperme est recueilli puis préparé au laboratoire avant d’être déposé dans l’utérus au moment approprié. Pour une fécondation in vitro (FIV), les spermatozoïdes sont utilisés pour féconder les ovocytes prélevés chez la femme. Le choix de la technique dépend notamment des résultats des deux partenaires. Le médecin souligne toutefois que ces traitements ne garantissent pas une grossesse. La FIV, en particulier, représente un coût important pour les ménages et ses chances de réussite varient selon plusieurs facteurs.
« L’infertilité est une affaire de couple »
Au-delà des examens, le spécialiste dénonce les accusations systématiquement dirigées contre les femmes. Selon les données qu’il a présentées, une étude menée à Kaolack entre 2021 et 2023 a retrouvé 43 % de cas d’infertilité féminine, 31 % d’infertilité masculine et 26 % de formes mixtes. Ces chiffres se rapportent à l’étude citée durant son intervention et ne doivent pas être interprétés comme des prévalences nationales. À l’échelle mondiale, le médecin rappelle également que l’Organisation mondiale de la santé estime qu’environ 15 % des couples sont concernés par l’infertilité, avec une contribution masculine importante.
Pour lui, le constat impose de changer les comportements. Un homme qui n’a jamais eu d’enfant ne peut pas présumer de sa fertilité sans évaluation, pas plus qu’une femme ne doit être tenue pour responsable par défaut. L’infertilité est généralement définie par l’absence de grossesse après douze mois de rapports sexuels réguliers non protégés. Une consultation plus précoce est toutefois indiquée en présence de facteurs de risque ou de problèmes connus. Lorsque la femme a plus de 35 ans, il est également recommandé de ne pas attendre une année entière avant de demander un avis médical.
Le message du spécialiste est sans équivoque : dans un couple sans enfant, le bilan doit concerner les deux partenaires. Pour l’homme, le spermogramme reste un examen central. Le réaliser à temps, rechercher les facteurs de risque et accepter une prise en charge commune constituent des étapes essentielles pour augmenter les chances de concevoir et éviter que la femme ne porte seule le poids des accusations.
Commentaires (1)
Participer à la Discussion
Règles de la communauté
💡 Astuce : Utilisez des emojis depuis votre téléphone ou le module emoji ci-dessous. Cliquez sur GIF pour ajouter un GIF animé. Collez un lien X/Twitter, TikTok ou Instagram pour l'afficher automatiquement.
Se connecter
Commentez avec votre profil, votre photo, et soyez averti des réponses.